Plongée dans l’univers rassurant et sexiste des vidéos de cupcakes

Je vous parle d’une addiction que les moins de 130 kilos ne peuvent pas connaître. Oh là vous, je vous entends déjà pointer mon racisme anti-gros ! Oh, et je l’entends le Huffington Post me parler de « grossophobie » ! (Mais remarquez, le Huffington Post nous conseille aussi de regarder cette vidéo d’un poulpe promenant sa noix de coco, je réfute donc légitimement tous ses arguments).

Je vous parle d’une addiction que les moins de 130 kilos ne peuvent pas connaître. Oh là vous, je vous entends déjà pointer mon racisme anti-gros ! Oh, et je l’entends le Huffington Post me parler de « grossophobie » ! (Mais remarquez, le Huffington Post nous conseille aussi de regarder cette vidéo d’un poulpe promenant sa noix de coco, je réfute donc légitimement tous ses arguments). Non en vrai, je suis dans le faux. Je vous parle d’un mal dont je suis atteinte malgré mes 53 kilos (pour 1m78, je suis blonde aussi) et que je m’obstinais à taire, jusqu’à aujourd’hui.

Ma glissade vers un monde gorgé de colorants et de toppings s’est faite sur le tard. Avant cela, afin d’épater mes convives du soir (mes parents et un SDF), il m’arrivait occasionnellement de consulter Marmiton.org. Au final, je m’obstinais toujours à décongeler une poêlée de légumes et à y rajouter du miel et des grains de sésame en vue de donner l’illusion d’un repas cuisiné (marche aussi avec les carottes, le poulet, la purée…).  

Je situerais ce moment charnière du début de ma déchéance au 18 juillet 2015, jour maudit où je suis tombée sur cette vidéo donnant la recette d’un gâteau fait de six couches superposées :

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes racines portugaises ont dû agir, je suis en effet certaine d’avoir entendu mon ancêtre Arlindo Da Cruz me susurrer son excitation à l’oreille car la seule vue de cette spatule et de ce semblant de ciment m’a fortement aguichée. Et puis ce bleu azur... Un régal aussi frais et naturel qu’un des frères Bogdanov.

Ma descente aux enfers et mon progressif isolement social se manifestèrent peu après ce dépucelage. Je pouvais passer six heures entières à regarder des vidéos de jeunes femmes préparant des cupcakes, des cakes, des cookies, ainsi que des gâteaux uniquement composés de mousse au chocolat. Je sais désormais comment réaliser des zébrures léopard dans une génoise et comment façonner un cookie afin qu’il ressemble au logo de Facebook. Mais comme toute obsession, les dérives sont proches. On ne se contente plus du banal, de l’acceptable, on veut du surréel, de l’hors-du-commun. Toujours plus loin, toujours plus fort. C’est ainsi que dans mes heures les plus sombres, j’errais dans le deep web à la recherche de vidéos de gâteaux toujours plus extrêmes.

Ceci est un gâteau. Ceci est un gâteau.

 

Ceci est un ensemble de biscuits en forme de pêches. Ceci est un ensemble de biscuits en forme de pêches.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je passe sur cette période difficile.

Peu après, mes proches ont commencé à s’inquiéter. Je criais des choses en latin dans des phases de transe inexplicables (alors que je n’avais jamais appris cette langue), et j’étais coupée de toute vie affective et amoureuse depuis presque deux mois. Un bon ami à moi – et je l’en remercie encore aujourd’hui – a mis le ola, ce qui a marqué un point final à ma déliquescence. Il m’a récupérée chez moi, toute tremblante, alors que je m’apprêtais à acheter ceci sur internet :

Vous vous trompez, ce n’est pas un baril d’enduit, mais bien de la pâte à sucre. Vous vous trompez, ce n’est pas un baril d’enduit, mais bien de la pâte à sucre.

 Puis je suis peu à peu revenue au monde « normal ». Celui des petits beurres marque Leader Price comme seul gouter disponible chez soi. J’ai pris du recul. Et avec le temps, ma guérison avançant, je me suis aperçu de plusieurs choses.

Dans cet univers rose putréfié à tendance 500 000 calories, je n’ai jamais vu un seul homme. Toutes ces pâtissières de génie possédées par le malin étaient des femmes. Pire, la seule et unique présence masculine de mon périple fut cette bannière :

Ainsi, ce site très connu dans la secte des blogs pâtisserie américains s’appelle "My man’s belly" (« Le ventre de mon homme ») et nous donne ce judicieux conseil : « Le plus court chemin jusqu’au cœur d’un homme passe par son estomac ». On ne cuisine donc pas d’adorables biscuits en forme de Rubik’s Cube pour le plaisir d’avoir deux jours entiers à tirer, mais bien pour faire plaisir à son homme. Voulant aller plus loin et rendre tous les garçons fous de moi grâce à leurs penchants primaires, j’ai été très déçue et étonnée de ne pas voir le site "My man’s penis" en lien suggéré.

Enfin, certes cette jeune femme sait faire des cupcakes en forme de petits ordinateurs, mais je sais mieux parler français qu’elle :


De la "crème patisserie" ? Jamais entendu parler. De la "crème patisserie" ? Jamais entendu parler.
 

 

Cet article me replongeant dans mes vieux démons, il menace dangereusement mon sevrage. Je le termine donc, et vous laisse admirer les magnifiques finitions de ce gâteau « Sac à main Louis Vuitton » :

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