DEMOCRYPTE

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Billet de blog 20 mai 2011

DEMOCRYPTE

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VIE DE CESAR SARKOMINUS XI

DEMOCRYPTE

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Chapitre XI Où il est question du luxe, de la spéculation et de Datia, la servante de Messaline

Résumé des épisodes précédents : Le sage Démocrite et son jeune compagnon, Protagoras, voyage vers le Palais de César Sarkominus et font une halte dans la luxueuse villa de Mécène. Ayant reçu, quelques dizaines d’années plutôt, une lettre d’Auguste Comtus contenant des prédictions sur le règne de Sarkominus, Démocrite a jugé à propos, d’enquêter afin d’éclaircir la question des « prémonitions » qui défient sa philosophie radicalement matérialiste.

1. Où l’on découvre la luxueuse villa de Mécène
Mécène nous offrit l’hospitalité de sa villa pour que nous nous y reposions avant de reprendre notre route. Sa villa se trouvait non loin d’Apta Julia (1) sur les rives du Calavon. Le luxe de cette villa me fit très forte impression, enivrante mais révoltante par son luxe.
La porte d’entrée en bronze lustré vous aveuglait. Elle s’ouvrait sur la délicieuse pénombre d’une entrée, dont le sol était décoré d’une mosaïque qui représentait une porte entrouverte sur un jardin verdoyant. Vous entriez alors dans l’atrium, avec son bassin de récupération d’eaux de pluie, cerné de colonne de marbres. Un cartibulum, dont les pieds représentaient des lions, exhibait les bustes d’Eschyle, Sophocle et Euripide. Sur la gauche, le lararium, sur lequel brûlait de l’encens, était surmonté d’une fresque où Mécène s’était représenté, entouré de deux jeunes hommes représentants les lares protecteurs, qui accueillaient Dionysos suivi d’un bouc et d’un taureau. Plus loin, le tablinum, composé d’une table de travail en marbre et d’une bibliothèque, débordait de rouleaux et de tablettes manuscrites. Derrière une porte accordéon, décorée d’une peinture représentant une fontaine, se devinait le peristylium. Mécène nous invita à y rejoindre Cæcilia, sa jeune épouse, qui nous y attendait. Ce jardin bordé de colonnes était époustouflant. Outre le triclinium de plein air, où nous prendrions notre repas, il y avait un bassin relié par un petit canal à une fontaine en forme de nymphée, avec une cavité de marbre rouge, qui étincelait de rocailles en pierres précieuses, de coquillages en marbres blancs et de coraux ramenés de mer lointaine. Le jardin comprenait un verger où, par-dessus les primeurs, une vigne fleurissait sur des pergolas, l’ensemble étant cernés de quatre cerisiers. Sur les murs, en retrait des colonnes, des fresques représentaient une nature luxuriante, fleurie et peuplée d’oiseaux, de lapins, d’hérissons, de lézards et de bien d’autres petits animaux. Quelques oliviers et une haie de laurier ombrageaient un natatio, dont le fond du bassin était décoré d’une mosaïque représentant Triton, des animaux mi-chevaux, mi-serpents et de voluptueuses Néréides (2).
Nous nous installâmes dans le triclinium de plein air, nous laissant bercé par le murmure de la fontaine et le chant des criquets. Mécène invita Cæcilia, qu’il dévorait des yeux, à s’allonger près lui sur le lit de droite. Démocrite s’installa sur le lit d’en face, et je m’assis à ses pieds, comme il sied aux jeunes gens.
Démocrite félicita Mécène pour le soin raffiné qu’il accordait à sa demeure et Mécène cru bon d’exprimer son admiration pour les sages qui savent se contenter de rien. Sa jeune épouse lui lança un regard méprisant.
Démocrite fut attristé par l’attitude de la jeune femme, mais se ressaisit pour prononcer, sur un air enjoué : « Cléarchos de Soles écrit dans ses Érotiques : « Peut-être aussi gardent-ils ces fleurs pour eux-mêmes, en vue d'admirer leur charme, comme consolation de la beauté du bien-aimé. Car le désir pour l'aimé est détourné par la possession des fleurs. » (3) Telle la fleur contemplée par l’amant déçu, la magie du luxe est de nous absorber et de nous faire oublier nos désirs irréalisables. Le luxe a toute sa place dans l’économie de nos désirs. »
« - Vous, le sage Démocrite, vous approuvez donc le luxe ? », interrogea Cæcilia, non sans dissimuler une pointe d’ironie.
« - Je lui trouve cette forme d’utilité que je viens de dire, répondit Démocrite. Sénèque, toutefois, attire notre attention sur cette curieuse mode qui pousse certains, en plein été, à se distinguer en consommant, à grand frais, des boissons glacées. Après avoir décrit les efforts des marchands de glace pour compacter la neige d’hiver et la conserver à l’abri jusqu’à la saison chaude, Sénèque s’interroge sur cette curieuse opération qui consiste à « transformer en marchandise l'eau qu'on avait pour rien. On a regret que l'air, que le soleil ne puisse s'acheter ! Malheureux que nous sommes ! Il est quelque chose que la nature laisse en commun au genre humain ! Ce qu'elle fait couler à la portée de tous, pour que tous y puisent la vie, [on] en a fait une chose vénale. » (4) Le goût pour le luxe conduit à transformer la chose la plus commune, en objet rare et cher. Mais que dire du silphium ! Notre ami Protagoras et Cæcilia sont trop jeunes pour avoir connus le silphium ! Alors que nous, Mécène, en avons raffolé dans notre jeunesse ! Les gourmets en mettaient une pincée dans leurs mets en guise de condiment, et les convives, en les dégustant, tremblaient à chaque bouchée, s’étonnant que les dieux ne se soient pas réservés l’usage de cette plante. Et mélangée avec du miel, de l'huile et du fromage elle formait une sauce très appréciée. Outre ses propriétés contraceptives bien connues, il est difficile d’énumérer toutes les propriétés médicinales du laserpitium, résine du silphium. Pline eu le plus grand mal à les dénombrer. Signalons toutefois qu’il « réchauffe ceux qui sont transis de froid ; en breuvage, il remédie aux maladies des nerfs. Incorporé avec la cire, il enlève les cors préalablement mis à vif avec le fer ; délayé et pris à la grosseur d’un pois chiche, il est diurétique. Pris en boisson, il neutralise le venin des armes empoisonnées et des serpents ; avec l’eau, on en fait un topique qu’on met sur ces plaies ; avec l’huile on ne le met que sur les piqûres des scorpions ; avec la farine d’orge ou les figues sèches, sur les ulcères qui ne viennent pas à maturité… » (5)  Le silphium était aussi remarquable pour le parfum qu’on en tirait. L’humer s’était s’alanguir. Mais, l’avidité et la vénalité ont conduit à la surexploitation de cette plante rare et précieuse, qui ne poussait que dans les sols sablonneux de Cyrénaïque. Si bien qu’aujourd’hui, elle a disparue de la surface de la terre. Si le goût pour le luxe peut donc transformer un bien commun en objet de luxe, inversement il peut détruire ce qui est rare et véritablement luxueux. »
« - Démocrite, fit Cæcilia en versant des petites confiseries dans un bol, vous prendrez bien quelques graines de cannabis frites et miellées (6). Elles viennent directement de Phénicie. »
Démocrite en prit une.
« - Ah non servez-vous vraiment !, s’exclama l’épouse en distribuant un bol pour chacun – tout en m’oubliant au passage. Je me connais, si je suis seule à en manger, je goberais le sac entier et ce ne serait pas bon pour ma ligne. »
« - Je crains que cette petite gâterie ne puisse jamais remplacer le silphium », fit Démocrite en mâchouillant sa confiserie.  
