Matière de pensée ? Matière a penser ?

"quand le sage montre la lune l'ignorant regarde le doigt"

 

 Un roi passionné de sagesse et de philosophie invita un jour un de ses auteurs préférés pour échanger avec lui sur ce sujet de la philosophie.

Il l’accueilli, intarissable de ses louanges, citant par cœur des passages entiers de ses ouvrages et d’ouvrages d’autres auteurs.

Le sage philosophe regarda sa bibliothèque fournie de milliers d’ouvrage relié de cuir aligné dans sa bibliothèque dans un ordre parfait.

Après un long moment de silence le sage dit : - mais tout ça c’est de la merde !

Le roi se tut, interloqué et en resta sidéré et incapable de répondre quoi que ce soit à cette remarque inattendue.

- C’est de la merde ! Répéta le sage.

Tout ce que vous avez ici le produit de la pensée de quelqu’un d’autre que vous. C’est ce qui lui est resté quand il a fini de traiter d’une question. Comme les boyaux du ventre, les boyaux de la tête sont là pour éliminer les produits de la pensée sous forme de mots. C’est la trace de ce qui reste quand on a fini de digérer une question ou une situation.

C’est tout autant de la matière de pensée que les matières fécales.

Et qui aurait l’idée de vénérer des matières fécales ?

Ce qui compte ce n’est pas la matière, mais tout ce qui s’est passé avant qui a conduit son auteur à produire cette matière : son expérience sensible, ses questionnements, ses tentatives de s’expliquer avec lui-même.

« Quand le sage montre la lune l’ignorant regarde le doigt » disait un de mes prédécesseurs.

De la même manière quand le philosophe vous offre une matière de pensée, vous regardez avec admiration la matière de sa pensée.

Vous admirez les matières de pensée d’un philosophe comme une maman admire les premières matières de son petit. Le philosophe qui ressent de la fierté à être admiré est semblable au petit enfant fier de montrer ses premières matières à sa maman.

La matière à penser des autres a un intérêt en ce qu’elle vous fait produire vos propres matères.

La matière de pensée des autres a en réalité une fonction de compost : elle sert de terreau à l’émergence de votre propre pensée. Ce qui compte ce n’est pas ce que l’autre a dit, mais ce que cela provoque en vous comme étonnement et comme cheminement. Ce qui vous conduira à vous expliquer avec vous-même et à produire à votre tour une matière de pensée. La matière de pensée de l’autre est matière à penser pour vous. Lire c’est l’art de penser avec un peu d’aide[1] disait un autre sage. Le trésor n’est pas dans le texte pas plus que le visage est dans le miroir. C’est parce qu’il y a un lecteur et qu’il se mire dans le livre qu’il y découvre ce qu’il pense.

Une fois que ce compost a produit son effet il a comme fonction de disparaître, ou a etre transmise.

A qui d’autre cette matière de pensée pourrait servir de matière à penser, au lieu d’être vénéré sur l’autel de votre bibliothèque ?

 

 

[1] Emile Faguet académicien du XIX ième siècle

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