Je vous en ai voulu, Pascal Sevran, mais cela appartient désormais au passé. Vous le savez sans doute : j’ai été de ceux qui vous ont sévèrement critiqué suite à vos propos sur la sexualité des Noirs. J’avoue d’ailleurs n’avoir toujours pas compris les mobiles profonds de votre charge au sujet du taux de natalité dans les pays africains. Un homme comme vous ne pouvait ignorer le lien entre le niveau de développement des pays et leur taux de natalité.
Pourquoi donc avoir repris à votre compte l’argumentaire rapide des donneurs de leçons amnésiques, le fast food de ceux qui critiquent les pays pauvres parce qu’ils ignorent qu’avant de devenir riche notre pays a connu des périodes de l’histoire où son taux de natalité était aussi galopant ? Vos ancêtres n’ont-ils d’ailleurs jamais mis au monde moult descendances ? Fallait-il pour autant les stériliser comme vous l’avez suggéré pour les Noirs ? Avouez qu’il eût été dommage de priver vos téléspectateurs d’émissions sur la chanson française et vos lecteurs des livres que vous avez publiés !…
Je vous en ai voulu, dis-je. Mais mes propos portent désormais les marqueurs d’un temps révolu. Je ne suis pas de ceux qui en veulent à leurs semblables jusque dans l’au-delà. A la nouvelle de votre décès, j’ai éprouvé de la tristesse. J’ai regretté de ne vous avoir pas écrit, directement, pour qu’on s’explique. Et je crains que vous soyez parti le cœur meurtri parce que tant de personnes ont été blessées par vos propos. Vous aviez présenté des excuses sur les ondes. Elles n’avaient pas suffi à guérir ma blessure, et je restais vigilant. Désormais, elles me suffisent. Dormez en paix, Pascal Sevran !
D. Dambré