2. Où l’on apprend comment Démocrite devint ploutocrate
 « - Démocrite, dit Cæcilia, j’ai ouïe dire que vous avez été un ploutocrate... Vous ? Le sage Démocrite ! J’ai du mal à le croire ! »
« - Vous êtes très bien renseigné, Madame ! », répondit Démocrite un brin agacé.
« - Oh ! Comme c’est amusant ! Tu entends Mécènou, Démocrite a été un ploutocrate ! Démocrite, il faut absolument que vous nous racontiez cela ! », insista l’épouse.
« - Mais le sage Démocrite a sans doute bien d’autres choses à nous raconter, interrompit Mécène. D’autant qu’il s’agit d’une anecdote bien connue. »
« - Comment ça, bien connu ? », demanda Cæcilia.
« - Tu ne te souviens donc pas ? Quand j’ai dit à notre ami Langus que nous allions recevoir Démocrite, il s’est exclamé que c’était un « sage formidable en synergie avec son temps » et il nous a cité de mémoire ce passage de Pline : « Démocrite, voyant que les plus riches de ses concitoyens dénigraient les études auxquelles il se livrait, alors qu’il avait prévu une hausse prochaine du cours de l’huile consécutive au lever des Pléiades (7), il acheta d’un coup toute l’huile que l’espérance de la prochaine récolte maintenait alors au plus bas cours, au grand étonnement de ceux qui savaient combien il était attaché à la pauvreté et à sa studieuse retraite. Aussi, lorsque la cause se manifesta et que son profit s’avéra considérable, il se borna à rendre la marchandise, au grand repentir des notables que la crainte d’en manquer plongeait dans l’angoisse, satisfait de leur avoir montré qu’il eût été facile, pour peu qu’il l’eût voulu, de faire lui aussi fortune. » (8) Voilà l’anecdote. Tu ne t’en souviens pas ? »
Je profitais de la vivacité de l’échange pour plonger ma main dans le bol de Démocrite afin d’y récolter une pleine poignée de graines de cannabis grillées que je fourrais aussitôt dans ma bouche.
« - Je m’en voudrais de laisser votre curiosité insatisfaite, Madame, fit Démocrite, un brin amer. Il y a, comme presque toujours chez Pline, des... raccourcis. Pline a toujours été fâché avec les chiffres et avec l’économie, aussi a-t-il beaucoup simplifié mon histoire. Ce texte de Pline est gênant car il sous-entend que j’aurais agis pour prouver à mes concitoyens que j’aurais pu devenir ploutocrate si je l’avais voulu et que je me serais enrichi en profitant d’une simple pénurie d’huile d’olive qui en aurait renchéris la valeur. »
« - Et ce n’est pas le cas ? », interrogea Cæcilia.
« - C’est un peu plus complexe !, répondit Démocrite. Je suis le riche héritier d’une grande famille et je désirais liquider ma fortune pour financer un grand voyage. Or Abdère a une loi particulièrement sévère à l’encontre de ceux qui font faillite : si je renonçais à poursuivre les affaires de mon père, on m’aurait condamné à perdre tous mes droits et à devenir un apatride. Je cherchais donc un moyen de négocier avec les autorités une forme d’immunité. D’autre part, contrairement à ce que Pline laisse entendre, je ne me suis pas enrichi directement grâce à une pénurie d’huile d’olive. J’avais prévues par l’étude de phénomènes météorologiques des grêles qui détruiraient la prochaine récolte d’olives et, en achetant les stocks disponibles, je me suis trouvé donc en possession d’une denrée qui pouvait devenir extrêmement rare. Je me suis bien garder de me lancer seul dans une telle entreprise de spéculation, car c’est très dangereux, comme le rappelle d’ailleurs Aristote : « Un particulier, en Sicile, employa les dépôts faits chez lui à acheter le fer de toutes les usines ; puis, quand les négociants venaient des divers marchés, il était seul à le leur vendre ; et, sans augmenter excessivement les prix, il gagna cent talents pour cinquante. [Le tyran] Denys en fut informé ; et tout en permettant au spéculateur d'emporter sa fortune, il l'exila de Syracuse pour avoir imaginé une opération préjudiciable aux intérêts du prince [qui avait lui-même besoin de fer]. » (9) Il n’est pas besoin d’évènements climatique exceptionnels pour provoquer une pénurie, car celles-ci s’organisent très facilement. Mais, il faut toujours mettre d’autres ploutocrates et quelques puissants dans sa combine, si l’on ne veut pas être désigné comme un affameur. En affaire, le crime est d’agir seul, la vertu, d’agir en bande. »
« - Tu vois, Mécènou, c’est un peu comme coucher avec le premier venu et participer à une orgie, fit observer Cæcilia, dans un cas il s’agit d’un adultère, et dans l’autre, d’un hommage à Dionysos. »
« - Votre métaphore est parfaite, Madame, fit Démocrite avec agacement. C’est cela même : dans un cas, on dira que vous êtes un voleur, et dans l’autre que « les marchés ont toujours raison. » Mais j’ajouterais que spéculer de la sorte est très primitif. Ce procédé remonte sans doute à la plus haute antiquité et je n’aurais pas voulu m’y abaisser. En fait, je ne me suis pas directement enrichi en provoquant une inflation des prix de d’huile d’olive, mais grâce aux ‘‘crédite défôlt souaps’’. » (10)
« - Aux quoi ? », demanda Mécène.
« - Aux ‘‘crédite défôlt souaps’’. C’est de l’atlantidéen !, précisa Démocrite. Les ploutocrates sont en général très impressionnés par les mots atlantidéens. Les ‘‘crédite défôlt souaps’’ ne sont rien d’autre que des contrats d’assurance. Tu imagines bien, Mécène, que lorsque les citoyens d’Abdère apprirent que j’étais en possession de la totalité des stocks d’huile d’olive, ils s’inquiétèrent. L’amphore d’huile était alors à quinze sesterces et pouvait rapidement doubler ou tripler. Je les rassurais en leur promettant, s’ils souscrivaient auprès de moi un ‘‘crédite défôlt souaps’’, qu’ils n’auraient rien à craindre d’une éventuelle augmentation des prix. En effet, pour une prime mensuelle de dix sesterces, je m’engageais à les dédommager de tous les frais qui pourraient résulter d’une éventuelle augmentation des prix de l’huile d’olive. L’accord leur parut honnête et nombreux furent ceux qui y souscrirent. Mais bientôt, des producteurs d’olives et d’huile vinrent me voir, parce qu’ils craignaient que l’arrivée d’un navire chargé d’huile fasse baisser le prix de l’huile. Je leur fis donc souscrire des ‘‘crédite défôlt souaps’’ par lesquels je m’engageais à couvrir toutes les pertes qui résulteraient d’une éventuelle baisse des prix de l’huile d’olive. Il me suffisait de veiller à ce que le prix de l’huile ne monte ni ne baisse, pour percevoir tranquillement des primes. »
« - Et c’est en vendant ces contrats que vous vous êtes enrichis ? », demanda Mécène un peu circonspect.
« - Evidemment non ! », s’exclama Démocrite en éclatant de rire.
Je m’observais et je m’étonnais que les graines ne fassent aucun effet. J’étais déçu.
« - Vous me rassurez, car ce procédé me semble très dangereux », fit observer Mécène.
« - Dangereux !?!, s’exclama Démocrite en hurlant de rire. Pas si vous possédez des liquidités en quantité, ce que vous obtenez facilement si vous titrisez (11) vos ‘‘crédite défôlt souaps’’ ! »
« - Si vous... titri-quoi ? », interrogea Mécène.
