Efficience (sic!) - Public : 1 – Privé : 0

Certaines idées reçues ont la vie dure, vraiment dure. Exemple : « Le privé est plus efficient que le public !»

Derrière cette sentence, répétée à l’envi, il faut bien sur entendre que les entreprises sont plus efficaces en termes financiers (efficientes donc) que l’administration et l’Etat honnis, qui ne connaissent rien à la gestion de l’argent. Bref, le Privé gère mieux et revient moins cher que le Public, privatisons donc.


Dans les faits, le Privé gère moins bien que le Public

La récente comparaison, dans le Figaro, des dérapages des budgets de la Philarmonique de Paris (tant décriée) et de la Fondation LVMH (tant vantée) illustre par les faits l’inanité de ces propos : €175M (budget initial)/€380M (budget final) pour la première contre €100M/€300M pour la seconde. Soit en fait 117% de dépassement pour le Public contre…200% pour le Privé.

 Or, s’il n’est effectivement pas acceptable de voir gâché ne fut-ce qu’un euro de l’argent de leurs revenus que les citoyens donnent pour financer les affaires communes, il est structurellement impossible que les entreprises soient plus efficientes que le public.

 

Le Privé est, structurellement, plus cher que le Public.

Et ce pour une raison toute simple : à structure de coûts égale, et  « efficacité » comparable, voire très inférieure comme le montre l’exemple précédent, le privé doit en plus rémunérer ses actionnaires. Une charge importante à laquelle le public n’est pas confrontée. Et ce n’est pas la seule. Le financement de ses investissements doit aussi, impérativement, être intégré à ses coûts, comme la rémunération de ses dirigeants, bien plus élevée que celle des cadres administratifs.

 Pour essayer de compenser ses surcoûts obligatoires, l’entreprise va rogner sur tout le reste et notamment : qualité des matériaux, coûts de gestion (suivi) et surtout masse salariale. Les deux premiers postes ont un impact direct sur la qualité global du produit fourni au client (et donc sur son…coût réel dans le temps), et le dernier est encore plus délétère. Recours aux sous-traitants, travail au noir… les sources de coûts transférés à la communauté sont considérables : soins aux démunis qu’un Etat comme la France ne peut abandonnés, lutte contre une immigration clandestine entretenue par les entreprises, dumping social, pertes de cotisations (50-60% sur chaque euro de « salaire » non déclaré).

 

Contrairement à l’idée reçue, non seulement le Privé est structurellement moins efficient que le Public, avec des surcoûts obligatoires, mais de plus, chaque privatisation, chaque "Partenariat" Public-Privé, entraine une dégradation intense de notre système social.

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