Demodocos
acteur conteur
Abonné·e de Mediapart

12 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 oct. 2010

Le mot sang vole

Demodocos
acteur conteur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© LEXPRESS.fr
© LEXPRESS.fr

Je ne sais plus qui je suis. Un grand vide à l’intérieur, parait que la nature a horreur. Je suis prêt à fourrer à peu prêt n’importe quoi dedans, histoire de ne plus savoir que je ne sais plus. Je cherche, je fouillle dans mon compte en banque. Je ne suis pas un assidu du relevé de compte bancaire. Dans mon éducation aux racines franco-post-prolétarienne, je n'ai jamais connu la faim, souhaitant inconsciemment intégrer les dogmes rassurants de la pensée bourgeoises. L'argent n'a jamais vraiment représenté chez moi quelque chose de sérieux, malgré toute les galères. Bizarrerie. Dans ce même monde où soit disant la rationalité économique pousse pourtant les hommes vers l'acquisition de signes sacrés extérieurs de richesse, je ne sais plus qui je suis. Je cherche des pistes de sens dans l'actualité et il m’arrive de lire les journaux, histoire de donner le change sur ce que je suis sensé comprendre. Souvent une lassitude m’envahit, un sentiment presque inconscient qui ourle une sourde culpabilité : quoi que je fasse, le monde m’échappera toujours. J’aurais beau m’efforcer, me forcer à le comprendre, le traquer comme avec la rationalité d'un individu rationnel, j’ai beau redoubler d’efforts et tenter de le cerner, pour racheter mes béances, mes lâchetés de télé citoyen avec toute l'offre journalistique possible, les supports, les lignes éditoriales… je n’aurais jamais fini de faire le tour de quoi que soit... Je n’aurai jamais fini de prendre la mesure de ce que je suis entre les lignes de ces maudits mots alors je ne sais vraiment pas qui je suis.

Quand j'ai lu l'article sur l’affaire Tapie, j'ai quand même compris quelque chose. Tapie, il n’a rien d’exceptionnel, enfin si, il est pas comme moi je le vois bien. Il est visiblement important dans le monde. Ce qui me fait mal, ce n’est pas l'exhibition de la névrose du chef d'entreprise, ministre et on connait la suite du pedigree, ce n'est pas le "je taille mon destin à la mesure de mon porte feuille" ou cette liberté suicidée dans les oublis désespérés, ni cette humanité perdue dans l'image de narcissique de soi, perdue dans une fuite pathétique et égotique. Non c'est pas ça. Et puis si c'était ça, il n'y aurait rien d'exceptionnel. Ce qui me fait mal c’est ce goût cynique du triomphe par le dégoût de l'homme, affirmé dans l'exacerbation de soi, relayé par le silence des puissance de l'état. Il faut bien trouver le moyen de donner le change à ce que l'on n'est plus avec des histoires : Ô toi Tapie mythe de la réussite, ô toi Bernard héro financier vainqueur des temps de la Bourse, ô toi Nanard chevalier sans armure. On a beau être un télé ciyoen anonyme, on comprend bien que, même si tu as toujours ton porte feuille et que tu as fait mine d'avoir "payé" ta dette, on voit bien que tu t'efforce de donner le change à celui que tu n'es plus. Tu nages symboliquement en pleine mer de la complexité et il s'exhale de toi des éffluves denses et opaques de dénégation. Tu cherches obstinément une bouée de sauvetage avec l'obsénité de secours, que tu brandis sous le regard complice de tes pairs, comme certains brandiraient leur fric, leur sexe ou leur flingue, dans ce qui te reste d'un style communicationnel savament construit.