« - Comment vous expliquer la chose ?, se demanda Démocrite. Bien des citoyens d’Abdère trouvèrent que j’avais découvert, en percevant ces primes mensuelles, un moyen bien confortable de m’enrichir. Je m’empressais pour faire taire les envieux de leur faire profiter de cette manne en leur vendant mes ‘‘crédite défôlt souaps’’ : j’empochais une belle somme dont ils se remboursaient en percevant les primes. En les vendant, je les avais « titrisé » - cette expression vient de « titrizaïchione », un mot atlantidéen qui fait une très forte impression sur les ploutocrates -, c’est-à-dire que j’avais transformé mes contrats d’assurance en une marchandise comme une autre. En fait, je ne revendait pas mes ‘‘crédite défôlt souaps’’ au détail, mais en package de plusieurs ‘‘crédite défôlt souaps’’, nommé ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’(12), un autre mot atlantidéen qui fait très forte impression sur les ploutocrates. »
« - Je n’imagine pas que l’on puisse durablement s’enrichir de la sorte ! », maugréa Mécène.
« - Mécènou,, interrompit Cæcilia, écoute donc attentivement Démocrite. Il veut te faire comprendre que la spéculation est une activité qui exige de se laisser guider par l’imagination : il faut toujours inventer de nouvelles formes de transactions, de nouveaux produits. C’est un peu comme le sexe, il faut toujours changer de positions et jouer d’effets de surprise. »
« - Je n’aurais pas trouvé meilleures métaphores, Madame », fit Démocrite en s’efforçant de dissimuler l’agacement que suscitait en lui la jeune femme.
« - Quel dommage que nous n’ayons plus de falerne, ajouta Cæcilia. Par cette chaleur, un bon vin de Campanie aurait été le bien venu. »
« - Mais on nous en a livré quinze amphores hier, lui fit observer Mécène. Veux-tu que j’appelle un esclave pour qu’il nous en serve ? »
« - Oh non, Mécènou !, répondit Cæcilia, faire appel à un esclave pour servir un falerne, c’est terriblement vulgaire. Non, toi, sert nous ! »
Mécène, sous le regard rempli de pitié de Démocrite, alla chercher une amphore, puis il servit à chacun – en m’oubliant au passage - un gobelet de vin.
« - Je ne comprend toujours pas comment vous vous êtes enrichis », reprit Mécène.
« - Avec les ventes à découvert », répondit Démocrite.
 « - Les ventes à découvert ? », répéta Mécène.
« - Exactement ! Les ventes à découvert, reprit Démocrite. Le prix de l’huile d’olive restait relativement stable, puisque je n’en vendais qu’à ceux qui en avaient réellement besoin, toujours au même prix de quinze sesterces l’amphore. Par contre, les prix des ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ étaient devenus très instables. Il suffisait qu’on annonce la possible venue d’un navire chargé d’huile d’olive et ceux qui détenaient des ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ composés de ‘‘crédite défôlt souaps’’ qui garantissaient contre la baisse des prix s’affolaient et cherchaient à les céder, même à bas prix. Et il suffisait que l’on annonce des intempéries qui pourraient détruire les prochaines récoltes pour qu’à leur tour les détenteurs des ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ garantissant principalement contre la hausse des prix paniquent et cherchent à s’en débarrasser. La vente à découvert permet de profiter de l’instabilité du marché. Vous proposez, contre une prime de dix sesterces, à une personne qui détient, par exemple, cent ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ qui garantissent contre la baisse des prix, de vous prêter ses titres pour quelques jours. Cette proposition sera jugée parfaitement honnête par le prêteur qui gagnera dix sesterces sans rien faire. Vous vous empressez alors de les vendre et vous en obtenez, par exemple, dix sesterces par titre vendu, soit mille sesterces. Ensuite, vous allez vous promener sur le forum et vous faites nonchalamment une remarque du genre : « la mer est splendide, d’un calme extraordinaire ! Je ne serais pas étonné que des marins en profitent pour prendre la mer et n’arrivent les calles chargées d’huile d’olive. » Aussitôt, des citoyens se mettent à craindre une baisse des prix de l’huile et s’empressent de revendre les ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ qui garantissent contre cette baisse, et, pour s’en débarrasser, acceptent une décote, de plusieurs sesterces. Ainsi vous rachèterez les ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ que vous aviez vendu la veille pour sept sesterces pièce, ce qui vous fait un bénéfice de trois sesterces par titre. Nous avons donc les mille de la vente, moins les sept cent du rachat, moins les dix de récompense pour le prêteur, ce qui vous fait un bénéfice de deux cent quatre vingt sesterces. »
J’avais profité de ce que nos hôtes s’étaient concentrés sur l’exposé du sage pour me saisir de l’amphore et y boire de grandes rasades de falerne.
« - Ceci ne tient pas la route !, s’exaspéra Mécène. Il y a quelque chose de tordu derrière tout ça ! »
« - Vous voulez sans doute parler des ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’(13)? », demanda Démocrite.
« - Je ne sais pas… », répondit Mécène.
« - Quelle chaleur !, s’exclama Cæcilia, ne vous inquiétez pas pour moi, je continue à vous écouter, je vais me tremper dans le natatio. »
Cæcilia se leva, passa derrière la haie des lauriers. Elle laissa tomber sa robe et, simplement vêtue d’un strophium (14), elle plongea dans le natatio.
« -  Vous avez raison, on en arrive aux ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’, reprit Démocrite. Comme chacun cherchait à se débarrasser des ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ qui causaient tant d’inquiétude, j’ai proposé aux commerçants d’Abdère de vendre des ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’. Tous m’approuvèrent. De ce jour, si vous alliez chez le boulanger et demandiez : « je voudrais un pain », le boulanger vous répondait : « Je ne fais plus de pain. Par contre je peux vous vendre un ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’ composée d’une miche de pain et d’un ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’. » C’était, pareil chez l’aubergiste qui ne servait plus que des ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’ composés d’une entrée, d’un plat, d’un dessert et d’un ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’, boisson comprise. Si vous aviez besoin de sandales, impossible d’en trouver, si bien que vous deviez nécessairement vous rabattre des ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’ composées d’une paire de sandales et d’une paire de ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’. Ainsi, grâce aux ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’ chacun tentait de refiler à ses voisins ses ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’. Mais, au bout d’un certain temps, des citoyens se demandèrent si les ‘‘ascète-baïcked sécuriti’’ étaient bien la solution à leur problème, et bientôt le commerce s’arrêta purement et simplement. Nul ne voulait plus rien acheter de crainte de se voir fourguer un ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’. Il en résultat une faillite générale. On craignit une famine. Les édiles de la cité convoquèrent la population. On proposa de lever un impôt spécial pour racheter tous les ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ en circulation. La révolte gronda aussitôt. On proposa de puiser dans les trésors du temple pour procéder à leur rachat. A la perspective de mécontenter les dieux, la révolte gronda de nouveau. C’est alors que j’offris, sous réserve de pouvoir liquider mes biens pour financer mon voyage sans perdre ma citoyenneté, de racheter tous les ‘‘collaterized dèbt obligaïchions’’ grâce à la fortune que j’avais amassé et que je n’avais pas songé à dépenser, étant déjà acquis aux préceptes de la sagesse. Mes compatriotes n’eurent pas d’autres choix que de m’accorder l’immunité que je désirais pour être sauvés de la ruine générale. »
Cæcilia, mouillée et enveloppée dans un drap de soie, fit observer : « Démocrite, votre jeune ami semble bien pâle ! » Et, en effet, ma tête et mon estomac s’étaient mis à tourner. « Il faudrait que ce garçon fasse une sieste, ajouta t-elle en me tendant la main pour m’aider à me relever. Je le ramène dans sa chambre. » Je la suivis.
« - Vous auriez peut-être pu trouver un autre procédé pour négocier votre départ, fit Mécène. Pourquoi avoir pris le risque de ruiner votre Cité ? »
Démocrite répondit à Mécène : « C’est aussi une expérience qui m’a aussi permis de vérifier l’un des axiomes de ma philosophie, à savoir que « Ce n’est pas la raison, mais l’infortune qui est l’institutrice des natures puériles » ; et cet autre principe : « le malheur assagit les insensés. » (15)
Dans la chambre, Cæcilia m’aida à m’allonger. Puis elle me demanda : « Quel sot es-tu pour suivre ce vieux fou ? »
« - Mais c’est un grand sage, qui mérite toute notre estime », répondis-je.
