Que le mercure est un danger insidieux pour la santé, cela est déjà décrit dans plusieurs études. Mais cette information essentielle n’est pas connue des personnes qui vivent dans les endroits où se joue tout le problème : les chercheurs d’or sur les sites d’orpaillage et les habitants des villages. En 2016, sur une demi année, l’université radboud de Nijmegen en collaboration avec la fondation médicale zending primary health care Suriname (MZ) est allée faire des recherches sur le niveau de connaissance des personnes concernées sur des petits secteurs aurifère, pour mieux l’améliorer.
Le problème du mercure est très complexe, commente Paul Scheepers, toxicologue à l’université de Nijmegen. Il est difficile d’en rendre compte par des chiffres. Les hôpitaux surinamais comptent peu de cas d’intoxication par mercure. Ils ne sont souvent pas signalés parce que les dommages ne sont pas directement visibles. Par exemple, il n’y a pas de petits boutons par lesquelles on peut rapidement déceler une intoxication.
Pour une importante intoxication, on peux recevoir une inondation de salive ou avoir un goût de métal dans la bouche mais la plupart du temps, les dommages ne restent pas. Le risque insidieux , c’est qu’après des dizaines d’années à travailler avec ce métal, les reins et le cerveaux subissent des dommages irréparables. On ne le voit pas au début mais une longue exposition peut avoir des effets qui ne diffèrent pas des maladies séniles. Par exemple, la mémoire à court terme diminue. Cela peut être lié à une exposition mercurielle antérieure. Une prise de mercure pendant une grossesse peut causer des malformations invisibles, notamment au cerveaux. Selon le chercheur, cela apparaît souvent dans les milieux sociaux-économiques fragiles. Les conséquences sur la santé ou sur les enfants ne sont pas tout de suite pris en compte. Le projet mené de lutte contre le danger du mercure en est d’autant plus important.
« Prosamigo est avant tout un projet de sensibilisation pour la promotion de la santé chez les habitants de l’intérieur du pays »commente Scheppers. Un projet de l’organisation Twinning, facilité par la coopération Surinamo néerlandais à hauteur de 200 000 euros, financé par les ministère des affaires étrangères néerlandais, l’Université Radboud et le MZ.
Il était davantage question de recherche en direction de l’intoxication. Des expériences précédentes nous ont montré qu’il s’agissait de questions de vie ou de mort. En 2010, des enfants sont décédés au Nigéria, où l’or était recherché dans des minéraux contenant du plomb. Il y a eu alors une énorme contamination au plomb avec pour conséquences 163 victimes dont 111 enfants. On a d’abord pensé qu’il s’agissait de la malaria. C’est un exemple des graves conséquences qu’entraîne la non reconnaissance des symptômes d’empoisonnement.
d’autres opérations d’informations ont déjà eu lieu ailleurs au Suriname pour la prise de conscience des dangers de l’intoxication. Le but était d’informer les orpailleurs et les villageois. Scheepers : « Il s’agissait avant tout de télévision, d’internet et de spot radio où le message était transmis sans savoir comment il était reçu. Avec notre campagne et notre recherche, nous prenons vraiment le temps de discuter avec les gens, de les implique dans ce problème. »
La coopération avec l’université Radboud était important pour le MZ, fournisseur de système de santé à l’intérieur du pays. À travers cette recherche, l’institution cherche à comprendre la manière dont le groupe cible envisage la problématique mercure. Selon La chef de projet au MZ, Bianca Jubitana, une prise de conscience du problème est essentielle afin d’entraîner des changements de comportements. « Dans toutes les recherches antérieurs, nous n’étions pas intégrés dans les équipes de travail. Le résultat des recherches n’était pas non plus connus des villageois et des orpailleurs. C’est pourquoi il est important que nous partagions nos conclusions avec les habitants de l’intérieur, pour la promotion de leur santé. »
Campagne d’informations
Pendant six mois, le chef de projet du MZ et Ilse Ottenbros, chercheuse à l’université de Radboud, avec l’équipe du MZ, sont allés dans les mines et les villages du bas Maroni, du haut Saramacca, Browsbeg, Brokompondo, Sarakreek et Klaaskreek. À l’aide d’une enquête comprenant 43 questions, ils ont obtenu un aperçu du niveau de connaissance du mercure d’environs 150 orpailleurs et 1000 villageois. Ils ont également observé les effets des précédentes campagnes de sensibilisation sur ce niveau de connaissance, les perspectives d’action des villageois et orpailleurs et la faisabilité d’une surveillance biologique.
