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Billet de blog 4 août 2008

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ROMEO et DANTE sont dans un bateau...

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... Dante est jeté à l'eau : kiki reste ?

Euh...

Je préfère vous laisser lire d'abord la critique d'une élève. Ce bow show, sons et lumières, me laisse perplexe.

Romeo Castellucci, plasticien et metteur en scène, est connu pour la singularité de ses oeuvres. S'inscrivant dans la « nouvelle génération » de metteurs en scène, il écrit ses spectacles à partir du plateau, laissant au texte un statut secondaire, refusant d'en faire l'objet principal de son oeuvre. En 2008, il monte à Avignon une adaptation libre de la Divine Comédie de Dante. Dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes, il réadapte à sa façon le premier volet de cette trilogie : l'Enfer, Inferno.

Avant même que le spectacle ne commence, une foule de « touristes » déambule sur scène. Ils se prennent en photo, visitent, ne semblent pas ressentir la moindre gêne à s'offrir ainsi aux yeux des spectateurs déjà installés. Ceux-ci, révulsés, se plaignent et critiquent. Comment peut-on oser mettre les pieds sur une scène avant un spectacle !? Ce n'est qu'au bout de quelques minutes que la vérité devient évidente. Ce va-et-vient n'a rien de naturel. Il s'agit d'acteurs, vêtus en touristes, qui font mine d'être de simples visiteurs. Pourquoi ? Afin d'annoncer d'entrée de jeu la couleur. Castellucci nous prévient : ce qui se déroule sur scène n'est pas une chose inconnue et loin de nous. On ne doit pas être indifférents. Il s'agit de nous tous. Nous sommes tous en enfer. C'est le premier message qu'il tient à nous faire passer.

Castellucci matérialise, sous la forme d'une succession de tableaux, un enfer très personnalisé. Mouvantes, une multitude d'images s'accompagnent de sons et de lumières envoûtantes et terrifiantes, le tout orné de la beauté et de la grandeur du lieu. Les tableaux qu'il met en scène ont la particularité de mettre le spectateur très mal à l'aise. C'est le but même recherché par Castellucci, qui affirme vouloir toucher l'homme au plus profond de lui-même, au moyen de l'émotion. Ici, on assiste à des scènes violentes, qui glacent le sang -- des meurtres, des étranglements, et ce même sur des enfants.

Certaines scènes se démarquent des autres, et sont ancrées dans les mémoires de ceux qui ont vu Inferno. Au tout début de la représentation, une horde de chiens, accompagnés par leurs dresseurs, sont amenés sur scène. Trois autres, lâchés, attaquent un homme à terre. Par la suite, un deuxième homme entreprend une opération qui semble incroyable. S'approchant du mur, il commence à y grimper. Le spectateur n'en croit pas ses yeux. Pendant de longues minutes, l'homme ne cesse de monter, jusqu'à se tenir, debout, sur le haut du mur du Palais des Papes. Plus personne ne respire. Il jette alors à terre un ballon de basket. Un enfant s'en empare et le fait rebondir. A chaque fois que le ballon touche le sol, un affreux bruit de matières métalliques entrechoquées se fait entendre. Le palais pourrait tout aussi bien s'écrouler... Ces trois premiers tableaux, en tant que tels, marquent les esprits du fait de leur situation dans l'oeuvre et de leur violence. Une violence qui passe par leur puissance et par la surprise qu'ils apportent au spectateur. On se rappelle également la présence de cette masse humaine, formée d'une cinquantaine de personnes semblant ne faire qu'un. « Zombifiés », ils apparaissent lors du troisième tableau, envahissant l'espace progressivement. Ils se déplacent ensemble. Plus tard, ils s'entretuent, se roulent au sol, se jettent dans le vide... Toujours dans un mouvement commun, lent et surprenant. La présence des enfants universalise la chose, et la rend plus terrible encore. Il est insupportable de les voir participer à un spectacle aussi effrayant. Je garde en mémoire la présence d'une petite fille en robe rose, très présente. Autant que les autres, elle tue et se fait tuer. Elle est surprenante, et sa présence ainsi que celle des autres enfants reste une des clés de la monstruosité splendide de Inferno. On aimerait oublier que des enfants ont participé. Pourtant, leur présence est juste et logique. On doit l'accepter.

On entend de très nombreuses critiques. Les uns ont détesté. Le mal-être que l'on éprouve face à un tel spectacle laisse parfois un goût amer. D'autres, intrigués et envoûtés, cherchent à retrouver en eux-mêmes le sentiment qu'ils ont éprouvé le soir où ils l'ont vu -- en vain. Mais personne ne reste passif. Chacun a son mot à dire, sa critique à opposer à celle des autres. Castellucci a su trouver le point sensible de l'homme, et il semble s'acharner dessus. Pour apprécier son oeuvre, il faut savoir passer au-dessus du malaise qu'elle crée en nous. Dès lors, la poésie opère, incroyable et belle. On y est, en Enfer. Si l'on accepte cela, on peut apprécier Inferno à sa juste valeur.

La Cour d'Honneur n'est plus qu'un seul et grand souffle retenu. Personne ne bronche, personne ne se plaint ou ne fait de commentaires. Ceux qui assurent s'être ennuyés de la longueur et de la « lenteur » du spectacle n'en sont pas moins restés figés devant lui. Les critiques admettent volontiers que jamais la Cour d'Honneur n'a été si silencieuse.

Noémie N

.

Un autre type de silence plane dans le Palais des Expositions du Château-Blanc, où Romeo Castellucci nous exhibe son Purgatorio. Spectacle dérangeant, horrifiant, entre le rêve et le cauchemar, entre le Paradis et l'Enfer...

Après la vision insoutenable de l'inceste, là, sur scène -- rien n'est vu, mais tout est là -- les images hallucinatoires plaquées devant nos faces, sur un hublot géant qui prend tout l'espace, sont un véritable exutoire. La catharsis marche à fond : vous ressortez épuisés, complètement purgés de vos dégoûts, de vos passions.

Vous pouvez désormais songer à vous diriger sur la voie du Paradis. Mais, chacun le sait, la porte du Paradis est très, très, très difficile à atteindre. Vous ne vous rendez pas compte, vous ! La chapelle qui abrite l'installation de Paradisio n'est ouverte que quelques heures dans la journée (pour les milliers de festivaliers), l'entrée est payante, et vous n'avez le droit qu'à 2 ou 3 minutes à l'intérieur, pour percevoir le mystère du Paradis*.

Et interdiction formelle de chercher à comprendre cette création divine : une ligne blanche à ne pas dépasser, qui vous rappelle l'interdit sacré...

Inclinons-nous alors devant le sage Castellucci, et sa divagation mystique...

Embarquons avec lui, quitte à descendre à la prochaine escale : inutile de se jeter corps et âme dans l'adoration de ce nouveau maître. Une once de lucidité n'a jamais nui à la poésie.

*Pour un accès plus facile : l'image a été publiée dans Télérama, il y a une ou deux semaines !

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