« - Cela me ferait mal d’estimer cet ennemi de la gente féminine !, me répondit-elle avec mépris. Démocrite, l’ennemi des femmes, le sage qui, dit-on, voit clair dans les femmes... qui, rapporte t-on, un jour « qu’Hippocrate était accompagné d’une jeune fille que Démocrite salua le premier jour d’un : « Bonjour, mademoiselle ! » et qui le lendemain la salua d’un : « Bonjour madame » ; parce que, de fait, la jeune fille avait perdu dans la nuit sa virginité. » Je me suis bien amusée à l’observer quand je maltraitais Mécène. Il a du me haïr, le sage qui clame qu’ « Être commandé par une femme serait la dernière offense pour un homme » et qui prescrit : « Que la femme ne s’exerce pas à discourir, car c’est là chose détestable » et qui, mieux dit encore, professe : « Parler peu est pour la femme une parure ; de plus, une parure discrète est chose honnête. » Il croit en outre que « La femme est bien plus que l’homme portée à la malice » (16), mais lui-même, n’est-il pas la fourberie incarnée ? Les procédés qu’il a avoué ne prouve t-il pas qu’il est la malice incarnée ? Et qu’est-ce donc que son rire qui frappe ceux qu’il nomme les « insensés » ? Et puis, n’a-t-il pas accepté de servir Sarkominus ? »
« - Pas du tout, ai-je répliqué. Il enquête sur les prémonitions ! Cette visite au Palais n’est qu’une opportunité pour approfondir sa recherche ! »
« - Et tu le crois ! », répliqua-t-elle pleine de pitié pour moi.
3. Où l’on apprend comment Guéantus fut chargé de mener un complot contre Datia, la servante de Messaline

Datia fait le serment devant le Mage Guéantus de défendre l'honneur de la magistrature, fresque, Pompéi
Sarkominus, après le départ de Messaline, voulu la tête de Datia. D’abord pour se venger de Messaline, qu’il ne pouvait atteindre mais qui avait fuie en oubliant sa servante derrière elle. Ensuite, pour se venger de Datia elle même qui, par rouerie, avait obtenue ses faveurs en promettant d’organiser sa réconciliation avec Messaline. Il s’était, a de nombreuses reprises, affiché en sa compagnie. Sans doute, y avait-il trouvé son intérêt, ne serais-ce que politique, car mettant en avant la qualité de métèque de Datia, il laissait entendre « qu’au fond » il n’avait aucune haine contre les étrangers, ce qui lui permettait d’insinuer le doute chez tous ceux qui dénonçaient les mesures draconiennes qui frappaient les métèques. Mais, constatant, avec quel doigté elle l’avait roulé, il se sentait offensé de s’être laissé diriger par une femme et, pire, de s’être laissé abuser par la malice de cette ambitieuse, rompue à l’art de survivre en milieu hostile. Il dissimulait sa rancœur en continuant à lui sourire aimablement, mais il ne pouvait plus regarder son joli minois sans l’imaginer séparé du reste de son corps.
Le mage Guéantus fut désigné maître d’œuvre du complot destiné à la perdre. Il accepta par haine des métèques. Cette haine n’était de celle que l’on rencontre chez les hommes du peuple, qui accusent les métèques de leur voler leur pain. Certes, il lui arrivait de se lâcher et de maugréer que les citoyens du pays de Droite  « ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale » ou que « l'accroissement du nombre de métèques et un certain nombre de comportements posent problème. » (17) Mais sa haine était surtout « savante » et devait tout à un raisonnement logique qui l’avait conduit à déduire que le métèque était la cause première du désordre de l’univers.
Le mage Guéantus avait longuement étudié les « astres errants », à savoir Mercure, Vénus, Mars et Jupiter, astres qui ne possèdent pas de mouvement circulaire parfait au cours de leur rotation autour de la terre. Astrologue, il admettait que le ciel reflétait la terre tout autant que la terre reflétait le ciel, et il en avait conclu que Mercure, Vénus, Mars et Jupiter étaient des « métèques célestes » qui reflétaient l’errance des métèques à travers les nations. Suivant son raisonnement, si chaque nation prenait soin d’expulser ses métèques, les quatre « métèques célestes » seraient contraints, pour refléter fidèlement le nouvel ordre terrestre, de s’aligner correctement sur leur cercle orbital et de tourner rond autour de la Terre. La révolution sociale et cosmique auquel il aspirait devait apporter des avantages considérables à l’humanité. D’abord, l’univers serait beaucoup plus harmonieux. Et cette harmonie lui épargnerait les calculs horripilants et fastidieux des épicycles (18) ptoléméens qui permettaient de prédire les mouvements étranges des quatre astres errants.
4. Où l’on apprend comment Guéantus régénéra l’art théâtral pour mener à bien son complot
Le plan de Guéantus était fort simple et devait se dérouler en trois temps. La première phase consistait à raviver la haine du peuple contre les métèques. La seconde phase consistait à exiger de Datia qu’elle prenne publiquement la défense de métèques peu défendables. La troisième phase consistait à déchaîner la haine de peuple contre Datia, qui la décapiterait. Si l’on faisait abstraction des quatre astres métèques, tous les calculs astrologiques démontraient qu’un tel plan ne pouvait pas échouer.
Pour exacerber la haine du peuple contre les métèques, Guéantus savait qu’il ne pouvait compter sur Elkabbachus et Appatus, histrions de talents, sans doute, trop attaché à un style « noble » et ampoulé peut propice au déchaînement des passions haineuses. Aussi, fouilla-t-il les théâtres de l’arrière pays en quête de perles rares. Il rencontra deux histrions animé de l’ambition de rénover l’art dramatique, notamment en dépouillant la scènes de ses vieilleries pompeuses et en s’attachant à des textes modernes, écrits dans la langue de tous les jours. De ces réflexions sur la régénération de l’art théâtral naquît la compagnie théâtrale la plus créative de l’ère sarkominienne : la compagnie « Valus et Zemmourus ». Le mage Guéantus, nouveau protecteur des arts, finança les deux artistes, qui firent une tournée à guichet fermé à travers tous le pays de Droite.
Valus incarnait un personnage de tavernier et Zemmourus un pilier de barre. Je ne présenterais que la première scène de leur spectacle :
Zemmourus entrait dans la taverne « Chez Carlus Hebdus » et, aussitôt, Valus posait sur le comptoir, à l’intention de l’habitué, un verre et une petite amphore de vin.
 
Valus : « Alors, Zemmourus, tu reviens du forum ? Y a-t-il des nouvelles du Palais ? »
 Zemmourus : « Il se dit qu’Amaria vitupère contre les sénateurs. Elle a dit de la haine des sénateurs envers les métèques est « dégueulasse » (19).
Valus : « Je sens que t’as envie de te lâcher, Zemmourus ! Tu le sais : « Pas de censure, pas d’autocensure chez Carlus Hebdus » ! Allez, mets-la moi là à poil cette Amaria ! Te gène pas, vu que les culs de mauresque, ça attire la clientèle des gros beaufs ! »
(rires)
Zemmourus : « Pourquoi dirais-je du mal cette noble femme ? Elle a entièrement raison ! Cet acharnement répétitif des sénateurs contre les métèques est tout simplement dégueulasse ! »
Valus : « Tu t’es convertit à la bien pensance, Zemmourus ? Tu sais comment ça commence : on nous interdit de rire des métèques, et ensuite on nous interdira d’aller enculer tranquillement les sacristains ! »
(rires)
Zemmourus : « Cela n’a rien à voir ! Amaria a souligné quelque chose de fondamental ! Je ne crois pas trahir sa pensée en affirmant que le travail, aussi répétitif que laborieux, de nos sénateurs mérite d’être qualifié de « dégueulasse » tant il semble un « travail de maure » ! La vérité, c’est que nos sénateurs, semblables aux l’hommes d’Africæ, ne sont pas assez entrés dans l’histoire. Nos sénateurs ne connaissent que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes discriminants, des mêmes paroles stigmatisantes, et des mêmes lois d’exception visant les métèques. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la chasse aux métèques commande tout, le sénateur reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais le sénateur ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition de la chasse aux métèques pour s’inventer un destin. (20) »
Valus : « T’as raison, les mesures anti-métèques, c’est comme les coups de bite, ça va un temps. Il faut varier ! On a quand même besoin d’une petite pipe de temps en temps, comme dirait mon beauf !
