L'unité arrêtons d'en parler, il faut la faire !

Alors fin de partie pour le néo-libéralisme et ses thuriféraires ? Rien n'est moins sûr. L'effet de sidération passé ils s'emploient déjà à essayer de rattraper le terrain perdu et rien n'indique qu'ils ne parviendront pas à leurs fins en retournant la situation à leur profit comme en 2008.

 

«  Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Ces mots, célèbres du discours d'Albert Camus, prononcés par l'auteur de «  La Peste » lors de la réception de son prix Nobel, résonnent évidemment avec plus de force encore, dans ce moment si particulier ou nous comprenons que notre civilisation peut s'effondrer, et notre monde basculer dans l'inconnu. En quelques semaines, sous la pression d'une pandémie virale, c'est en effet la moitié de l'humanité qui a été confinée à domicile. Les gouvernements n'ont pas eu d'autre choix que de mettre leurs économies à l'arrêt pour éviter l'irréparable. Mais qu'en sera t'il demain si nous ne parvenons pas à changer en profondeur notre façon de produire, de consommer et de répartir les richesses face au défi climatique ? Changer ou mourir c'est bien l'alternative qui se présente désormais à tous et à chacun.

 

En quelques jours nous sommes soudainement passés par la force des choses, de la « mondialisation heureuse », slogan ambigu des élites libérales, à l'injonction « restez chez vous ! » ultime supplique de gouvernements apeurés et dépassés par les événements.

 

Il s'agit d'un bouleversement historique et peut être révolutionnaire. Après des décennies de néo-libéralisme les Etats n'étaient plus en mesure de faire face à un événement de cette ampleur et les dogmes libéraux tombent, comme des dominos, les uns après les autres. Le libre échange sans précaution des biens et des services ? Une folie qui nous place dans un état de dépendance mortelle quand 80% de nos médicaments, notre matériel médical et nos équipements de protection dépendent des capacités et du bon vouloir de la Chine. Les cortèges de délocalisation vers les pays à « bas coût » ont par ailleurs mis notre économie dans l'incapacité de s'organiser et de faire face aux besoins essentiels de la « guerre contre le virus », déclarée imprudemment sans armes ni généraux par un Président de la République martial, mais impuissant. L'austérité budgétaire poursuivie avec constance a, de son côté, mis nos services publics, et notamment l'hôpital dans une situation de difficulté extrême. Et si le système a tenu jusqu'à présent, nous le devons au seul dévouement des personnels et à la solidarité des français à leur égard. L'extension de la sphère marchande à tous les domaines de la vie, via les privatisations, apparaît soudainement pour ce qu'elle est : un profit pour quelques-uns mais un danger pour le plus grand nombre.

 

 L'ultime tabou, monétaire, se fissure lui aussi sous la pression des événements. Mais plus incroyable encore pour les libéraux qui gouvernent le monde c'est aussi toute leur représentation de la société et la hiérarchie de leurs valeurs qui se trouvent mises cul par-dessus tête. Les « premiers de cordée », tant choyés par le Président de la « start-up nation » s’avèrent peu utiles pour nous sortir de ce mauvais pas quand ceux qui « n'étaient rien » les anonymes, les invisibles, les fonctionnaires deviennent tout et portent le pays sur leurs épaules. Les héros du quotidien ne se recrutent plus à Davos, ni au sein du CAC 40. Ils ont pour noms médecins, chercheurs, infirmières, aides-soignantes, caissières, agriculteurs, postiers, éboueurs, chauffeurs de bus enseignants, agriculteurs etc, et c'est sur eux, les mal payés, les précarisés, les brocardés des temps de paix que reposent principalement notre destin collectif. L’aristocratie d’Etat et de la Finance ont failli quand les nouveaux sans culottes tenaient bon en première ligne. Les réseaux sociaux leur ont trouvé un joli nom : « les premiers de corvée » et il sera difficile pour nos gouvernants de ne pas en tirer les conséquences sociales et salariales. Le service public qui était une charge et nous coutait « un pognon de dingue » il y a quelques semaines encore, devient lui le vaisseau amiral d'une flotte française en perdition.

 

Alors fin de partie pour le néo-libéralisme et ses thuriféraires ? Rien n'est moins sûr. L'effet de sidération passé ils s'emploient déjà à essayer de rattraper le terrain perdu et rien n'indique qu'ils ne parviendront pas à leurs fins en retournant la situation à leur profit comme en 2008.

