Delphine Sitbon
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 juil. 2015

Critique du film « Hill of Freedom »

J'aime l'Asie. J’aime profiter de son patrimoine culturel et n’ai pas honte de venir enrichir son économie de quelques deniers. Pour preuve, j’ai dépensé plus de 400 euros à acquérir 65 tomes du manga Détective Conan, bande dessinée japonaise où les  protagonistes enquêtent aussi bien sur des meurtres survenant à huis clos, dans des toilettes de restaurant, ou à Marineland.

Delphine Sitbon
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J'aime l'Asie. J’aime profiter de son patrimoine culturel et n’ai pas honte de venir enrichir son économie de quelques deniers. Pour preuve, j’ai dépensé plus de 400 euros à acquérir 65 tomes du manga Détective Conan, bande dessinée japonaise où les  protagonistes enquêtent aussi bien sur des meurtres survenant à huis clos, dans des toilettes de restaurant, ou à Marineland. L’imagination de son auteur Gosho Aoyama est sans borne, c’est d’ailleurs par ses écrits que j’ai astucieusement appris qu’il était possible de tuer quelqu’un en transperçant son bulbe rachidien (situé à l’arrière de la tête) à l’aide d’une baleine de soutien-gorge. De plus, je sais dire « bakka» et « nekko » dans la langue du vénérable théâtre Nô, ce qui signifie respectivement « abrutis » et « chat ».

Adepte de cinéma, toujours heureuse de payer 11 euros pour assister à un film en compagnie de gens chauves et seuls, je décidais ce vendredi soir de faire escale dans une des salles obscures de la capitale. J’avais en effet trois heures à tuer avant d’aller à l’Escale, endroit béni des bas-fonds parisiens où le mojito coûte moins cher qu’un ticket de métro et est aussi chargé qu'une kalash.

Séduite par la bande-annonce de « Hill of Freedom », passant outre les remarques d’un collègue commentant que « mais c’est pas un film ça ! », je m’engageais à l’UGC Beaubourg en trottinant, le sourire aux lèvres.

Je vous livre cette même bande-annonce, qui m’a alors tant séduite :

HILL OF FREEDOM (Jayuui Eondeok) de Hong Sansoo - Official trailer - 2014 © FURY

De plus, et il est peut-être déjà temps de le souligner, ce film bénéficie d’excellentes critiques. D’aucun dit parfois que « Azy, Dieu est un voleur, il a chouré toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux ». Je dirais simplement que Dieu s’en est gardé quelques unes pour en rincer abondamment les critiques Allociné de « Hill of Freedom ».

Pour preuve :

© 

Sans ménager davantage le suspens, aller voir ce film fut - depuis l’envie de me teindre les cheveux couleur aubergine, désireuse de me donner un air « sexy gothique contemporaine » - une de mes erreurs les plus douloureuses. La lenteur abyssale de l’ensemble n’avait d’égal que la vacuité des dialogues et des rencontres du personnage principal : un jeune mec japonais parti en Corée du Sud pour retrouver son ancienne go, stalkeur à ses heures d’ailleurs, se postant en effet tous les jours dans un restau face à la maison de sa target.

Le gars fait des rencontres, se fait des potes, se fait une autre nana, se prend des cuites (il est souvent rond comme une queue de pelle), et retrouve l’amour de sa vie. Je me risque tout de même à vous livrer la fin de ce chef d’œuvre scénaristique : en fait, le mec s’était endormi sur une table, et avait rêvé de toutes ces rencontres.

À brûle-pourpoint, j’ai pensé : « Diantre, ce film a la même fin que toutes mes expressions écrites du CE2 à la 5e ! » En effet, dans le cadre de mes cours de français, lorsque je ne savais trop comment tirer mon héros vampire d’une embuscade avec trois fées cannibales et deux raccoons lépreux lui ayant tendu un guet-appens, je finissais en beauté par un magistral et tonitruant : « Mais en fait, ce n’était qu’un rêve. » Comme vous le constatez, ce cher M. Hong ne s’est pas encombré de plus de fioritures littéraires que mon jeune moi.

Je soulignerai nonobstant deux réflexions qui m’ont traversée tout au long du film. Sur ces points très précis, je reconnais que mes questions furent nombreuses et me plongèrent dans une profonde et salutaire introspection.