(rires)
Zemmourus : « Seule Amaria a osé dénoncer le travail de maure de nos sénateurs ! Je commence même à me demander à quoi ils servent ! Pourquoi ne prennent-ils pas de mesures contre la jeunesse qui ne respecte plus les lois ? Pourquoi la vue de la grande masse des indigents, n’inspire t-elle pas chez eux la volonté de rétablir le travail forcé ? Pourquoi l’indécence avec laquelle les femmes ruinent l’autorité des pères n’éveille t-elle pas, chez nos sénateurs, la volonté de leur rappeler leur place, à savoir de servir au triclinium ? »
Valus : « Servir au triclinium, seulement ? Bien des beaufs diraient que tu as des vues un peu étriquées. Y’a pas que le triclinium ! Tu peux aussi les faire passer sous le comptoir et... hop ! Pompez, mes jolies ! »
(rires)
Zemmourus : « Je n’apprécie pas ton humour ! Pour ma part, je trinque en l’honneur d’Amaria ! »
Valus : « Rigole Zemmourus ! D’abord, ce n’est pas mon humour, c’est l’humour des beaufs ! Tu le sais bien, « je suis pour que les lettrés reviennent sur le devant de la scène, c’est mon combat. » Tu sais bien que ce que je dis, c’est pour obliger les cons à réfléchir ! D’ailleurs, je te rejoins ! Moi aussi je « trique » pour Amaria ! Elle est vraiment beauf cette vanne ! Trop nulle ! Mais je ne peux pas m’empêcher de la faire ! Ah ! Vraiment,  ils sont trop cons ces prolos de beaufs, ces « ploucs humains obtus, rendus courageux par la vinasse ou la bière locale qui leur gargouille dans le bide » (21). Tiens, je te ressers un verre, c’est la tournée du patron ? Mais au fond t’as raison : si nos sénateurs se remuaient les méninges comme ils se font ramoner l’anus par Sarkominus, on n’en serait pas là ! »
(rires)
Zemmourus : « Mais le problème, c’est qu’aujourd’hui, on ne peut plus rien dire ! A cause du de toute cette censure, on devient inhibés ! C’est cette censure qui rend les gens malade ! »
(applaudissements)
Valus : « T’as raison, la liberté d’expression n’est pas négociable ! Mais parfois, on se demande à quoi bon parler ? C’est très désespérant. Par exemple, quand je dis aux prolos que « s’ils n’aimaient pas se faire niquer, ils ne seraient peut-être pas si pauvres », tu crois que ça les fait cogiter ? Nada ! Ils restent toujours aussi cons et répandent leur connerie. « Hélas, ce ne sont pas les fines analyses des lettrés qui font l’opinion » (22) ! Et puis, attention, la liberté d’expression c’est bien, mais ça permet aussi aux envieux de répandre leur venin. Voit ce Robertus qui accable les ploutocrates de Clirstrymia ! Ce type c’est « au mieux une feignasse qui table sur son style pour convaincre, au pire un pervers mythomane. » (23) Voit ce Sinéus qui a osé vitupérer sur le fils de notre grand César ! Voit ce Guillonus et ce Portus qui, en m’attaquant, insultent tous les lettrés. (24) »
Zemmourus : « En tout cas, si nos sénateurs se décoinçaient un peu, ils se rendraient compte que la jeunesse qui défie les lois, c’est la jeunesse métèque. Et la masse des paresseux et des assistés, c’est les vieux métèques. Lutter contre les métèques ou lutter contre les jeunes et les assistés, c’est tout un ! Mais ça, on n’a pas le droit de le dire ! On en est arrivé au point où l’on doit feindre l’étonnement si la Milice s’acharne sur les métèques et qu’elle les contrôle tous le temps. Tout le monde sait pourtant que la plupart des trafiquants sont ou des négriti ou des maures - c'est comme ça, c'est un fait ! (25), mais, ça, on n’a même pas le droit de le dire. Bref, en étant un peu plus créatif, nos sénateurs pourraient faire le même travail, mais différemment. Mais il faudrait pour ça qu’ils arrêtent de s’autocensurer. »
(applaudissement)
5. Où l’on apprend comment les outrances prévisibles de Datia devaient inévitablement se retourner contre elle-même
La deuxième partie du plan de Guéantus était particulièrement ingénieuse. Il alla trouver Datia pour l’assurer que la haine de Sarkominus envers les métèques était feinte – n’était-il pas lui-même métèque par son père ? - et que ces discours n’étaient destinés qu’à circonvenir les bandes criminelles de Lepenus. Il l’assura aussi de l’affection dans laquelle Sarkominus la tenait. Datia, qui avait gravit tous les échelons, des plus bas jusqu’aux plus haut de la société, n’eut aucun mal à admettre que la malice et le double langage était le fond de la politique.
Guéantus prit ensuite une mine grave : « Datia, j’ai une haute mission à vous confier. La haine des métèques a conduits à des excès regrettables. Récemment des juges ont tranchés une affaire qui concernait une question métèques, et des malveillants entendent se servir de leur jugement pour mettre en cause l’honneur de ces magistrats. Nous avons besoin de vous Datia ! Prenez leur défense ! L’honneur de la magistrature est entre vos mains. » Et il lui confia un dossier qui relatait une affaire, qui allait bientôt faire scandale (26).  
Un homme, convertit au culte de Mylitta, avait épousé une assyrienne. Lors de la nuit de noce, l’homme découvrit avec horreur que son épouse était encore vierge. L’assyrienne avoua en pleurant que son hymen était intact et admit son impiété. En effet, selon les rites assyriens, comme la rapporté Hérodote, les fiancées doivent se rendre au temple de Mylitta. « Quand une femme a pris place en ce lieu, elle ne peut retourner chez elle que quelque étranger ne lui ait jeté de l'argent sur les genoux, et n'ait eu commerce avec elle hors du lieu sacré. Il faut que l'étranger, en lui jetant de l'argent, lui dise : J'invoque la déesse Mylitta. Enfin, quand elle s'est acquittée de ce qu'elle devait à la déesse, en s'abandonnant à un étranger, elle retourne chez elle. Après cela, il n'est pas possible de la séduire. » (27)
L’époux, ébranlé par la révélation de son épouse, refusa de la toucher et il la raccompagna directement chez ses parents, qui hurlèrent de détresse en apprenant la virginité de leur fille. L’affaire ne s’était pas si mal passée, car on connaît des parents qui, de honte, ont massacré leur fille pour moins que ça. Cela s’est vu en Assyrie, mais aussi en Cyrénaïque où des parents n’ont pu supporter la honte de ne trouver aucun amant dans le lit de leur fille. En effet, « suivant une coutume solennelle, nous dit Pomponius Mela, leurs femmes s’abandonnent la première nuit de leurs noces à tous ceux qui leur apportent des présents, et plus le nombre en est grand, plus elles sont fières ; du reste, une fois quittes envers l’usage, elles sont d’une rare chasteté. » (28) En Arménie, deux familles se décimèrent après qu’un prêtre d’Anaïtis, après qu’eut été prononcé la formule « si l'un d'entre vous connaît une raison valable qui s'oppose à leur union légitime, qu'il parle maintenant, ou qu'il se taise à jamais » ait révélé que, contrairement à ses dire, la jeune fille ne s’était jamais prostituée au temple. Dans cette contrée « il est d'usage que les personnages les plus illustres consacrent à la déesse leurs filles encore vierges, ce qui n'empêche pas que celles-ci, après s'être longtemps prostituées dans les temples d'Anaïtis, ne trouvent aisément à se marier, aucun homme n'éprouvant pour ce motif la moindre répugnance à les prendre pour femmes. » (29)
Le jeune homme traduisit son épouse devant les tribunaux, pour obtenir l’annulation de ce mariage souillé pour ce recel de virginité qui, en droit, appartenait à la déesse. La jeune femme avoua devant ses juges qu’elle savait son futur époux particulièrement attaché au respect des rites et qu’elle lui avait délibérément mentis. Puisque les deux conjoints était d’accord pour dissoudre leur union, les juges annulèrent purement et simplement le mariage.
