Le « capitalisme des biens communs » : enfin une idéologie qui nous rassemble !

Les pro-capitalisme et les pro-communisme qui veulent le bien des êtres humains ne construiront ensemble qu'en se mettant d'accord sur un "capitalisme des biens communs". Une gestion démocratique intégrée du capital, du travail et des ressources naturelles.

Les pro-capitalisme et les pro-communisme ne construiront jamais ensemble.  

Les uns reprochent les « goulags », la faible place de l’initiative individuelle et l’absence d’entreprises privées.

Les autres la destruction des pauvres et de la planète. La critique radicale du capitalisme non régulé est faite dans un article récent d’Alain Grandjean intitulé « Le capitalisme est-il responsable… de la destruction de la biosphère et de l’explosion des inégalités ? » (lire ici).

Or, le seul moyen d’éviter la catastrophe (lire ici) est de réunir les altruistes : ceux parmi les pro-capitalisme et les pro-communisme qui veulent le bien des êtres humains.

Nous allons montrer qu’ils sont tous deux pour le « capitalisme des biens communs ».

Pour produire une paire de chaussure, il faut au moins trois ingrédients : capital, travail et ressources naturelles.

Du capital. C’est en fait de la production passée qui sert à la production future. La machine-outil pour faire les chaussures a nécessité du travail et des ressources naturelles.

Du travail. C’est celui de l’ouvrier ou de l’artisan s‘il possède le capital.

Des ressources naturelles. Il faut le cuir des chaussures et en conséquence de multiples autres ressources comme l’eau. Chaque jour, une vache boit 200 litres d’eau et mange 130 kg d’herbe (encore 100 litres d’eau).

Le capitalisme historique se centre sur le capital quitte à oublier les besoins des hommes. Le travail et les ressources naturelles ne sont mobilisés que pour augmenter le capital. Le risque est que l’ouvrier n’ait pas de chaussure alors que l’apporteur de capital aura dans ses placards cent paires ainsi que milles autres objets inutiles qui détruisent la planète.

Le communisme historique se centre sur le travail et le capital. Le risque est que la planification amène la bureaucratie. Elle finit par grignoter les libertés de mode de vie et de choix de consommation, ruiner l’efficacité de la production et créer une nomenklatura désintéressée de la bonne gestion de la planète.

Le capitalisme des biens communs se centre sur les besoins des hommes ainsi que la gestion du capital, du travail et des ressources naturelles pour assurer leurs besoins présents et futurs. Il se soucie de la question « qui aura la paire de chaussure et comment gérer les pâturages et l’eau pour qu’il y ait du cuir dans l’avenir ? » et y répond par une organisation démocratique de la société. La réponse n’est pas prédéterminée mais rediscutée tout le temps et par tous.

Comme le souligne Alain Grandjean, il faut de nombreuses contraintes pour rendre possible une forme de capitalisme plus juste et le mettre au service de la réparation de notre planète, notre maison commune. Si bien que le seul mot de capitalisme ne coïncide plus aujourd'hui dans notre imaginaire au mode d'organisation proposé par Alain Grandjean.

Le concept de « capitalisme des biens communs » soulignerait la priorité absolue de la gestion en commun des biens communs sur la propriété privée et le marché. Il garde du capitalisme l'importance accordée à ne pas tout utiliser de la production, en mettant de côté suffisamment de capital, à savoir de la production passée, pour préparer la production de demain. Le mot de capitalisme retrouve ainsi l'essence même de la force vitale du capital.

Le « capitalisme des biens communs » n'est plus alors un oxymore mais un projet démocratique qui respecte la dynamique du monde vivant qui nous porte.

Pourquoi un nouveau terme ? Parce que le langage sert le dialogue entre les hommes pour construire le monde à venir. Parce que la construction de la tour de Babel s’arrête quand les hommes ne se comprennent plus : le mot pour l’un ne reflète plus une réalité commune que l’autre peut entrevoir.

Que vive donc le concept de capitalisme des biens communs.

 

 

 

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