Un jour en France.
Réminiscences nostalgiques ou surannées, nous assistons à l’émergence d’une génération en passe de conquérir le graal du titre mondial, tandis qu’ont sonnées à l’envi les vingt piges d’une première historique dans le domaine. 15 juillet 2018 : ce jour en France condense l’ensemble des contradictions qui meuvent l’espèce humaine en général et la nation française en particulier. Il résume aussi mon évolution personnelle, du jeune homme pétri de certitudes à celui moins jeune taraudé par les turpitudes existentielles provoquées par les mutations d’un monde enivré de son propre bouillonnement. J’entends et je comprends la foule de ceux qui vouent aux gémonies l’illusion mortifère d’un nouveau panem et circences. J’écoute et je saisis les masses euphoriques annonçant l’avènement d’une nouvelle communion nationale cimentée par une équipe multiculturelle, façon « black – blanc – beur ». Comme souvent, la réalité doit être beaucoup plus nuancée. Le dénigrement d’émotions populaires, fussent-elles furtives, ne me paraît pas plus approprié que l’encensement béat d’une victoire dans le sport qui symbolise le plus les travers d’un système qui se confrontera bientôt à des limites inéluctables. Quelque part, la schizophrénie nous habite tous et nous devons être conscients de nos propres contradictions internes. J’en profite pour assumer les miennes à l’aune de cette journée singulière. Subjugué par l’essence d’un sport d’origine aristocratique, quoique approprié par les masses mondiales, je n’en n’oublie pas sa naissance consubstantiellement liée à la domination implacable du Capital. Toutefois, le football reste à nul autre pareil le plus grand phénomène social du monde contemporain. Provoquer à ce point l’extase du plus grand nombre est une gageure hors de portée de n’importe quel mouvement politique ou philosophique. Pour ma part, et nonobstant la candeur envolée de mes vingt ans, je vibrerai intensément pour le pressing incessant du grand Ngolo Kanté, pour la science innée du jeu d’Antoine Griezmann ou pour la sublime et juvénile maestria de Kyllian Mbappé. Au lendemain d’une fête nationale qui rappelle les valeurs universelles sur lesquelles nous avons fondé, de manière encore certes inaboutie, notre contrat social, je nous souhaite à tous un excellent jour en France !