Cette affaire connu un retentissement à travers tout le pays.
Tandis que sur le forum des agitateurs incitaient le peuple à s’armer pour lyncher les juges, dans leur nouveau spectacle, Valus et Zemmourus, donnait une bonne part à cette anecdote.
Zemmourus : « Tu vu ça ! Les métèques veulent nous imposer l’idée que la virginité serait si précieuse, qu’il faudrait que nos filles offrent leur hymen aux divinités ! Là, y’a plus de limites ! Et puis, les dieux qu’est-ce qu’ils y connaissent, rayon défloraison ? »
(rumeurs sourdes)
Valus : « J’imagine ce que vont dire les beaufs : ils commencent par nous retirer le pain de la bouche, et ensuite ils nous interdisent de déflorer les gamines ! Bien de beaufs l’affirmeraient : déflorer une gamine dans l’art, c’est délicat, et ça devrait même être réservé aux hommes d’expériences. »
(applaudissements)
Guéantus, avec un ton approprié, supplia Datia de se rendre au Sénat pour y répondre aux questions des sénateurs. Datia, suivant sa ligne de conduite habituelle, jugea que la meilleure défense serait l’attaque. Et Guéantus avait vu par les astres que son agressivité se retournerait contre elle et pronostiquait que les sénateurs plébéiens outragés soulèveraient bientôt la foule contre l’impudente.
Le sénateur Héraultus l’interrogea : « Madame, un jugement suscite notre étonnement et notre inquiétude. Nous pouvons comprendre qu’un interdit ancestral relatif au sang, conduisent des peuples à tenir la défloraison et le saignement qui en découle pour une chose sacrée, mais ce n’est pas dans nos lois... »
Datia l’interrompit : « Ah ! Sénateur plébéien ! Vous avouez votre vraie nature ! Le sang versé serait sans valeur ? Il ne serait pas dans vos lois, dites-vous, de renoncer à verser le sang ! J’en appelle au peuple, pour qu’il sache que vous n’auriez aucun scrupule à verser le sang des femmes, des enfants, des vieillards, des nourrissons ! »
Héraultus, sans se laisser troubler, poursuivit son discours : « Même si un homme se dit « homme pieu » au point de ne pouvoir épouser une femme qui n’aurait pas respectée des rituels, et même si cette épouse se dit femme... »
Datia l’interrompit : « Ah ! Parce qu’elle est l’épouse, c’est elle qui se diffame ! Elle est bien bonne celle là ! La parole des femmes ne vaudrait rien, alors ? Pire quand une femme oserait prendre la parole, il faudrait que cette parole se retourne contre elle ! Vu le mépris dans lequel vous tenez la moitié du genre humain, je gage que si j’étais violée par dix hommes et que je dénonçais le fait, vous ordonneriez aux dix hommes, pour que je ne les diffame plus, de me faire subir les derniers outrages ! »
Héraultus, sans se laisser troubler, reprit son discours : « même si cette épouse se dit femme consentante à renoncer à son union, ces rituels ne doivent point faire lois aux yeux de nos juges. Sans doute, y a-t-il dans les premiers instants charnels qui unissent un homme et une femme, qui ne se connaissent qu’à peine, une forme d’anxiété, ce qui peut rendre souhaitable l’accomplissement de quelques rituels apaisant... »
Datia l’interrompit : « Vous en venez au fait ! Les femmes n’accompliraient des rituels que pour calmer leur anxiété maladive et non par sincère conviction religieuse ! Je vous vois venir : les femmes sont sans conviction, malicieuse, sans foi, ni loi ! Mais non ! Les femmes se rendent dans les temples, animées d’un amour sincère pour les divinités ! Par des détours, n’est-ce pas cette jeune fille qui ne se serait pas conformée aux rituels que vous voulez attaquer ? »
Héraultus, sans se laisser troubler, reprit son discours : « Cette anxiété qui se mêle au premier instants d’intimité avec l’autre encore inconnu, rend d’autant plus nécessaire que les époux sentent leur union protégée par des lois solides et que celle-ci ne puissent être rompue à la légère... »
Datia l’interrompit : « Je l’attendais celle là : les femmes sont rompues à la légèreté !... Les femmes se seraient juste « strass et paillettes » ! De qui se moque t-on ? Elles n’auraient donc aucun engagement sincère ! N’avez-vous point honte ?  »
Datia reçu alors une tablette où se trouvait un message de Guéantus.  Elle lu silencieusement : « Au nom de Sarkominus, quittez le Sénat sur le champs ! Vous le déshonorez, car il est trop visible que vous êtes la plus rouée des femmes, la pire des arrivistes, et que vous n’avez aucune conviction sincère, que tous ce que vous dite n’est pas assumé. »
La colère envahie Datia au point de la faire s’écrier : « Pas assumé ! Moi ! Je n’ai pas de convictions sincères ! Mais personne n’a plus eu des convictions plus sincères que moi ! » Et pour le prouver, dans son emportement, elle n’hésita pas à joindre le geste à la parole, en se rendant directement au temple de Mylitta afin de s’y faire engrosser par le premier venu.
6. Comment échoua le complot contre Datia
Guéantus n’avait plus qu’à patienter pour voir le piège se refermer sur la Datia. Selon ses calculs, Héraultus devait bientôt s’adresser à la foule rassemblée sur le forum et dénoncer l’outrance de Datia et réclamer vengeance. Mais, contre toute attente, Héraultus quitta le Sénat précipitamment sans passer par le forum. Après enquête, on apprit que le sénateur Hollandus venait de démissionner de son poste de chef du parti plébéien et qu’automatiquement les différentes légions plébéiennes, les unes fidèles à Royalia, les autres à Aubria ou à Delanoïus se menaçaient mutuellement d’attaques foudroyantes et de représailles sans merci si le candidat de leur choix n’était investit au poste de chef du parti plébéien. Héraultus qui avait une réputation de conciliateur quitta rapidement Lutèce pour rencontrer chacun des protagonistes et trouver quelques moyens de les concilier. Guéantus reconnu dans ce contretemps l’œuvre de Mars, le dieu semeur de guerre et de discorde.  
Mais Guéantus n’était pas homme à se laisser impressionner par un astre métèque. Il dépêcha sur le forum des agents provocateurs chargé d’exciter la foule contre Datia. Les agents revinrent bredouille. Le peuple rassemblé sur le forum ne s’intéressait plus à cette histoire de virginité. Il ne se passionnait plus que pour un billet que l’on avait entraperçu entre les mains de Sarkominus à la sortie d’une réunion du Grand Conseil. D’après les informateurs les mieux informés on pouvait y lire : « J’ai l’impression de ne pas t’avoir vu depuis une éternité et tu me manques. Jeudi on part faire notre virée de piraterie à l’occasion de mon [illisible]. Mais j’aimerais bien réussir à te voir la semaine ou le week-end suivant pour que nous parlions de ton génial projet d’Union de la Mare Nostrum. Millions de besitos. » (30) Le peuple n’avait plus qu’un seul objet en tête : découvrir la personne élue du cœur de Sarkominus qui avait put écrire cette missive. Et aux spéculations, succédèrent des paris. Guéantus reconnu dans ce contretemps l’œuvre de Mercure, le dieu porteur de message.