Premièrement - et c’est davantage une remarque qu’une question – le personnage principal du film possède malgré sa morphologie filiforme des pieds d’une grande rondeur. Tels des petits kumquats, ses orteils ont occupé l’écran avec panache.

Deuxièmement - et je conclurai par cet ultime point d’orgue - ce même personnage possédait et arborait le même tee-shirt qu’un copain à moi. Cela suscita rapidement dans mon esprit d’abondantes questions : l’avait-il acheté au même endroit que mon ami ? Les magasins Gap étaient-ils achalandés de la même manière en banlieue parisienne qu'en Corée du Sud ? Était-ce du lin bio ? Le gris clair convient-il donc judicieusement à toutes les carnations ? Là encore, le réalisateur n’a pas préféré donner de réponse figée à ces questions.  

« Hill of Freedom » de Sang-soo Hong, au cinéma depuis le 8 juillet 2015.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
À l’Assemblée, le RN s’installe et LFI perd la partie
Les députés ont voté mercredi la répartition des postes de gouvernance de l’Assemblée nationale, offrant deux vice-présidences au parti de Marine Le Pen. Privée de la questure qu’elle convoitait, La France insoumise a dénoncé les « magouilles » de la majorité, qu’elle accuse d’avoir pactisé avec la droite et l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — Violences sexuelles
Les contradictions de la défense de Damien Abad
Damien Abad est visé par une enquête pour « tentative de viol », ouverte ce mercredi par le parquet de Paris. Questionné par BFMTV sur le témoignage de la plaignante, l’avocat du ministre a affirmé que son client ne la connaissait « absolument pas », ne sachant pas de « qui il s’agit ». Ce que contredisent plusieurs éléments obtenus par Mediapart. Contacté, Me Benoît Chabert revient sur ses propos.
par Marine Turchi
Journal — Santé
Gynécologues accusés de viols : le dialogue est rompu entre médecins et patientes
La secrétaire d’État et gynécologue Chrysoula Zacharopoulou est accusée de « viol » et de « violences » par des patientes, à la suite du professeur Daraï, qui fut son chef de service. Les gynécologues rejettent le terme de viol en cas d’examen gynécologique. Les militantes fustigent un déni des violences.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Inflation : en France, grèves partout, augmentations nulle part
Depuis des semaines, des arrêts de travail éclatent dans toute la France, et dans tous les secteurs. Le mot d’ordre est toujours le même : « Tout augmente sauf nos salaires. » Après des négociations décevantes, les travailleurs se mobilisent pour obtenir des augmentations à la hauteur de l’inflation.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
Innovation et Covid : demain, rebelote ?
La quiétude retrouvée dans nos pays n’est pas de bon augure. S’il y a résurgence du Covid, tout est en place pour revivre ce qui a été si cruellement vécu: l’injustice dans l’accès aux vaccins à l’échelon mondial et le formatage de la gestion de la pandémie au gré des priorités économiques des pays riches et intérêts financiers des firmes pharmaceutiques ... Par Els Torreele et Daniel de Beer
par Carta Academica
Billet de blog
Pour un service public de santé territorial 3/3
Publié sur le site ReSPUBLICA et écrit avec Julien Vernaudon, le premier volet de cet article donnait le contexte historique, le second une analyse de la situation actuelle des professionnels de santé de premier recours et de leur évolution. Ce troisième et dernier volet propose la création d'un vaste et nouveau service public se santé territorial.
par Frédérick Stambach
Billet de blog
« Very bad trips » à l’Organisation mondiale du commerce
20 mois et 6 jours de négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour finalement acter, une nouvelle fois, que le commerce prime sur la santé. L’OMC et l’Union européenne (UE) se gargarisent aujourd’hui d’un accord sur la levée temporaire des brevets (TRIPS) sur les vaccins anti-COVID.
par Action Santé Mondiale
Billet de blog
Hôpital public : lettre ouverte à Monsieur le Président
A l’orée de cet été, la situation de l’hôpital public est critique. Nous sommes à la croisée des chemins. Depuis des mois l'hôpital public est sur le devant de la scène, après les 2 années de pandémie cet été s'annonce difficile. Nous adressons aux responsables politiques un point de vue de cadres et de soignants de proximité, investis dans l'hôpital, un bien commun, qu'il faut préserver, quoi qu'il en coûte.
par Fabienne dubeaux