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Billet de blog 11 sept. 2012

Le cas berne art art no

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Monsieur le Directeur du Musée,
   
Je ne vous écris pas sans éprouver de profonds scrupules, car ma démarche ne va pas sans trahir le secret médical. Je suis en effet, depuis trente ans, le médecin psychiatre de M. Bernard Arnault et, pressentant sa dangerosité, je me dois de vous recommander quelques mesures de prévention.
  
J’ai rencontré M. Arnault pour le traitement de divers symptômes, en particulier des cauchemars récurrents et particulièrement pénibles. Dans l’un d’eux, il s’escrime, en le chiffonnant et en le torsadant, à faire entrer le tableau de Van Gogh « Les tournesols », par son goulot, dans une bouteille d’huile végétale (je ne commente ce qu’a de phallique et sexuelle pareille opération). Dans un autre rêve, il rampe, les jambes paralysées, maculé d’excréments, pour atteindre vainement un rayonnage où sont exposés des rouleaux de papier-toilette « Hermès ». Dans un troisième, faisant face à un vaste auditoire, une tête de cheval décapitée posée sur son pupitre, il expose, particulièrement fier de lui-même, comment il se sert de selles « Vuitton » pour empaqueter des pièces de viandes de cheval surgelées.
   
Après un long travail thérapeutique, Bernard Arnault, qui professait une haine absolue contre son père, finit par découvrir qu’il était mué - inconsciemment - par le "nom-du-père", et qu’en s’acharnant à acquérir des sociétés liées aux métiers des arts décoratifs, à seule fin de les gérer ensuite avec des méthodes d’épicier, il avait seulement tenter de réaliser ce que signifient le nom de son père et le prénom que celui-ci lui a donné, à savoir : « berne art / art no ». Cette prise de conscience, insuffisante pour faire la paix avec son père, lui permit d’entrevoir que son vrai « self » était celui d’un épicier, et qu’il aurait été bien plus heureux en se réalisant comme épicier, plutôt qu'en appliquant des méthodes d’épicier à l’industrie du luxe et des métiers d'art.
  
Son impatience, le conduisit à se jeter sur des actions Carrefours, convaincu qu’il pourrait rapidemment devenir le N°1 des épiciers. Mais, le principe de réalité se rappela alors à lui, et il fit à cette occasion une moins-value de plusieurs milliards d’euro. Il rechutta. Ses mauvaises fréquentations du bar du Fouquet’s n’arrangèrent rien.
  
Comme son état devenait réellement critique, je l’ai invité à faire un voyage en Belgique, qui sembla tout d'abord salutaire. Bernard Arnault se métamorphosa. Il proclamait : « rien à foutre de la gastronomie et des grands crus, la vraie vie c’est les moules-frites et les peintes de bière ! Fais chier les conversations de salons en montrant ses œuvres d’art, mon truc à moi, c’est la grosse rigolade au pied de la fontaine du manneken pis ! » Il acquit bientôt une maison dans la banlieue de Bruxelles et carressa l’espoir de se réaliser enfin, à 64 ans, en devenant un authentique épicier belge.
   
Je lui recommandais évidemment de rester discret sur ses projets. Mais, il ne pu s’empêcher d’annoncer qu’il voulait devenir belge, et cela au moment précis où le président de la république annonçait des mesures fiscales – ce contre-temps signe bien « l’acte manqué ». Il eu beau prétendre que sa belgitude était la finalisation d’une longue démarche personnelle et qu’il s’acquitterait de ses impôts en France, personne ne comprit le caractère thérapeutique de sa démarche.
  
Cette mise en échec du traitement a réactivé ses symptômes les plus préoccupants (pour ne pas dire qu’il est en pleine décompensation). Je l’ai croisé récemment au Louvre en train d’examiner, dans un état d’agitation fébrile, les systèmes de sécurité qui protège La Joconde. Je suis parvenu à l’apaiser sur le moment, et je lui proposé de venir consulter, ce qu’il n’a évidemment pas fait.
  
Aussi, je ne saurais trop vous recommander de diffuser la photo de M. Arnault auprès de votre personnel de gardiennage et de leur recommander de ne pas le laisser trop s’approcher des œuvres exposées. En effet, après avoir été l’épicier des métiers d’arts, il pourrait bien, à seule fin de donner corps à son nom « berne art / art no », se proclamer "boucher des beaux arts".  
  
Comptant sur votre vigilance, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur du Musée, mes salutations distinguées.

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