(R) évolution (s)

On a pu entendre sur les ondes ce matin que les Etats-Unis misent sur un échec de la révolution libyenne et le maintien ad vitam aeternam de M.Kadhafi. Si l’Union Européenne, après une période de flottement, semble parier sur une démocratisation progressive des pays arabes en révolte, elle est surtout en attente d’un établissement rapide des nouveaux gouvernants.
On a pu entendre sur les ondes ce matin que les Etats-Unis misent sur un échec de la révolution libyenne et le maintien ad vitam aeternam de M.Kadhafi. Si l’Union Européenne, après une période de flottement, semble parier sur une démocratisation progressive des pays arabes en révolte, elle est surtout en attente d’un établissement rapide des nouveaux gouvernants.La période qui a précédé toute déclaration officielle de la part de l’UE est sans doute la plus intéressante d’un point de vue géopolitique et humain. Qu’est-ce-qui peut bien rendre si difficile un message commun face à ce qui relève de l’évidence, l’aspiration à la démocratie de peuples soumis ? L’UE est faite de pays démocratiques qui véhiculent intrinsèquement un idéal de liberté. Il devrait donc être simplement logique pour elle de soutenir les peuples qui aspirent aux mêmes valeurs. Les réticences sont d’ordres divers. Economiques d’abord, pour commencer par le plus trivial. Investir dans des zones géographiques sous dictature est facile. Ce sont des pays politiquement stables, généralement pauvres et avec lesquels les accords relèvent du tacite. Il est plus facile de signer des contrats avec un seul homme qu’avec des organes législatifs qui vont demander des comptes, auditer, poser des contraintes éthiques ou économiques. L’asservissement des peuples à leur dictateur facilite la démarche post-colonialiste des entreprises qui s’installent sur place et les ONGs ont plus de difficulté à exercer leur contre-pouvoir. Un pays en révolution, en cours de démocratisation, rend le paysage plus complexe, plus aléatoire. C’est pourquoi la période de transition est désirée courte et ferme avec des interlocuteurs identifiés parmi les opposants et des structures parlementaires aisément constructibles. La stabilité politique facilite la stabilité économique des investisseurs étrangers et garantit leurs intérêts. Biensûr on craint davantage un peuple qui pense, et qui exprime cette pensée, surtout quand une partie des revendications concerne le niveau de vie. Les exigences des travailleurs locaux vont nécessairement obliger les entreprises à revoir leur modèle et les contraindre à prendre en compte d’autres facteurs inexistants jusqu’alors : niveau de salaire, conditions de travail, chômage trop élevé. Politiquement, autre chose change. Le fait que ces peuples jusqu’alors plutôt silencieux aient pu s’exprimer signifie que la passivité est terminée. Les projets financés dans ces pays étaient jusqu’alors contrôlés par les grandes lignes de la politique européenne, les Parlement et le Conseil de l’Europe jouant souvent les garde-fous d’un point de vue éthique. Développement durable, écologiquement responsable, respect des populations ont jusqu’à présent été des valeurs contrôlées – ou pas-, par des acteurs aussi extérieurs que les entreprises investisseuses (les organes européens précités mais aussi, surtout, les ONGs). Les risques pour les entreprises étaient donc surtout réputationnels. On peut penser qu’avec les mouvements de démocratisation en cours dans les pays arabes, un contre-pouvoir va surgir in situ et contraindra les entreprises à ne plus seulement penser en terme de communication mais tout simplement en terme de respect éthique. D’un point de vue simplement humain, j’avais espéré que les revendications démocratiques des peuples arabes fassent tomber tous les arguments des partis politiques d’extrême-droite sur « ces gens là incapables de s’intégrer chez nous » - il y a une parfaite Europe de tous ces partis pourtant tous anti-européens et une harmonisation exemplaire de leurs discours. La suite ne m’a pas donné raison…Bruits de couloir : ça va passer – il faut que les cadres restent en place, les autres ne sauront pas gouverner – ils se plaignent d’être surdiplômés chômeurs mais leurs diplômes ne valent rien – on les a peut-être sous-estimés – on va participer à ça politiquement et économiquement, c’est le plus grand pied professionnel de ma carrière – il serait peut-être temps que j’apprenne l’arabe – c’est pile ou face maintenant pour l’EuroMediterranée – Tout ça, c’est de la faute d’internet –

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