Mais Guéantus n’était pas homme à se laissé impressionné par un astre métèque. Il obtint un détachement de la garde impériale, qui s’habilla en tenue de plébéiens, et qui reçu l’ordre de marcher sur le temple de Mylitta et d’en ramener la tête de Datia. La milice, jugeait-il, c’était l’administration et la discipline, et par conséquent l’opération ne pouvait pas échouer. Toutefois, le centurion revint quelques heures plus tard portant sous son bras un volumineux dossier. Informé que la déesse Mylitta avait offert à Datia le bonheur de concevoir un enfant, le centurion avait préféré suspendre l’action, dans l’attente d’ordres plus précis, ceux qu’il avait reçu ne spécifiant rien concernant à l’enfant à naître. Outre le rapport détaillé de l’action, le dossier comprenait une analyse des coûts (location des costumes de plébéiens, avoine des chevaux ayant assuré le transport de la compagnie, heures supplémentaires) et une analyse du service juridique du Palais sur la jurisprudence en matière de massacre d’enfant à naître. De précieuses heures furent perdue et Guéantus reconnu dans ce contretemps l’œuvre de Vénus, déesse de la fécondité.  
Mais Guéantus n’était pas homme à se laisser impressionner par un astre métèque. Aussi donna t-il l’ordre formel au centurion d’exécuter ses ordres sans considération pour l’enfant à naître. Le centurion revint plusieurs heures plus tard avec un dossier plus volumineux encore. Il avait trouvé une foule immense rassemblée devant le temple de Mylitta. Cette foule était principalement constituée de personnes déçue par une révélation faites par Balkania, l’épouse de Balkanus. Elle s’était rendue au forum pour se dénoncer comme auteur de la lettre que l’on avait vue en possession de Sarkominus. Elle affirma que la lettre était en fait adressée à Messaline. Elle précisa que le mot illisible était le mot « anniversaire » et elle assura que, depuis son plus jeune âge, elle commettait des actes de piraterie à chacun de ses anniversaires. Elle confessa aussi une faute d’orthographe, puisqu’elle avait écrit « J’ai l’impression de ne pas t’avoir vu depuis une éternité » en oubliant un « e » à vu, ce qui avait pu laissé croire que cette lettre s’adressait à un homme. De manière beaucoup moins convaincante, elle affirma que Messaline serait bientôt de retour.
Les parieurs qui avaient émis des centaines d’hypothèses sur l’identité de l’auteur de la missive en furent pour leur frais, aussi quand ils apprirent que Datia avait été engrossée par le premier venu, ils affluèrent vers le temple de Mylitta. Car, il ne faut pas être naïf, si un premier venu peut être un vrai premier venu, on sait bien que les dieux adoptent l’apparence des premiers venus pour s’accoupler avec des mortelles. Les spéculations reprirent de bon train. Jupiter avait une côte de 2 contre 1, vu ses antécédents d’unions avec les mortelles Sémélé, Io, Antiope, Léda, Alcmène, Danaé, Europe et bien d’autres...
Quand les miliciens déguisés en plébéiens haranguèrent la foule pour l’inciter à décapiter Datia, les parieurs, qui voulaient voir l’enfant pour départager les gains, rugirent et massacrèrent sur place le malheureux détachement de fonctionnaires. Guéantus reconnu dans ce contretemps l’œuvre Jupiter, vieil obsédé sexuel, prêt à tout pour qu’on lui prête une nouvelle conquête.
Guantus ne voyant plus d’issue se lança sur la terrasse du Palais et après avoir cherché, en vain, dans la nuit noire, Mercure, Vénus, Mars et Jupiter, il hurla en dressant le poing : « C’est ça, cachez-vous astres métèques ! Mais vous ne perdez rien pour attendre ! »
Notes
(1) Apt
(2) L’atrium est la pièce principale de forme carrée, entourée de portiques, couverte d'un toit possédant une ouverture en son centre pour laisser pénétrer la lumière et l'eau de pluie, recueillie dans un bassin alimentant une citerne. Le cartibulum est une table rectangulaire où l’hôte donne à voir ce qu’il a de précieux. Le lararium est un autel que les romains réservent au culte des Lares, divinités ancestrales et protectrices. Le péristyle est une sorte de jardin intérieur, entouré sur tous les côtés d'une colonnade, avec une fontaine et un bassin en son centre ; les appartements habités par la famille sont distribués sur les côtés du péristyle. Le triclinium est une salle à manger, ici, de plein air. Elle comporte des lits de banquet, autour desquels une table est agencée afin d'y présenter des plats. La bienséance voulait que les jeunes gens qui prenaient part au repas soient assis au pied des lits. Le natatio est un bassin et, parfois, une véritable piscine. Le nymphée est une fontaine richement décorée, représentant une grotte, dédié aux nymphes, et servant de lieu de réunion ou de repos. Triton, une divinité marine mineure dans la mythologie grecque, fils de Poséidon et d'Amphitrite. Les Néréides sont des nymphes marines, filles de Nérée et de Doris.
(3) Cité par Athénée de Naucratis, Livre XII des Deipnosophistes, Du luxe, 79
(4) Sénèque, Questions naturelles, Livre IV, XIII
(5) Pline, Histoire Naturelle, XXII, XLIX ; l’histoire du silphium montre que les problèmes de biodiversité ne date pas d’aujourd’hui ! Pline note : « De notre temps on n'a pu en découvrir qu'un seul pied, qui a été envoyé à l'empereur Néron », Histoire naturelle, XIX, XV. Le silphium était au centre de l'activité commerciale de la cyrénaïque et l'image de cette plante figurait sur la plupart des pièces de monnaie de cette région. Les Romains considéraient qu'il valait son poids en argent. La graine du silphium ressemblait au symbole traditionnel du cœur. La partie précieuse du silphium était sa résine, appelée laser, laserpicium ou lasarpicium. Ayant effets œstrogéniques, les graines étaient été utilisées comme « pilule du lendemain ».
(6) Galien, dans De alimentarum facultatibus, évoque le fait que « Certains mangent les graines [de cannabis] frites avec des sucreries. J’appelle sucrerie les nourriture servies au dessert pour inciter a boire. Les graines apportent une sensation de chaleur et si consommées en grandes quantités, affectent la tête en lui envoyant des vapeurs chaudes et toxiques. »
(7) Le lever des Pléiades, correspond au 19 mai, date du début de l'été pour les Grecs et du début des moissons.   
(8) Démocrite, fragment XVII, Pline, Histoire Naturelle. XVII, 273
(9) Aristote, POLITIQUE, L. I, IV, § 7-8
(10) Les Credit default swaps (CDS) sont des contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs. L'acheteur de protection verse une prime au vendeur de protection qui promet de compenser les pertes en cas d'événement de crédit précisé dans le contrat. C'est donc, sur le plan des flux financiers, comme un contrat d'assurance.
(11) La titrisation est une technique financière qui transforme des actifs illiquides (difficile à vendre) en titres liquides (facile à vendre).
(12) Un CDO (pour collateralized debt obligation, en français : « obligation adossée à des actifs ») est un portefeuille d'actifs.
(13) Un asset-backed security (ABS), ou « valeur mobilière adossée à des actifs » en français, est une valeur mobilière basée sur un portefeuille d'actifs titrisés.
(14) Le bikini romain
(15) Démocrite, fragments B LXXVI, B LIV
(16) Démocrite, Fragment AI, Diogène Laërce, Vie, IX, 41 ; Fragment, B CXI, Strobée, Florilège, IV, XXIII, 39 ;  Fragment B CX, Strobée, Florilège, XXXIV, 58 ; Fragment B CCLXXIV, Strobée, Florilège, XXIII, 38 ; Fragment B CCLXXIII, Strobée, Florilège, XXII, 199
(17) Claude Guéant sur Europe 1, le jeudi 17 mars 2011 ; le 4 avril lors d’un déplacement à Nantes.
