De gauche tout simplement.

En écoutant certains responsables ou commentateurs, j'ai parfois le sentiment qu'il nous faudrait en permanence choisir de quelle gauche nous faisons partie : "Poètes... vos papiers !" en quelque sorte...Etes-vous plutôt "durable" ou "populaire ", " gauche forte " ou " décomplexée "? Allez, répondez ! Et bien je le dis tout de go, je suis de toutes ces gauches. Un peu selon les sujets, selon les jours et mon humeur parce que je suis de gauche et que je l'aime toute entière...Mais alors qu'est-ce qu'être de gauche me demanderez vous ?

En écoutant certains responsables ou commentateurs, j'ai parfois le sentiment qu'il nous faudrait en permanence choisir de quelle gauche nous faisons partie : "Poètes... vos papiers !" en quelque sorte...

Etes-vous plutôt "durable" ou "populaire ", " gauche forte " ou " décomplexée "? Allez, répondez ! Et bien je le dis tout de go, je suis de toutes ces gauches. Un peu selon les sujets, selon les jours et mon humeur parce que je suis de gauche et que je l'aime toute entière...Mais alors qu'est-ce qu'être de gauche me demanderez vous ?

Un philosophe italien, Bobbio, proposait une définition que j'aime beaucoup. Après avoir listé toutes les fausses pistes qui permettent de reconnaître quelqu'un de gauche ou de droite : la liberté, l'ordre par exemple, il nous indique qu'in fine seul l'égalité permet de distinguer clairement l'une de l’autre. Pour résumer à grands trait : un homme, une femme de gauche confronté à une autre personne va d'abord voir en lui ce qui lui ressemble, ce qui en fait son égal ; un homme, une femme de droite va de son côté  d'abord voir les différences sociales, culturelles,bref, établir une hiérarchie...J'aime bien cette définition qui, comme d'autres, n'est pas sans failles, mais a le grand mérite de nous éclairer sur l'ensemble des grands débats contemporains : la question sociale, les racismes, le sexisme etc...

J’adhère à cette proposition de Bobbio et c'est pourquoi, rien ne m'agace plus que cette multiplication des " gauches " entre lesquelles il nous faudrait choisir. Je me sens de gauche tout entier et je n'ai pas envie, parce que ça n'a pas de sens, de renoncer à tel ou tel combat pour me réfugier dans une identité de gauche rabougrie. Pourquoi faudrait-il renoncer au combat pour l'extension des droits et libertés parce qu'on se soucie de la question sociale ? Ou à l'écologie parce qu'on est attaché au progrès économique et social ? Et bien non, je ne choisis pas, car tout se tient, et quand l'égalité recule dans un débat ou un combat particulier, celui des salariés , celui des femmes ou des minorités, des populations victimes du changement climatique, elle finit par reculer partout et pour tout le monde . C'est pourquoi je refuse cette injonction contemporaine " poètes, de gauche, vos papiers " et que je ne les présenterai pas .

Je sais bien que dans toute action politique il faut établir des priorités d'action, un calendrier et un tempo pour être efficace. Mais cette question de méthode ou d'opportunité ne doit en aucun cas conduire à ne plus être de gauche complètement et tout simplement,sans qu'il soit besoin d'ajouter je ne sais quel adjectif aussi douteux dans sa définition que secondaire dans son contenu...

Ceux qui participent à cette course  à la délimitation de la "vraie " gauche  nous proposent le plus souvent une vision tronquée et étriquée du "peuple ", tel qu'ils se le représentent, et au nom duquel ils nous somment de choisir. Mais le peuple est une construction sociale et politique. Le peuple c'est nous, c'est tout le monde, la multitude et l'individu et finalement, il est comme tout un chacun traversé de contradictions mais aussi rempli d'espérances les plus diverses. Il peut voter à la fois  pour la retraite à soixante ans et pour l'abolition de la peine de mort, pour les 35 heures et pour le PACS, pour la ré-industrialisation et pour la biodiversité, et pourquoi nous faudrait-il découper ces aspirations en tranches ?

En réalité ces divisions artificielles ne tiennent pas debout mais nous connaissons bien l'objectif de leurs promoteurs : imposer leur vision d'un peuple de gauche, et d'un seul, pour parler ensuite en son nom. Les intellectuels et les responsables politiques qui agissent ainsi ne rendent service à personne. Ni au peuple , ni à la gauche , ni même à leurs idées...Pour rayonner et entraîner la société, la gauche doit être elle-même, complètement : sociale, humaniste, écologiste, républicaine ...C'est ainsi qu'elle peut se ressembler et rassembler parce que l'égalité rassemble et lui ressemble.

C'est pourquoi je continuerai à défendre les salariés pour leur emploi et leur pouvoir d'achat, les Roms et les sans-papiers , les femmes et les opprimés d’où qu'ils soient et d’où qu'ils viennent. Je suis définitivement un " poète de gauche et sans papiers " convaincu que l'égalité ne se découpe pas en tranches et que, par conséquent, la gauche non plus. La division et le sectarisme sont les deux maladies infantiles de la gauche parce que la gauche, comme vient de nous le rappeler Jacques Julliard, se définit par des idées et nom des intérêts. C'est pourquoi son unité est précieuse, c'est pourquoi nous devons nous protéger nous mêmes de cette pente naturelle vers l'éclatement et tenir ensemble tous les bouts de cette chaîne vers l'égalité, cette belle idée qui, à elle seule, peut faire battre le coeur de toute la gauche.





 

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