Qu'avons-nous fait de nos humanités ? Que ferons-nous de notre citoyenneté ?

Parce que l'Humanisme, Les Lumières, les valeurs et les principes républicains ne sont pas obsolètes mais peuvent au contraire nous apprendre, nous réapprendre à faire société.

Qu’avons-nous fait de notre Humanisme, de nos Lumières, de nos humanités ? Que voulons-nous faire de notre citoyenneté ?
Force est de constater que les valeurs et principes républicains de Liberté, d’Égalité, de Fraternité, que notre acceptation de l’altérité est en train de s’émousser dangereusement. Les discours de haine, ouvertement racistes, antisémites, islamophobes, identitaires sont en train de faire florès. Ils sont malheureusement de plus en plus souvent mis au-devant de la scène médiatique, nouvelle agora où tout semble pouvoir se dire même en dehors du cadre prévu par la loi du 19 juillet 1881. Le contexte politique, socio-économique tendu est instrumentalisé à des fins idéologiques par nombre de responsables politiques qui font bien peu de cas de notre système démocratique, du bien commun et de l’intérêt général. Le danger d’une société de plus en plus fragmentée semble nous guetter. Nous avons les outils pour contrer ces propos en revenant aux sources de notre culture humaniste. Je crois en la possibilité d’une société vivant en harmonie et je fais mienne la devise de l’Union européenne : « L’unité dans la diversité ». A nous, membres de la société civile, simple citoyenne et citoyen, de construire, reconstruire notre devenir. Le passé éclairant le présent, je vous livre ici quelques citations qui, je l’espère, seront vous convaincre de l’importance de la nécessité d’une action émanant de la société civile. Il me semble que l’exercice d’une pleine citoyenneté, par-delà les clivages partisans, nous oblige. Nous pouvons toutes et tous être, à notre petite échelle, des intellectuels.lles engagés.ées dans la cité. Les sciences sociales ont en la matière un important rôle à jouer. Je vous souhaite une excellente journée printanière.
- Marc Bloch, Que demander à l’histoire ?, 1937 : « A quoi sert l’histoire tout court ? […] Et s’il me fallait répondre, en toute honnêteté, que l’histoire économique ne sert à rien du tout, que les historiens sont des êtres parfaitement inutiles, ce ne serait pas là, après tout, un aveu que je pusse considérer comme très agréable. Franchement, je ne crois pas qu’il faille conclure ainsi. Je vais essayer de vous montrer de mon mieux que nos recherches sont utiles, je dirai même indispensables. A une condition, sur laquelle j’insisterai tout à l’heure : qu’on sache les utiliser, qu’on ne les utilise pas à faux. […] Il faut que les études historiques elles-mêmes prennent de plus en plus clairement conscience de leur tâche. […]. Il faut qu’elles gardent le contact avec le présent, source de toute vie."
- Abd el-Kader, Lettres aux Français, 1858 : " Aprennez d'abord que c'est une nécessité pour l'homme intelligent de considérer les paroles prononcées et non celui qui les a dites. Si ces paroles sont vraies, il les acceptera, que celui dont elles proviennent soit connu pour dire en général la vérité ou le mensonge. [...] C'est par la référence à la vérité que l'homme intelligent connaît les autres hommes. Ce n'est pas par référence aux hommes qui parlent qu'il connaît la vérité."
- Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 14 septembre 1791: "La nature a mis dans mon organisation la fierté et le courage d'un brave homme. [...] Les hommes soutiennent que nous ne sommes propres exactement qu'à conduire un ménage ; et que les femmes qui tendent à l'esprit, et se livrent avec prétention à la littérature, sont des êtres insupportables à la société ; n'y remplissant pas les utilités elles en deviennent l'ennui".
- Voltaire, Traité sur la tolérance, chapitre 23, 1763 : « Tu ne nous a point donner un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées […] que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés Hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution. […]
- Rabelais, Gargantua, « Inscription mise sur la grande porte de Thélème », chapitre 52, 1534 : « Ci n’entrez pas, maschefaims, praticiens, clercs, basochiens, mangeurs du populaire, officiaux, scribes et pharisiens, juges anciens, qui les bons paroissiens ainsi que chiens mettez au capulaire. Votre salaire est patibulaire : Allez-y braire. […]. Ci entrez vous, et bien soyez venus. […] En général tous gentils compagnons. […] Ci entrez, vous dames de hault parage, en franc courage […].
Ainsi l’avait établi Gargantua. En leur règle n’était que cette clause : FAIS CE QUE VOUDRAS. Parce que gens libérés, bien nés et bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux, et retire de vice […]. »
Le livre d'Henry Rousso m'a été offert par une élève de Terminale. Quel formidable cadeau ! Le métier d'enseignant, une maïeutique fantastique !

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