On le constate, la plupart des installations de recyclage et de traitement d’air, d’aérothermie et de climatisation mutualisent les virus et bactéries dans les locaux privatifs mais aussi et surtout dans les établissements recevant du public. A tel point que les gestes barrières sont pratiquement inopérants en intérieur, par exemple dans les restaurants ou dans les EPADs.
Ce n’est pas voulu, mais c’est une conséquence de notre réglementation et de nos pratiques dans le domaine du confort thermique et aéraulique. Notre réglementation considère en effet que quelques dizaines de mètre-cubes d’apport d’air « neuf » par heure et par personne sont nécessaires et suffisants pour qu’un bâtiment soit habitable. En conséquence de quoi, dans nos bureaux, dans nos locaux administratifs, mais aussi dans nos hôpitaux et dans nos EPADs, l’air que nous respirons est majoritairement d’occasion (repris dans les pièces et juste réchauffé ou refroidi pour atteindre la température souhaitée). C’est bien pour les économies d’énergie et cela donne satisfaction en temps normal. Mais en période d’épidémie de grippe par exemple cela fait circuler les microbes à l’intérieur d’un même établissement ; et en période de pandémie de Covid-19 dont le vecteur semble à la fois particulièrement mobile et résistant, c’est une véritable catastrophe qui réduit la pratique des gestes barrières à de dérisoires tentatives de luthomiction, au sens PierreDacois du terme.
Ce n’est pas parce qu’il est tu qu’il faut ignorer ce problème. D’autant qu’en période d’intersaison, le remède est relativement simple. Il suffit de couper toutes les installations « à air repris » dans les locaux recevant du public et de se vêtir en conséquence, quitte à utiliser des chauffages d’appoints dans les EPADs.
En attendant l’hypothétique agrément par les instances réglementaires et l’acceptation par la profession des thermiciens des installations tempérant l’air intérieur par des dispositifs « tout air neuf » de type puits climatiques, il serait raisonnable de préconiser la modification systématique des installations existantes, par exemple en imposant un étage de stérilisation (UV ou autre) à chaque point de reprise et à chaque bouche de diffusion.
Juste un détail : ça serait une bonne idée d’ouvrir un tel chantier dès à présent ; il y a plusieurs millions de points de reprise et de soufflage à équiper en France, le Sars-CoV2 est toujours présent et il serait quand même dommage de s’apercevoir qu’on ne peut pas remettre les climatisations en marche au moment d’une possible prochaine canicule…
Denis Consigny, Ingénieur thermicien.