M. Phillipot en perd son latin

C'est les vacances. Il fait chaud à Lyon et je me prends à zapper. C'est une assuétude comme une autre. Et voilà que je tombe sur une émission débat, "dans l'air", comme ils disent. Ne comptez pas sur moi pour vous donner la référence, je n'ai la télévision que depuis septembre dernier. J'ai très bien vécu sans pendant cinquante-quatre ans, et puis, allez savoir pourquoi, sachant que je pourrais grâce au cable recevoir la télévision grecque, voilà que je suis entré dans un magasin. On aurait pu penser qu'on y vendait du pain, vu l'enseigne. Mais non ! Ce n'étaient qu'objets de haute technologie (je traduis). Le seul problème que j'aie eu, c'est quand le jeune et joli vendeur m'a proposé de reprendre mon ancien poste. Il a fallu un certain temps pour lui faire comprendre que non, décidément, je n'avais jamais eu la télévision auparavant.

Du coup, je n'ai pas osé lui avouer que je n'avais pas de voiture.

Bref, je reçois enfin le monde chez moi grâce à la fibre optique. Mais plus la télévision grecque, depuis qu'un gouvernement fasciste (c'est ainsi que je nomme un gouvernement qui ne relève plus du suffrage universel) a envoyé l'armée occuper le siège de la télévision publique et couper les émetteurs. Qu'on ne s'avise pas de me démentir, j'ai assisté à la chose en direct. Rien n'est rétabli, contrairement aux apparences et à une injonction du Conseil d'Etat, mais tout le monde s'en fout.

Tout ça pour dire qu'en zappant, j'ai enentendu M. Phillipot, dans une émission je crois rediffusée depuis le mois de mars, accuser à plusieurs reprises un responsable du Front de Gauche qu'il noyait d'un flot de paroles pour éviter de lui répondre, d'attaques "ad hominem". La tactique est bien connue. Déjà le sanglant JMLP, du temps qu'il jouait les pirates des Caraïbes avec son bandeau noir sur je ne sais plus quel oeil, avait enjoint son état-major de lui préparer quelques imparfaits du subjonctif, généralement tous concentrés dans le même paragraphe de chaque discours. Histoire de montrer qu'on parlait la France, la vraie... Sauf que déjà, il y avait comme des problèmes de concordances des temps. Mais bon... Comme il ne maîtrisait pas plus la chose que les journalistes qui l'écoutaient, personne ne s'est jamais avisé d'aller vérifier. C'est comme le fameux quarteron de généraux à Alger, qui avait déjà servi pendant la guerre, et dont peu de gens ont perçu le contresens. 

Enfin bref, tout ça pour en arriver à une conclusion futile : M. Phillipot nous rejoue "Fils du Peuple" qui a réussi à grimper grâce à l'école de la République. Laissez donc dormir la République et revoyez votre latin. Vous confondez "ad hominem" et "ad personam". 

Ce n'est pas bien grave notez bien, mais voyez-vous, quand on prétend parler au nom du peuple, soit on lui parle une langue simple, soit on veut l'élever par des références culturelles, et alors là on le traite avec sérieux, on vérifie ses citations. Certain(s) de nos jours peuvent se permettre de citer Hugo dans des meetings ouvriers, mais ce n'est pas donné à tout le monde. Vous aurez beau aligner les pages roses mal digérées, vous n'en resterez pas moins un histrion inculte. Croyez m'en, moi qui ai conquis ma langue sûrement plus que vous.

Comme disait Flaubert, méfiez-vous des citations en latin, elles cachent toujours quelque chose de leste... 

Sauf que chez vous, ce n'est même pas drôle.

Si au moins vous aviez, comme quelque présentatrice prétendument cultivée de France Cul, cédé au joyeux solécisme de "ad nominem", mais même pas... 

Vous souriez tout le temps. Vous avez raison. Car vous êtes bien le seul à vous faire sourire.

Et Tartuffe ? Le pauvre homme !

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