 

Rien n’est écrit. Pour qu'une issue progressiste se dessine clairement encore faut-il que la gauche et les écologistes se donnent les moyens de leurs ambitions. Pour le moment divisés et inaudibles ils restent encore spectateurs du match qui s'installent à nouveau entre nationalistes décomplexés, boostés par la déroute libérale, et partisans au pouvoir du retour au monde "à un mode d’avant" rendu moins désirable encore par des mesures sécuritaires et liberticides. C'est pourquoi nous lançons un appel solennel au dépassement des vielles querelles de chapelles. Notre responsabilité est, ici et maintenant, majeure et historique. Nous serons les unitaires combattants inlassables du changement dans les luttes sociales et écologiques, comme dans les urnes.

 

Ce qui faisait nos nuances, nos divisions, nos querelles vient d’être balayé en quelques semaines. Personne ne se battra plus au nom du respect des règles budgétaires ou du libre-échange, personne ne niera plus l’urgence écologique, personne ne remettra en cause le rôle de nos services publics…  Il n'y a donc sur le fond plus rien de vraiment sérieux pour empêcher que la gauche et les écologistes construisent ensemble le projet qui nous hisserait à la hauteur des bouleversements du monde. Nous devons ensemble prendre acte d'abord de la fin d'un modèle. Le consumérisme et le productivisme ne peuvent plus être l'horizon indépassable de nos sociétés ni un espoir émancipateur pour les peuples. L'individualisme hédoniste et libertaire ne peut non plus nous servir de boussole, comme ce fut trop souvent le cas, dans un moment ou la question de l'intérêt général et des biens communs doivent être de nouveau au centre de tout projet politique crédible. Les seules préoccupations économiques ne peuvent nous occuper entièrement dès lors que nos concitoyens aspirent à plus de liens, plus d'humanité, de solidarité et de coopération. La gouvernance technocratique et partisane de nos démocraties doit céder le pas à la formidable envie d'engagement et de participation qu'expriment nos concitoyens. Le progrès doit être redéfini comme un progrès qualitatif et humain et plus seulement quantitatif et technique. La raison et la science doivent rester nos boussoles mais nous devons les mettre au service du plus grand nombre et non plus au service quasi exclusif de l'appareil économique et technique. Les libertés publiques et démocratiques désormais menacées ou mises à mal, y compris en France, doivent être au cœur de notre projet. L'internationalisme , à l'heure des périls écologiques, doit rester au cœur de notre identité même si nous devons désormais combattre avec force l'idéologie du libre échange. La question des inégalités, de la répartition des richesses et des pouvoirs doit redevenir la préoccupation numéro une sans laquelle il est vain d’espérer trouver réponse aux autres sujets et, notamment, à celui de la crise écologique. C'est pourquoi nous considérons que  l'écologie doit s'inscrire sans hésitation, ni ambiguïté dans le camp de la gauche de transformation.

 

Pour se rassembler nous avons besoin d'une méthode et d'étapes. La méthode c'est «  la Grande Université Populaire »   pour échanger, débattre , frotter nos cerveaux ensemble aux temps nouveaux. Cette Grande Université Populaire ne doit exclure personne. Personne à gauche, personne chez les écologistes, personne dans le mouvement social, les intellectuels, les artistes, les chercheurs, les ONG , les associations et les citoyens. Nous devons proposer une solution à celles et ceux qui aujourd’hui plus encore se mobilisent et se battent avec tout leur enthousiasme pour faire émerger des solutions et un monde nouveau. Cette énergie et cet enthousiasme doivent pouvoir irriguer de toute leur force des structures politiques généralement vermoulues et dévitalisées. L'unité il faut arrêter d'en parler, il faut la faire sans attendre et donc dès les élections régionales qui viennent. Tout autre scénario conduira inévitablement à la division, et donc à la défaite en 2022. Le monde d'après ne peut être pour nous à nouveau celui d'Emmnauel Macron où de Marine Le Pen. Ne laissons pas à nouveau aux seules directions partisanes cette responsabilité et sachons désormais prendre les nôtres sans tarder.

par collectif d'élus locaux Génération.s, LFI, PS, EELV, PCF, divers gauche

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