Caresser Le Tigre dans le sens du poil.

TM_26191_apercu_001-85x118.jpg On connaît les mensuels d'information, d'art, de cuisine, de jeux, de jardinage, de crèmes anti-rides et de gros biscottos. Le Tigre n'entre dans aucune de ces cases ou dans toutes à la fois. "Un tas de gravats déversé au hasard : le plus bel ordre du monde - Héraclite" donne l'état d'esprit de l'objet. Un désordre faussement affecté, particulièrement méticuleux et soigné, qui fait naviguer l'ensemble dans une atmosphère intello-décontractée. Je ne parlerai ici que de la nouvelle formule née en janvier 2011 dans la mesure où j'ai découvert cette revue par accident il y a seulement quelques semaines. Par accident ou par les réjouissantes résurgences kitsch de L'hippopotable qui circulaient sur Facebook.

Venons aux faits. Le mensuel s'ouvre sur des photographies en couleur par collections (Alec Soth, Viviane Sassen notamment) qui ont cette capacité de nous faire plonger dans un autre monde en mode macro- et microscopique. Le voyage par la ressemblance et la dissemblance. On déconnecte de nos factures qui traînent et de la pluie omniprésente en une page; on s'en rapproche en même temps par la couleur du parapluie, celui du papier glacé. Oui, voilà comment je vois ce Tigre : sérieusement délirant, lointain et proche.

Le mélange de bandes dessinées, chroniques truquées ou articles d'architecture, le tout assaisonné de recettes de cuisine et jeux classiques déviés requiert une attention aigüe; il nous faut jongler aussi facilement que les auteurs entre farce et tragicomédie. Moi qui ai peu de goût pour les romans de Chevillard, je prends un plaisir inattendu à lire les phrases relevées dans L'Autofictif. Le choix du pêcheur sans doute (dit-elle en toute mauvaise foi, quoique). Les entretiens, articles classiques et premier degré sont de bonne facture. On peut penser que la liberté que s'auto-promulguent les auteurs tant dans leur indépendance (no pub) que dans leur capacité à ne pas se prendre au sérieux, leur donne temps et espace papier nécessaires au plein épanouisement de la pensée. Rare, indubitablement.

En bref, cette revue qui revendique un côté bac à sable culturel est bien plus sérieuse qu'il n y paraît au premier abord. On peut la lire à l'endroit ou à l'envers sans avoir le sentiment de perturber la morale mais il en reste un sentiment de gaieté. Parce que l'objet est esthétiquement réussi et intellectuellement rigolard.

Et si vous êtes à Paris le week end prochain, vous pouvez aller à la rencontre de l'équipe du Tigre au Marché du livre.

http://www.le-tigre.net/

http://hippopotable.blogspot.com/

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