Demain est si loin, un film documentaire en partenariat avec Mediapart

Exilés à la frontière franco-italienne: prendre acte et rendre compte d’une situation sidérante, tel était le parti-pris de départ de «Demain est si loin».

Billet écrit par Muriel Cravatte, réalisatrice de DEMAIN EST SI LOIN.

Je suis heureuse d’inaugurer ce blog, à l’occasion du partenariat que nous mettons en place entre DEMAIN EST SI LOIN et MEDIAPART.

Nous vous proposerons d’y suivre l’actualité du film.

DEMAN EST SI LOIN un film de Muriel Cravatte © La Compagnie du Garage / Explicit Films

« Chaque jour, des exilés tentent de traverser la frontière franco-italienne à pied pour rejoindre la France, empruntant des itinéraires de montagne dangereux pour échapper aux traques policières.

Arrivés à Briançon, ils sont accueillis pour quelques jours au Refuge Solidaire, hébergement d’urgence géré par des bénévoles.

Entre harcèlement policier et criminalisation, les solidaires qui viennent en aide aux exilés s’organisent pour continuer à agir. »

 

LE FILM

DEMAIN EST SI LOIN a été tourné dans un contexte et un cadre particuliers. Je l’ai porté seule, sans financement, pendant deux ans. Par choix et par urgence.

Je voulais témoigner, prendre acte d’une situation qui me sidérait.

A la frontière franco-italienne, près de Briançon, en dépit des lois sur l’asile et des droits humains, les réfugiés qui tentent d’entrer en France se font refouler par les autorités. La vallée où se déroulent les traques policières, véritables chasses à l’homme à l’encontre des réfugiés, est d’une beauté majestueuse, immuable. C’est un endroit que je connais depuis mon enfance. Me dire que ce coin de paradis pouvait être vécu comme un enfer par les exilés qui tentent de traverser la frontière a provoqué en moi un choc et une prise de conscience. Après un premier séjour comme bénévole au Refuge Solidaire de Briançon, la nécessité de filmer m’est apparue. Je voulais témoigner de ce qui se passait « ici et maintenant ». 

Je suis restée dans le briançonnais plusieurs mois, alternant bénévolat et tournage. Sans production, sans impératif, j’ai bénéficié du luxe de pouvoir prendre mon temps.

Et petit à petit le film a émergé. J’y montre comment l’arrivée en France des exilés s’inscrit dans la continuité d’un parcours tout au long duquel leur dignité et leur humanité sont bafouées. Je leur donne la parole, affirmant la singularité de chacun, dans un film à caractère collectif.

Je raconte de quelle façon, par la défaillance de l’Etat, une organisation parallèle – magnifique et fragile - s’est mise en place du côté des solidaires.

Le territoire du briançonnais résonne comme un miroir de notre société, où l’humanité est du côté des citoyens, alors que la répression et le déni des droits proviennent de représentants de l’État. Il reflète dans une zone circonscrite ce qui se passe plus largement à l’échelle nationale ou européenne.

Une société de production m’a rejointe dans l’aventure. Ensemble nous avons lancé une campagne de financement participatif  qui a permis de finaliser la post production du film dans les meilleures conditions. Des partenariats ont ensuite été établis avec Médecins du Monde, la Ligue des droits de l’Homme, La Cimade et Tous Migrants. Et maintenant avec Mediapart.

 

UN FILM EN TEMPS DE PANDÉMIE

Avec sa sélection au Cinéma du réel, puis un grand nombre de projections débats programmées en milieu associatif et militant, les perspectives de rencontre avec le public étaient prometteuses et enthousiasmantes pour DEMAIN EST SI LOIN. Le contexte sanitaire en a décidé autrement, nous a obligé à nous adapter. Il y a eu quelques projections sur internet, une petite fenêtre nous a permis de le projeter à deux reprises en salle en octobre. De très bons moments, forts et émouvants, mais loin, évidemment de la tournée que nous avions prévue.

Nous espérons que dès que cela sera possible le film trouvera son public.

D’autant plus que, malheureusement, ce que dénonce DEMAIN EST SI LOIN est plus que jamais d’actualité. La situation à la frontière franco-italienne, au-dessus de Briançon est toujours faite de traques de réfugiés en pleine montagne, refoulements illégaux en Italie, présence massive des forces de l’ordre et harcèlement judiciaire des solidaires.

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