Ottenbros : « Nous savons que nous ne pouvons pas supprimer la cause du problème à l’intérieur du pays. Les gens n’arrêterons pas d’utiliser du mercure sur les sites d’orpaillage, tout simplement parce que c’est la plus important de leur source de revenu. Mais nous essayons de leur faire admettre les moyens de protection, par exemple un masque, un chapeau, des bottes et des vêtements couvrants. Les vapeurs de mercure forment le plus gros risque pour la santé. »
Selon Scheepers, un grand manque de clarté subsiste encore parce que le processus de contamination arrive de différentes manières et à différents termes. Par exemple, un orpailleur se contamine via ses vêtements ou ses cheveux. Si au retour d’une journée de travail, celui-ci étend ses habits et va dormir, il respire du mercure dans la nuit, et il s’intoxique durant son sommeil. Les orpailleurs et villageois ont pu prendre connaissance de ces particularités pendant la campagne d’information.
Ottenbros : « Pendant la campagne d’information, nous nous sommes concentrés sur trois thématiques que nous avons illustré par des posters. Le premier indique précisément comment le mercure est ingéré, comment il arrive à l’intérieur du corps. Par l’inhalation ou le contact avec la peau par exemple. Le deuxième indique quels sont les groupes à risque : les femmes enceintes, les malades rénaux et les enfants. Le dernier porte sur les effets à court et à long terme. » Ottenbros fait remarquer que les personnes étaient intéressés par les explications et qu’ils étaient surpris par tous les effets généraux sur la santé, dont les phénomènes ne se différencient pas d’une grippe, et peuvent apparaître peu après l’inhalation de mercure. « Alors, ils s’étonnent : cela aussi peut venir du mercure ? »
Pourtant, villageois et orpailleurs ont selon elle une connaissance de base réelle. « Ils savent que le mercure est une matière dangereuse. Nous avons vu sur des sites des orpailleurs se protéger avec un foulard sur la bouche, des vêtements longs et des bottes. Mais ils n’ont pas de connaissance des effets du produit à long termes. »
Changements de comportements
Les résultats de l’étude montrent qu’après avoir suivi la formation, la majorité des interrogés savait que les groupes à risque étaient les enfants et les femmes enceintes. Le niveau de connaissance des orpailleurs diffère de celui des villageois. Ils connaissent des dangers sous la forme de vapeurs, à 75 % contre 35 % chez les villageois.
Ottenbros : « Les orpailleurs savent par expérience que les vapeurs forment un gros risque s’ils l’utilisent n’importe comment. Un orpailleur me racontait qu’il avait mal aux yeux et qu’il ne voyait plus bien. Puis il me raconta que l’inhalation de mercure s’ensuivait de quinte de toux et de suffocation. Tout cela, ils l’expérimentent. » Selon Sheepers, les symptômes mieux détectés amèneraient une meilleure prise en charge à l’hôpital.
95 % des orpailleurs sait que le mercure contamine par l’inhalation contre 35 % des villageois. Après la formation, presque tout le monde était au courant que la contamination mercurielle pouvait conduire à des phénomènes d’empoisonnement. Après avoir suivi la formation, 75 % des habitants était au fait de la contamination par alimentation, notamment les poissons. Ottenbros : « le mercure s’accumule dans le corps des poissons et leur consommation amène exposition. Après formation, 80 % des villageois affirme connaître le danger du poisson contre 60 des orpailleurs. »
Concernant les effets sanitaires, la campagne et la formation est fructueuse : toute les personnes interrogées ont désigné les femmes enceinte, les enfants et les malades rénaux comme groupes à risque. 70 % des villageois et 80 % des orpailleurs pouvait désigner le mercure comme responsable des dommage à la santé. On a demandé aux villageois quelle sorte de poisson ils consommaient. La plupart ont répondu des poissons prédateurs. Ottenbros : « Il est connu que le mercure se trouve dans ces grands poissons, mais changer les comportements est difficile simplement parce qu’il n’y a pas d’alternative »
Chez les villageois, l’inclinaison à changer les mode de vie est peu élevée. Il y a bien des exceptions pour ce qui concerne les femmes enceintes et les enfants. Les orpailleurs sont davantage réceptifs à cette idée. Pour les villageois, l’origine du mercure vient d’ailleurs. Cela rend difficile la prise de mesures. Le poisson fait partie de leur régime et cela est difficile à changer. Des adaptations sont plus envisageable pour les orpailleurs. Par exemple, pour se protéger des vapeurs de mercure par le port de bonnes protection respiratoires, vêtements et en se couvrant les cheveux » raconte Ottenbros.
