INCENDIES

de Wajdi Mouawad - Mise en scène de Stanislas Nordey

« Maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux. »

 

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Première scène : lecture du testament de Nawal. Jeanne et Simon, ses enfants, des jumeaux, écoutent ses dernières volontés, découvrent ces nouvelles vérités. Ils ont un père, et un frère, qui vivent encore, qu'ils doivent retrouver.

Retour dans une vie, celle de leur mère, mais aussi la leur, retour dans un passé moite et torride à la fois. Retour dans le village natal de Nawal. Retour dans le camp de prisonniers où elle s'est fait torturer et violer.

Histoire familiale et Histoire d'un peuple se mêlent dans un lieu vide. Le sol, les murs sont blancs, d'un blanc étalé inégalement, qui laisse transparaître, derrière, la noirceur originelle du plateau. La lumière, dans ce décor faussement lisse, accroche les visages, accrochent les corps, fait alterner les scènes divertissantes, les scènes intimes d'une femme qui raconte son histoire, qui revit son histoire, et les scènes atroces, de révélation. Le notaire Hermile Lebel, bouffon étonnant joué par Raoul Fernandez, un peu taré, nous offre des pauses nécessaires au coeur de cette descente macabre vers les origines de leur vie, jusqu'à la naissance de Simon et de Jeanne, et au-delà encore.

 

La tragédie s'installe, dans cette famille chargée d'un passé qu'elle ignore. Sombre parallèle de l'histoire de la construction de Rome, vers qui nous retournons tous, quel que soit le chemin. Les jumeaux, recueillis par un berger, mais élevés par un « loup rouge » de sang, de douleur, d'horreur, issus d'un inc....endie malsain.

Mais dans toute naissance, dans toute histoire, il y a

de l'horreur

et du bonheur.

Même au milieu d'un plateau qui se transforme vite, trop vite, en un camp, éclairé de toute part d'une lumière vive, trop vive.

 

Les mots sont portés par des comédiens épatants. Jeanne et Simon, Julie Moreau et Damien Gabriac, sont les fragiles pivots de cette sombre construction, ceux que nous suivons dans leur quête. Rude initiation de la vie, qui, comme dans les contes traditionnels, passent par diverses rencontres, cocasses et lugubres en même temps.

Grâce à eux, grâce à tous ces comédiens, le texte, poignant, résonne formidablement. Les détonations des fusils aussi.

Et l'écho des morts.

Le silence des vivants.

 

Que faisons-nous là, à observer l'histoire d'un massacre, à regarder, d'en haut, de loin, le reste du monde s'entretuer ? Affronter son passé pour retrouver sa dignité. Et face aux douleurs présentes, ne pas sécher ses larmes, laisser l'océan exploser dans sa tête, et sourire, pour rendre la colère génératrice de bonheur.

 

« Maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux. »

 

 

Théâtre de la Colline, du 8 octobre au 2 novembre 2008

 

L'année dernière au Théâtre National de Bretagne, à Rennes, au Théâtre du Grütli à Genève, et au Théâtre de Cornouaille à Quimper

 

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