Tout et n’importe quoi sur l’orientation

Qui sait précisément ce que le terme d'orientation recouvre ? Les réalités du système d'orientation scolaire qui n'a que rarement les moyens de pratiquer l'orientation, celles de l'orientation professionnelle où se côtoient le meilleur et le pire, n'aident pas à se faire une représentation claire et cela aide encore moins à ce que l'on parle tous de la même chose !

Ma première réaction d’ancien professionnel de l’orientation est qu’il faut affirmer qu’on n’oriente pas quelqu’un. « Orienter », ce n’est pas indiquer le « bon » chemin, c’est accompagner la personne dans un choix à faire en fonction de multiples critères, en permettant que ce choix soit le plus conscient possible. Il s’agit d’aide à la décision, pas de GPS. L'orientation est une rencontre entre la réalité intérieure complexe de la personne et la réalité extérieure elle aussi complexe.

Un conseiller d’orientation ne délivre pas de conseil, il « tient conseil » avec la personne qui mènera un travail introspectif, réflexif et informatif, et sera seule à même de conclure. Le conseiller a aussi pour tâche de ne pas influencer, de ne pas projeter ses propres représentations.

L’orientation n’est pas l’information sur les métiers ou les filières. Cette information-là, comme beaucoup d’autres, est indispensable à la prise de décision, elle n’en est qu’un aspect.
L’orientation est un processus complexe qui met en jeu désir, appétences, compétences, influences diverses, enjeux familiaux et personnels parfois peu conscients, état des lieux du marché de l’emploi, place du travail dans les conceptions de vie, … en définitif une intrication d’éléments objectifs et subjectifs. L’accompagnement à l’orientation vise à permettre à la personne qui s’oriente de mettre au clair au maximum toutes ces dimensions, tout en sachant que le choix final gardera une grande part d’irrationnel. Chez les jeunes en particulier, tout le travail effectué pourra parfois céder du jour au lendemain la place à une décision velléitaire inattendue !
Une telle orientation doit de plus permettre à chacun de se départir des stéréotypes qui tiennent lieu de choix (et en particulier les stéréotypes de genre qui confinent encore les femmes dans un petit nombre de métiers dits « traditionnellement féminins » et qui empêchent l’accès d’hommes à ces mêmes métiers).

Autant dire que l'orientation est un métier de haut niveau nécessitant savoirs, compétences et connaissance de soi.

Autant dire aussi que ce n’est pas dans la soudaineté, le temps court, que peut se déployer un tel processus.

On ne devrait pas organiser l’orientation scolaire sans mettre en place dès le plus jeune âge et tout au long de la scolarité un cursus d’éducation des choix. Non pas directement des choix d’orientation, mais dans un cadre plus général, ceux de la vie. Dès la maternelle (où j'ai enseigné), le choix d’un atelier de travail manuel ou artistique plutôt qu’un autre peut faire l’objet d’une réflexion menée avec les enfants, pour les amener à prendre conscience de ce qui les détermine, apprendre à exprimer et à argumenter... A chaque âge, la personne est confrontée à des choix, et cela s’éduque. Comme toujours sur des questions d’éducation et de pédagogie, il s’agit de conserver la complexité de la vie et non de disséquer brutalement. Dans cette éducation des choix interviennent des dimensions éducatives multiples tels que, par exemple, une conscientisation et verbalisation de la pensée, des réflexions philosophiques, la place de chacun dans la micro-société qu’est le groupe-classe et la relation aux autres, le rapport à l’enseignant, les prescriptions parentales, et bien d’autres aspects encore. C'est un temps éducatif qui dépasse largement le cadre de l'orientation, il s'agit bien de formation du citoyen à la liberté, finalité essentielle de l'école, à ce qu'il parait...

 

A côté de ces principes bien connus des (bons) professionnels de l’orientation, je soulignerai un autre aspect des problématiques d’orientation scolaire :

Rappelons-nous qu’au moment où les enfants du baby-boom sont arrivés en 6ème, puis en seconde, on a construit des collèges puis des lycées pour les accueillir tous, on a recruté des personnels, avec la volonté de permettre la scolarité la plus longue possible.

On a atteint aujourd’hui et depuis plusieurs années l’objectif des 80% de bacheliers, et l’on refuse de mettre en place les moyens nécessités par l’élévation de niveau de la population scolaire ! Il faut exiger des pouvoirs publics un minimum de cohérence : il manque beaucoup de place dans les universités, tout simplement, il faut les créer.
Il y a certes des sections plus engorgées que d’autres et un système d’orientation doit permettre aux futurs étudiants de ne pas se lancer dans une filière « choisie » sans préparation - tout en leur laissant le droit à l’entêtement, au errements, et à l’erreur ! Il y a aussi des hasards féconds…

D'autre part, mais chacun en est conscient, le suivi des étudiants en premier cycle universitaire est d’évidence  essentiel pour éviter au maximum le décrochage et l’échec.

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