Selon Scheepers, un changement de comportement n’est pas à envisager lors des 6 mois d’étude. « Nous voyons que les gens ne perçoivent pas tout de suite le problème mais il est bon de continuer dans cette voie. Nous n’avons pas besoin lors de cette campagne de convaincre les gens d’adapter immédiatement leurs mode de vie. Nous allons pas à pas. Nous espérons également que les gens à un moment donné comprennent d’eux même pourquoi il est nécessaire de prendre des mesures plutôt qu’ils le fassent sous la pression. Nous espérons provoquer une motivation intrinsèque »
Inquiétudes
Les villageois indiquent qu’ils s’inquiètent des présences mercurielles dans leur nourriture et dans l’eau potable. Les orpailleurs s’en préoccupent sur les sites, lors de la combustion de celui-ci. Après la campagne, il a encore été sondé si il y avait des craintes et si elles avaient diminué chez les personnes interrogées. « Le message est arrivé » raconte Scheppers « mais il y a encore beaucoup de travail pour l’émergence d’un contexte favorable. Les gens ont toute sortes de questions spécifiques. Nous devons leur donner une image nuancée de ce qui important ou pas. Il n’est par exemple pas besoin de supprimer complètement le poisson » raconte le toxicologue
« Nous n’avons pas encore constitué d’opinion définitive. Il faut tout d’abord avoir toute les cartes en main : connaître le nombre de personne informées, quel est le nombre de personne consommant du poisson, où y a-t-il y a le plus de mercure et comprendre d’autre habitude. Sur la base d’une combinaison de toutes ces voies d’expositions, nous pourrons émettre un avis.
De plus, il est important que nous agissions en coordination avec l’état, que nous nous mettions d’accord sur le message à apporter afin que le message ne soit pas uniquement porté par le MZ. Il y a une cacophonie autour des différentes opinions autour du mercure et des effets sanitaires, avec des connaissances et des sources contradictoires. »
Mais il y a trop de peu de recherche au Suriname sur les liens entre nourriture et mercure trouve Scheepers. « Il est plus intéressant de fournir un avis total sur la nourriture. Ceci fait référence à une situation qui concerne tout le monde au lieu de donner un avis uniquement basé sur le mercure. »
Pour aller plus loin
Après la compagne d’information, il semble que le niveau de connaissance ait avancé. Cela signifie pour le MZ que la méthode choisie est payante. Il y a un besoin énorme concernant l’information sur le cuivre raconte la chef de projet de MZ Jubitana. Le MZ a pour projet de continuer cette campagne d’information à raison minimum d’une fois par mois à la polyclinique.
Par ailleurs, un programme de surveillance biologique est d’importance mais son implantation a encore un long chemin à parcourir. Scheppers : « Cela doit être un programme complet. Si par exemple, nous collectons les informations et et analysons, nous devons informer les personnes concernées lorsque le résultat est défavorable. Il est encore besoin d’entreprendre des actions, en vue de recevoir un traitement correct Quand les gens ont besoin de soins, nous devons fournir une bonne réponse. Nous avons les connaissances et les moyens médicaux mais il nous manque encore une bonne organisation.En collaboration avec tous les parties concernés, nous devons définir des protocoles pour pouvoir mettre en œuvre un travail nécessaire en temps et en heure »
Mais le résultat le plus important de l’étude est que les gens sont davantage concernés par le problème du mercure. Leurs inquiétudes semblent diminuer. Cela vient des informations : ils comprennent où est le problème et ils peuvent faire de meilleurs estimation pour savoir s’il faut s’inquiéter ou non, explique Ottenbros. Shepeers complète « La crainte augmente de manière égale à la pression médico-sociale. Si cette recherche menait à davantage d’angoisse, ce ne serait pas utile. C’est la raison pour laquelle davantage de connaissance sont positives et qu’une prise de conscience entraîne moins d’inquiétude par rapport au mercure ».
Ruth Van der Kolk