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Billet de blog 14 août 2016

Islam : une foi prise en otage

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Abderrahmane Sissako, le cinéaste auteur de "Timbuktu", observe que les djihadistes prennent des otages, qu'ils prennent des populations et des villes en otage, mais qu'ils prennent aussi une foi en otage (voir les bonus du DVD du film).


La question centrale est de savoir comment libérer l'islam de ses preneurs d'otages (que l'on peut nommer salafistes djihadistes, takfiristes... mais, peu importe, puisque ceux-ci avancent aussi masqués).


La mode chez nombre de musulmans est de protester que les attentats seraient le fait de fous. Aborder la question en reléguant la question dans le champ de la psychopathologie est pitoyable. Tout d'abord, on sait, par des études scientifiques, que les personnes affectées de pathologies psychiatriques forment une population statistiquement moins criminogène que la population dite "normale". Ensuite, il est absurde de dénier aux djihadistes le fait qu'ils agissent par conviction, sous prétexte que leurs convictions sont inhumaines. Cette manière d'aborder les choses n'est qu'une manière de protester de l' "innocence" des musulmans, alors même qu'ils ne sont pas accusé d'être responsables de la situation (sinon par un courant islamophobe, sans doute bruyant, mais sociologiquement minoritaire).


Ce qui interroge c'est l'incapacité actuelle des musulmans de se doter des institutions qui leur permettraient de libérer leur foi de l'emprise du salafisme djihadiste.


Pourtant, il ne semble pas hors de portée que les musulmans se reconnaissent des autorités théologiques et que celles-ci rejettent hors de la foi islamique le salafisme djihadiste, et cela pour un seul motif, en soi suffisant : le salafisme djihadiste en valorisant la mort "kamikaze" et en reconnaissant le meurtre des mécréants comme l'équivalent d'une « hassanat » (mot qui peut se traduire par « bonne action qui sera récompensée par dieu au paradis ») induit de facto une restauration du sacrifice humain (tant sous la forme auto-sacrificielle que sous la forme du sacrifice expiatoire et/ou propitiatoire des mécréants, apostats, blasphémateurs, etc.).


Or l'islam, comme religion abrahamique proscrit tous les sacrifices humains (le martyr est celui qui rencontre la mort dans un combat juste et non un kamikaze) et tous les versets de l’islam, y compris les plus guerriers, devraient s’interpréter à partir du postulat de l’interdit du sacrifice humain, sous quelque forme que ce soit, la divinité n’en agréant aucun.


Ce rejet du sacrifice humain est d’ailleurs attesté par la tradition par laquelle le Prophète est désigné sous le nom de "fils des deux immolés". Double immolé, tout d’abord, en tant que descendant d'Ismaël (père des Arabes) et en tant que fils d' `Abd Allâh (le père du Prophète). Selon certaine tradition musulmane, c’est Ismaël qu'Abraham s'apprêtait à sacrifier (dans la tradition juive et chrétienne, il s'agit l'Isaac). Quant à `Abd Allâh, son père promis de le sacrifier, mais renonça en sacrifiant à sa place 100 chameaux. Si le dieu du Coran agréait les sacrifices, il n'y aurait eu ni Prophète, ni même d'arabes !


Bref, il suffirait de désigner le salafisme djihadisme comme un culte non abrahamique où les sacrifices humains sont adressés à un dieu unique pour qu'il soit rejeté hors de la foi islamique (le salafisme djihadiste est, en somme, un mixte entre une religion archaïque, telle que celle que des cananéens ou celle des Aztèques, combinée avec l'idée monothéiste).


Reste à savoir pourquoi les musulmans sont incapables de se doter d'institutions capables d'énoncer quelque chose d'aussi simple et d'évident ! Et là, on touche au fait que pour nombre de musulmans, les salafistes djihadistes restent perçus comme des "défenseurs" de l'islam contre l'impérialisme et la modernité occidentale vecteur de sécularisation.
Ceci porte un nom : le syndrome de Stockholm. Les otages finissent par préférer les preneurs d'otages aux forces de police. Préférence qui s'enracine dans le sentiment que la mort est plus certaine si les forces de police interviennent.


Et ceci en dit très long sur l'état de déliquescence de l'islam : les divisions de l’islam sont telles, les affiliations a des intérêts étatiques si contradictoirement diverses, que l’éclosion d’une autorité théologique parait aujourd’hui hors de portée.


Seuls les musulmans peuvent se libérer de la prise d’otage de leur foi. A eux de voir, en consultant leur texte, si leur foi leur recommande ou non de combattre les imposteurs de l’islam que sont les salafistes djihadistes. Et si l’on peut, en sécurité en Occident, se dire sans honte musulman tout en acceptant que sa foi serve de bouclier symbolique à des criminels, quand des populations musulmanes qui vivent sous emprises de groupes de criminels servent, eux, à leur corps défendant, de bouclier humain.

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