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Billet de blog 22 juil. 2017

Et si André Gide avait à voter pour les statuts proposés par En Marche ?

Pour éviter tout malentendu, voici une première citation d’André Gide pour exposer ce qui motive ce texte : “Ne prête à la louange qu'une oreille; ouvre les yeux à la critique.” (Conseils au jeune écrivain)

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1)Faire de la politique autrement ?

“La promesse de la chenille n'engage pas le papillon.” (Journal)

La campagne d’Emmanuel Macron a suscité un espoir chez les français déçus par la politique (à l’ancienne) et surtout a permis à nombre de citoyens de s’impliquer pour la première fois dans la vie politique de notre pays via un  nouveau mouvement portant haut les valeurs de démocratie participative.

Si ce nouveau mouvement a porté un idéal de renouveau pendant les campagnes électives de cette année, les statuts que l’on propose de voter actuellement aux adhérents d’En Marche sont un dur retour à la réalité.

Nous assistons en ce moment en direct à la désintégration de la promesse de « faire de la politique autrement » et de ce que doit être un mouvement politique du XXIème siècle.

2) Un vent de renouveau, vraiment ?

“Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant.” (Les faux monnayeurs)

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a été le chantre des organisations souples, dites « bottom up », s’appuyant sur les idées et les talents de ses adhérents pour enrichir et développer son Mouvement. C’est aussi ce talent collectif qui l’a porté.

Mais une fois l’élection passée, la future organisation du Mouvement (dessinée par les statuts actuellement proposés aux adhérents) s’avère être l’une des plus « top-down » du paysage politique français !

 3) Un retour à de vieilles pratiques ?

“Choisis tes ennemis; mais laisse les amis te choisir.”(Conseils au jeune écrivain)

Toutes les fonctions ayant autorité au sein du mouvement sont en fait nommées, sans aucun vote des adhérents.

Les nominations se font en cascades descendantes et non ascendantes :

 Bureau exécutif : instance non élue

Référents territoriaux : nommés par une instance non élue

Délégués : élus par une instance à très grande majorité non élue

Commission d’investiture : nommée par une instance non élue

 Une malheureuse évidence s’impose à la lecture de ces statuts : aucune de ces instances n’est élue directement par les adhérents !

Par ailleurs, les candidats pour lesquels les adhérents sont amenés à faire campagne, sont imposés sans droit de regard de ces derniers sur les investitures, ce qui est, et sera, difficile à accepter sur le terrain.

 4) Une normalisation en marche ?

Être grand ne lui suffit pas; il ne se plaît que supérieur.” (Journal)

La disparité entre le poids des « personnes élues ou nommées » et les simples adhérents est disproportionnée pour un parti démocratique moderne.

Au mieux, le Conseil National (qui est le Parlement du mouvement) comprendra seulement 25 % d’adhérents et encore, à l’intérieur de ces 25 % se retrouveront des adhérents membres de droit pour 1/5.

Les 75 % restants seront attribués aux élus et aux personnes nommées par le Bureau exécutif.

Est-ce à dire que les simples adhérents ne valent pas autant que les élus ?

 5) Un simple effet d'affichage ?

“Les amis sont dangereux, non point tant par ce qu'ils vous font faire, que par ce qu'ils vous empêchent de faire.” (Corydon)

Les comités locaux et leurs animateurs, chevilles ouvrières du mouvement jusqu’à ce jour, ne sont autonomes qu’en apparence.

La liberté qu’on devrait leur accorder est perpétuellement associée dans les statuts à une personne nommée par le Bureau exécutif, cette personne ayant quasiment droit de vie ou de mort sur un comité.

 6) Quid des cordons de la bourse ?

“Plutôt que de répéter sans cesse à l’enfant que le feu brûle, consentons à le laisser un peu se brûler : l’expérience instruit plus sûrement que le conseil.” (Les Faux Monnayeurs)

Sans financements bien définis, ces instances locales se retrouvent sans ressources pour le fonctionnement au quotidien (le bénévolat, qui a fonctionné en période de campagne, ne peut se prolonger dans la durée).

Les actions de long terme décidées localement ne pourront être engagées que si elles sont financées. Or, ce choix de financement ne pourra être accordé que par les instances nationales, souvent avec un temps d’inertie plus ou moins long et sur des critères non définis.

Nous sommes donc de fait loin de l’esprit d’efficacité et du principe d’un fonctionnement autonome des comités locaux.

 7) Qui aura (une) voix au chapitre ?

“Dès qu'une route n'est pas entretenue, la végétation qui l'envahit la rend peu à peu impraticable. ” (Voyage au Congo)

Avec ces statuts les adhérents ne seront que très rarement consultés sur les orientations politiques du parti (formellement les consultations de l’ensemble des adhérents ne sont prévues que tous les 3 ans).

Or, comment peut-on bâtir un parti politique sans ses adhérents et s’efforcer de conserver leur motivation intacte sans les consulter régulièrement ?

 8) Rendre compte ou pas ?

Obscurité, tu seras dorénavant pour moi la lumière.” (Thésée)

Emmanuel Macron a souvent prôné le fait que les responsables rendent régulièrement des comptes de leur action.

Or dans ces statuts, il n’y aucune mention de points d’étape, ni aucune évaluation, validation, remédiation ou remise en question.

Les statuts font souvent référence à un Règlement Intérieur, qui n’est ni communiqué en annexe ni soumis au vote des adhérents.

À notre sens, un parti démocratique se doit d’être des plus transparents en interne.

                                                                            -------------------------------------------------                                                 

En conclusion, comme le dirait encore André Gide :

“Il est bien des choses qui ne paraissent impossibles que tant qu'on ne les a pas tentées. ” (Si le grain ne meurt)

Pourquoi ne serait-il pas possible d’élaborer des statuts vraiment démocratiques et approuvés par tous pour ce mouvement politique qui a mis « en marche » des citoyens pleins d’espoir ?

Comment envisager que La République en Marche ne puisse mettre en accord les principes prônés pendant les précédentes campagnes avec les statuts qu’elle propose ?

Le reste n’est que littérature…

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