Quand j'ai vu s’exprimer Bernard Tapie sur France Inter, j'ai compris qu'il y avait eu une explosion de sens et les mots maculent encore de sang la République sésintégrée en éclats de chair : 220 millions d’Euros, empochés ou pas, on ne peut pas savoir car l’information est tenue secrète par l’État français, 220 millions d’Euros en contre partie d'obscures compensations. 220 millions d’Euros, c’est l’argent de tous les citoyens français et ça prend tout de suite un goût de chair calcinée, surtout quand on ne sais plus qui on est. La somme s’exprime en centaine de millions d’euros et je ne sais plus ce que ça veut dire, mon dictionnaire est déchiré en confettis : Trésor Public, chose, banc public… Le mot argent a été volé. Les mots sang volent. Les mots sang vole. Les mot sang vole. Le mot sang vole...

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gouvernement
Covid : Blanquer a annoncé le nouveau protocole des écoles depuis Ibiza
Les vacances de fin d’année du ministre, mis en cause pour sa gestion tardive de la crise sanitaire, suscitent depuis plusieurs jours des tensions au sein du gouvernement. Son entretien polémique au « Parisien », qui a provoqué la colère des enseignants, a en réalité été réalisé depuis l’île des Baléares, a appris Mediapart. Ce qui avait été caché. 
par Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
La Serbie fait front derrière son héros Novak Djoković
Les aventures australiennes de l’actuel numéro un du tennis mondial, et son expulsion, ont mobilisé la Serbie, qui a défendu bec et ongles son champion. Sûrement parce qu’il incarne depuis plus d’une décennie les espoirs de tout le pays, mais aussi ses profondes contradictions. 
par Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Simon Rico
Journal
Avec Roberta Metsola à la tête du Parlement, la droite se rapproche du « Grand Chelem » à Bruxelles
Malgré ses positions anti-IVG, la conservatrice maltaise a été élue mardi avec une large majorité – et les voix des eurodéputés LREM - à la présidence du Parlement européen. La droite dirige désormais presque toutes les institutions de premier plan au sein de l’UE.
par Ludovic Lamant
Journal
Après un mois de débats, l’Autriche se dirige vers l’obligation vaccinale
Le Parlement, qui a reçu 110 000 contributions citoyennes, a commencé lundi l’examen du projet de loi introduisant la vaccination obligatoire générale. Le texte devrait être voté dans la semaine et entrer en vigueur en février, malgré les nombreuses réserves qu’il suscite. 
par Vianey Lorin

La sélection du Club

Billet de blog
Université et Recherche, fondements d'une VIème République, démocratique et sociale
Emmanuel Macron a prononcé un discours au congrès de la conférence des présidences d’Universités ce jeudi 13 janvier, dans lequel il propose une réforme systémique de l’université. Des chercheurs et enseignants-chercheurs membres du parlement de l’Union Populaire, des députés, ainsi que des membres de la communauté universitaire lui répondent.
par Membres du parlement de l’Union Populaire
Billet de blog
Lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer en 31 points
Le vendredi 14 janvier 2022, vous avez déclaré « je ne suis pas parfait, je fais des erreurs… ». La liste des erreurs est longue. Une lettre d'une professeur de Lycée Pro, qui décline la longue liste des excuses qui serait nécessaire à Blanquer, bien plus que ce que le mouvement des derniers jours lui a arraché du bout des lèvres.
par Samy Johsua
Billet de blog
De la grève, de l'unité syndicale et de sa pertinence
Attention : ce billet n'est pas anti-syndicaliste. Il sera peut-être qualifié comme tel par des gens qui ne savent pas lire. Je laisse volontiers ceux-là dans leur monde noir et blanc. Je suis syndiqué et j'invite tout le monde à l'être. Sans syndicats nous mourrons. On n'aimerait juste pas mourir avec. 
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
La farandole ultra-droitière d'un ministère de « l'Instruction publique »
Eric Zemmour vient de présenter comme un point important de son programme éducatif la « création d'un grand ministère de l'Instruction publique ». Cela avait déjà été préconisé dès 2013 dans le projet d'« une droite forte » rédigé par deux secrétaires nationaux de l'UMP : Guillaume Peltier et Didier Geoffroy. Et Jean-Michel Blanquer l'aurait aussi suggéré à Emmanuel Macron lors de sa nomination.
par claude lelièvre