Sur le vote du 22 avril

Commençons par une bonne nouvelle : déjouant les pronostics, 80 % de nos concitoyens se sont rendus aux urnes hier pour exprimer leur intérêt pour leur pays et leur attachement à la démocratie . Dans une situation de crise économique et sociale aussi profonde cette participation constitue en elle même un fait politique majeur qui démontre que les français sont plus mobilisés que résignés, n'en déplaise à la droite.

Pousuivons par un événement sans précédent sous la 5éme République : le Président sortant n'est pas en tête du premier tour ce qui répresente pour lui un terrible désaveu dont ni lui ni ses amis ne semblent , à les écouter , avoir pris la mesure.
Le mérite en revient bien entendu d'abord à François Hollande et à sa campagne mais aussi à un parti socialiste plus uni qu'il ne l'a jamais été depuis François Mitterrand . N'en déplaise aux commentateurs le score de François Hollande ,près de 29 % des voix , prouve qu'il ne s'agit pas seulement d'un rejet de Sarkozy mais bien également d'une adhèsion à sa personne et à sa démarche.

Relativisons le score du FN même si celui-ci est élevé , trop élevé.Il n'y a là malheureusement nulle " grande surprise " . Tous les sondages lui prédisaient depuis longtemps 16 % MLP réalise un peu plus de 17 soit le score cumulé de Le Pen et Mégret en 2002. Nous sommes hèlas dans la lignée des précédents scrutins, 2007 ayant été l'exception qui confirme la régle avec un hold up de Sarkozy sur l'électorat frontiste . Ces derniers sont revenus hier au bercail, le mirage Sarkozy dissipé par cinq années catastrophiques.

Réjouissons nous du score élevé de l'ensemble de la gauche, 44 points c'est le meilleur total depuis 1998 , et de sa volonté commune de battre Sarkozy comme l'ont montré les déclarations sans ambiguïté de Jean Luc Mélenchon et d'Eva Joly dès la proclamation des résultats . Toute la gauche bénéficie des belles campagnes du Front de gauche et d'EELV qui ont su , dans un contexte difficile , mobiliser leurs électeurs.

Constatons que le second tour s'annonce bien même si rien n'est joué . Sarkozy est isolé quand la gauche se rassemble. François Hollande peut rassembler quand Sarkozy est condamné à un grand écart improbable pour tenter de ramener à lui à la fois l'extrême droite et le centre...

Sur le fond enfin . Comme partout en Europe la crise du néo-libéralisme pousse les peuples à la révolte contre les injustices , le chômage et l'impuissance du politique face aux puissances économiques . Le pouvoir sortant est sanctionné et l'éléctorat populaire de la droite se radicalise . La gauche doit se hisser à la hauteur de ce défi en portant le désir et la dynamique d'un vrai changement favorable aux forces du travail , de la jeunesse , de la culture... Cela passe par une ambitieuse politique de redistribution des richesses et une confrontation assumée avec le monde de la finance et les marchés gardiens des intérêts des rentiers et du patronat.

La victoire est possible , elle est là si la gauche se rassemble sans états d'âme contre l'alliance droite extrême-extrême droite pour porter l'espoir non seulement d'une alternance mais d'une alternative sociale.

Tous sur le pont au combat pour la victoire le 6 mai !


Stéphane Delpeyrat-Vincent

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