Consommer et crever : files d’attente aux urgences et au supermarché

Tu veux acheter une bouteille de « pschitt », tu passes en caisse en 1 minute. Aux urgences tu vas attendre des heures. La réalité du monde que l’on a fabriqué se lit dans nos files d’attentes.

Tu as envie d’un pot de « sglurp » et d’une bouteille de « pschitt ». Au supermarché il y a cinq personnes devant toi. Une lumière rouge s’allume. Une caissière arrive. Et hop tu bifurques et passes immédiatement.

Tu as très mal à une dent. Peut-être trop de « pschitt » ces dernières années ? Ton dentiste ne peut te prendre avant une semaine. Heureusement ce n’est pas ta vision qui baisse, il faudrait attendre 6 mois.

Ta mère est partie aux urgences. Tu es inquiet. Tu t’y rends. On dirait la guerre. Dans le couloir, des brancards installés à la hâte, des perfusions accrochées à des clous de fortune plantés dans les murs.

 C’est un cauchemar ?

Non, c'est la réalité du monde que l’on a fabriqué et qui se lit dans nos files d’attentes.

A l’hôpital, il manque des postes et on ferme des lits. La ministre met six mois à  lâcher quelques millions pour quelques embauches. Parce qu’aux urgences il y a des morts : jeunes et vieux attendent des heures dans les couloirs. Si peu de moyens qu’une personne atteinte d'alzheimer et soignée pour un cancer a été retrouvée morte au bout de 15 jours dans une partie désaffectée d’un grand hôpital.

La caissière de supermarché a un contrat à temps partiel et doit assurer des astreintes pour venir dès qu’on l’appelle.

La réalité est cauchemar.  Une urgence de santé et il faut des jours pour voir quelqu’un. Par contre, pour acheter une connerie, c’est urgent : pour nous livrer en un jour, Amazon fait tourner des milliers de camions qui aggravent le problème climatique.

Pourquoi ne pas inverser les files d'attentes ? Attendre pour ralentir nos consommations. Et que les services d'urgences pour nous soigner soient nos urgences.

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