Délinquants sexuels : la répression a-t-elle dépassé le raisonnable ?

En février dernier, les Etats-Unis ont passé une nouvelle loi qui réduit à nouveau les droits des délinquants sexuels ayant pourtant purgé leur peine. Cette "loi Megan Internationale" interdit désormais aux personnes fichées comme délinquants sexuels de se rendre à l'étranger. Derrière l'intention louable d'empêcher tout nouveau délit, la répression aveugle a des conséquences funestes.

En matière de délinquance sexuelle, il est facile de demander toujours plus de répression. Il est facile aussi de penser que les délinquants sexuels sont tous d'horribles pervers, incarnations du mal avec lesquels nous n'entretenons aucun rapport. Qui serait assez fou pour défendre ces "détraqués" ?

Et pourtant, la réalité est bien différente. Hors quelques cas hypermédiatisés, les délinquants sexuels sont essentiellement des gens comme nous, avec les mêmes envies, les mêmes instincts, les mêmes pulsions. Mais qui ont dérapé un jour, ont été confrontés à la Justice, et ont purgé des peines, parfois très lourdes. Aux Etats-Unis, ils sont plus de 700 000 ainsi à avoir été fichés comme délinquants sexuels. A côté de véritables agresseurs sexuels, il y a aussi tout un tas de victimes de la criminalisation grandissante de la sexualité et de lois inadaptées aux réalités de notre époque. On trouvera donc sur la liste des délinquants un bon nombre de personnes bien inoffensives, comme par exemple : des étudiants un peu éméchés surpris en train d'uriner sur la voie publique, des adolescents qui ont envoyé un sexto à leur copine, voire même des enfants coupables d'avoir joué au docteur. Que cela fasse l'objet de condamnations, soit. Que ces personnes soient fichés pendant des décennies, voilà qui est déjà plus discutable. Mais le véritable problème, c'est l'utilisation de ces listes à des fins discriminatoires. Outre la publicité de ces listes, amenant souvent à des actes de violence dans le voisinage, les multiples contraintes imposées aux personnes fichées les empêchent bien souvent de pouvoir travailler voire même se loger. On en arrive ainsi à des aberrations, comme la création de ghettos de délinquants sexuels. Imaginez un peu la vie de famille dans de tels endroits...

Car oui, les délinquants sexuels ne sont pas des éléments isolés de la société. Ils ont des parents, une famille, des femmes et des gosses. Au final, cela fait des millions de personnes directement concernées, et punies par la même occasion. Mais qui pense à eux quand on parle de renforcer la répression des délits sexuels ? Certes, il est essentiel de protéger les victimes, mais la réaction doit rester proportionnée, sous peine d'endommager inutilement la société dans son ensemble.

La nouvelle loi dite "Megan Internationale", qui interdit aux délinquants sexuels de voyager à l'étranger sans permission du gouvernement US, peut apparaître relativement anodine. Mais c'est justement pour cela qu'il est important de la dénoncer. Il est trop facile, pour nous autres non délinquants sexuels, de ne pas y accorder d'importance. Pourtant, en y regardant de près, les conséquences sont bien plus importantes que ce qu'une lecture rapide pourrait faire croire. Notamment parce qu'il y a des interactions particulièrement néfastes aves les lois pré-existantes. Par exemple, le "Protect Act" de 2003 interdisait les épouses de délinquants sexuels de devenir citoyennes américaines. Les délinquants sexuels qui ont alors, sous la contrainte de cette loi, émigré vers le pays de leur épouse, se voient désormais chassés de ces pays. Ces drames familiaux étaient-ils nécessaires ?

Rappelons encore une fois qu'il s'agit de personnes ayant purgé leur peine. Rappelons aussi que les délits sexuels ont un taux de récidive bien inférieur aux autres délits. Pourquoi donc cet acharnement ? Et surtout, pourquoi, sous prétexte qu'il s'agit du sujet bien trop sensible de la sexualité, personne n'ose dénoncer ce qui est manifestement une atteinte aux droits de l'homme ?

Il est important de noter aussi que cette nouvelle loi nécessite l'intervention d'Interpol, qui verra donc son domaine d'action considérablement élargi. Or, cette organisation échappe en grande partie à tout contrôle démocratique, et son fonctionnement obscur se prête à bien des manipulations politiciennes.

Les Etats-Unis, en matière de politique sécuritaire, sont bien souvent le laboratoire du pire. Il est essentiel de prêter attention à ce qui s'y passe, et de réfléchir aux perversités de ce système. Car tôt ou tard, le risque est grand de voir arriver les mêmes lois chez nous. Soyons donc vigilants, surtout à l'heure où la sécurité est présentée comme la première des libertés, et où les abus de pouvoir sont de plus en plus banalisés.

 

 

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