Rama Yade et la question des minorités

Le moins qu’on puisse dire est que, sur la question des minorités, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, n’est pas tendre envers certains « amis » du président Sarkozy. Qu’on en juge à ce qu’elle écrit au sujet de Michel Leeb et de Max Gallo dans son livre publié en 2007 sous le titre Noirs de France.

Au sujet des sketches qui ont lancé la carrière de Michel Leeb, elle écrit ce qui suit : « En jouant avec l’inconscient collectif de son public, Michel Leeb, grimé en noir et les lèvres rougies, a construit toute sa carrière d’humoriste sur ces clichés, notamment le supposé accent africain présenté comme la manifestation d’un handicap intellectuel, sans que, pendant longtemps, personne ne s’en étonne. On entend quelquefois dire que ces sketches ne sont pas racistes et que, décidément, on ne peut plus rire de rien. Pour savoir si les sketches de Michel Leeb sont drôles ou racistes, il suffirait d’imaginer, un instant, que son public soit entièrement noir… »[1].

Et plus loin, elle s’en prend à l’écrivain Max Gallo dont l’opuscule Fier d’être français[2] est une violente diatribe contre le communautarisme supposé des Noirs, des Arabes et des Juifs de France : « Quand Max Gallo justifie l’intégration de ses parents italiens par leur amour de la France, opposant les générations de migrants européens aux Noirs et Maghrébins supposés être rétifs à l’intégration, il oublie que ses parents italiens ont trouvé à leur arrivée en France des Antillais, voire des Africains déjà français. »[3]

L’ouvrage de la secrétaire d’Etat est bien documenté et permet de comprendre l’étroitesse de sa marge de manœuvre dans l’actuel gouvernement où elle doit être ballottée entre ses convictions personnelles et la nécessité des compromis. On peut, par exemple, se demander comment elle a vécu le discours de Dakar du président Sarkozy, elle qui est originaire du Sénégal et faisait partie du voyage. Quoi qu’il en soit, le ton très condescendant du discours présidentiel de Dakar m’a fait penser à ce passage d’Alexis de Tocqueville que Rama Yade cite avec lucidité dans son livre : « Il y a un préjugé naturel qui porte l’homme à mépriser celui qui a été son inférieur, longtemps après qu’il est devenu son égal ; à l’inégalité réelle que produit la fortune ou la loi, succède toujours une inégalité imaginaire qui a ses racines dans les mœurs. ».

 

D. Dambré

[1] Rama Yade-Zimet (2007) : Noirs de France, éditions Calmann-Lévy, p. 34

[2] Max Gallo (2006) : Fier d’être français, Librairie Arthème Fayard

[3] Ibidem, p. 116

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