(18) Selon le géocentrisme, notamment de Ptolémée, les « planètes » (y compris le soleil) tourne autour de la Terre. Cette hypothèse fausse conduit à « constater » que les planètes ne décrivent pas de cercle « parfait » autour de la Terre, et que leur distance vis-à-vis de la Terre semblent varier.  L’épicycle va permettre de rendre compte des observations malgré les hypothèses fausses de départ. Les planètes (à l’exception du Soleil), c’est-à-dire les quatre « astres errants » observables, se déplaceraient à l’intérieur d’un cercle nommé épicycle, dont le centre se déplace sur un autre cercle qui tourne lui autour de la Terre. Ce mouvement circulaire à l’intérieur d’un cercle permet alors de décrire un mouvement « en lacet » des « astres errants » Voir animation sur le site de l'Université du Mans
(19) Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la politique de la ville, le 9 octobre 2007, sur France Inter a déclaré à propos d'un amendement visant à obliger les candidats à l'immigration à se soumettre à des test ADN pour vérifier les liens de filiations : « L'ADN je ne suis pas d'accord parce que je pense qu'on touche à quelque chose qui n'est pas bon pour notre pays. Je le dis aussi en tant que fille d'immigrés : y en a marre qu'on instrumentalise à chaque fois l'immigration, pour des raisons très précises. Je trouve ça dégueulasse! ».
(20) Nicolas Sarkozy, discours prononcé à Dakar le 26 juillet 2007
(21) Interview à L’Œil électrique n° 9 ; Edito de Val Charlie Hebdo, 14 juin 2000
(22) Editos de Val Charlie Hebdo, 23 janvier 2001 ; Charlie Hebdo, 24 octobre 2001
(23) Edito de Val Charlie Hebdo du 10 avril 2002. Val renouvellera un édito fielleux contre Denis Robert le 25 juin 2008. En février 2011, après 10 ans d'harcèlement judiciaire de Clearstream, orchestré par Me Richard Malka, qui est à la fois l’avocat de Clearstream et celui de Charlie Hebdo, Denis Robert obtient justice devant la cour de cassation : « La Cour de cassation a souligné l’intérêt général du sujet traité et le sérieux de son enquête, et condamné Clearstream à lui verser 9000 euros : l’affaire reviendra devant la Cour d’Appel de Lyon pour un ultime procès lors duquel Denis Robert pourra demander des dommages et intérêts ainsi que des publications dans différents journaux. »
(24) En juillet 2008, le dessinateur Siné avait été licencié après sa chronique sur Jean Sarkozy, jugée « antisémite » par Philippe Val, alors directeur de Charlie Hebdo. Siné avait écrit : "Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le parquet (encore lui ! ) a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !" Le Tribunal de Grande Instance de Paris le 30 novembre 2010 jugera qu'« il ne peut être prétendu que les termes de la chronique de Siné sont antisémites… ni que celui-ci a commis une faute en les écrivant » et la société éditrice de Charlie Hebdo à verser 40 000 euros de dommages et intérêts. En juin 2010, Philippe Val devenu directeur de France Inter renverra les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte, ce que Val justifiera en affirmant que "cela fait un an qu'on dit qu'il y a des limites à ne pas dépasser, celles de la loi. L'injure et la diffamation sont sanctionnées. La non reconduction de leurs contrats n'est pas politique, mais fondée sur leur comportement." En janvier 2011, Le groupe Radio France a été condamné vendredi par le conseil des prud'hommes de Paris pour le licenciement de l'humoriste Stéphane Guillon "sans causes réelles ni sérieuses" et "a fait droit de l'intégralité des demandes de Stéphane Guillon en lui accordant 212.000 euros de dommages et intérêts".
(25) Éric Zemmour déclare à propos des contrôles « au faciès », lors de l'émission "Salut les Terriens", diffusée le 06 mars 2010 sur Canal + : "Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait". En février 2011, poursuivis en justice, il ne sera pas condamné pour cette petite phrase car "malgré le caractère abrupt et sans nuance du propos, qui a pu choquer de nombreuses personnes", le passage sur les trafiquants "n'est pas diffamatoire", car, affirme le tribunal, Eric Zemmour "n'affirme ni ne sous-entend l'existence d'un lien de causalité avéré ou possible entre l'origine ou la couleur de peau et une surreprésentativité prétendue parmi les trafiquants". Il sera en revanche condamné pour incitation à la discrimination pour avoir dit que les employeurs "ont le droit" de refuser des Arabes ou des Noirs (1.000 euros d'amende avec sursis, 10.000 euros de dommages et intérêts et faire état de ses condamnations dans un organe de presse).
(26) Le 1er avril 2008, le tribunal de grande instance de Lille a annulé un mariage pour « erreur sur les qualités essentielles du conjoint » en vertu de l'article 180 alinéa 2 du Code civil. Selon le tribunal, la femme qui n’était pas vierge alors qu'elle savait que cette condition avait un caractère déterminant dans la motivation et le consentement de l'homme qu'elle épousait, apparaît comme un motif suffisant pour annuler le mariage. Le 29 mai 2008, l'affaire est reprise par le quotidien généraliste national Libération, dans un article intitulé « L’épouse a menti sur sa virginité, le mariage est annulé ». La classe politique condamne presque unanimement la décision du tribunal. Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, rappelant que la sexualité touche à la vie privée et aux choix personnels ne constitue pas une qualité « substantielle » qui renvoie toujours à une situation de droit (le fait d’avoir été divorcé, le fait d’être sous curatelle, le fait d’avoir menti sur sa nationalité...). Il s'inquiète des conséquences engendrées par cette jurisprudence : « Demain il va y avoir une multiplication des nullités du mariage et on pourra avoir des jeunes filles qui pourraient subir des opérations chirurgicales pour se refaire l'hymen. » La garde des sceaux, Rachida Dati, a cependant défendu la décision du tribunal estimant que l'annulation de ce mariage était « aussi un moyen de protéger  cette jeune fille » Le mardi 3 juin 2008 à l’Assemblée nationale, R. Dati s’efforce de manière outrancière de retourner l’accusation contre les socialistes : « Dans cette affaire, Mesdames et messieurs les membres du groupe socialiste, je n’ai pas entendu un mot de votre groupe pour la jeune fille qui attendait cette décision de justice... Mais qui sinon vous, membres du groupe socialiste, a appliqué la politique « des grands frères », abandonnant ainsi d’innombrables jeunes filles entre leur mains ? C’est à l’échec de votre politique d’intégration que nous devons maintenant faire face ! Ces jeunes filles ne vous demandaient rien. »
(27) Hérodote, Histoire, Livre I, Clio, CXCIX.
(28) Pomponius Mela, Description de la Terre, livre I, VIII. Cyrénaïque
(29) Strabon, Géographie, XI, 14 - L'Arménie
(30) Sur le registre « pipole » - une des caractéristique du sarkozisme -, le magazine Choc fait savoir qu’il renonce à publier un article et une photo de Sarkozy, prise par l'AFP, sortant du conseil des ministres du 12 septembre 2007 avec une lettre manuscrite sous le bras sur laquelle on pouvait lire aisément : "J’ai l’impression de ne pas t’avoir vu depuis une éternité et tu me manques. Jeudi on part faire notre virée à Essaouira pour mon [illisible]. Mais j’aimerais bien réussir à te voir la semaine ou le week-end suivant. Millions de Besitos." L’info sur un nouvel amour de Sarkozy fait alors le buzz, pour se clore sur une intervention d’Isabelle Balkany qui prétendra avoir adressé cette lettre à Cécilia Sarkozy.

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