Parbode n°131, Mars 2017. Trump et l’Amérique latine.

Traduction d'article de Parbode, Journal mensuel d'analyse et d'information au Suriname. Parbode n°131, Mars 2017. Trump et l’Amérique latine.

Déjà six semaines que Donald Trump est président des états unies. Les points essentiels de sa programme politique sont la révision des accord de commerce et le renvoi des migrants. Qu’est ce que cela signifie pour l’Amérique latine ? Une exploration temporaire, car rien n’est encore sûr.

Trump et l’Amérique latine

Ce fût tout aussi effrayant en Amérique latine lorsque Donald Trump a remporté les élections le 8 novembre 2016. Jusque-là alors, beaucoup auront partagé les opinions de de Mario Vargas Llosa, prix Nobel péruviens de littérature qui qualifiait Trump en mars dernier de clown et de raciste.

Llosa était en 1990 le candidat de centre droit à la présidentielle au Pérou. L’écrivain considérait que le projets de Trump de construction d’un mur le long de la frontière mexicaine, ainsi que sa tendance qualifier les migrants mexicains de dealer et de violeur allaient trop loin. L’auteur ne pouvait même pas s’imaginer que Trump pouvait gagner. Et c’est pourtant ce qui s’est passé.

Tout de suite après son élection, les états d’Amérique latine ont réagi diplomatiquement. Ils ont affirmé être confiant dans une bonne collaboration avec Trump. Même le président mexicain Enrique Pena Nieto a félicité les US de leur procédure électorale et a annoncé être prêt à collaborer avec Trump en faveur de relations bilatérales.

Le président Brésilien Michel Temer a déclaré être convaincu que rien n’allait changer. Et cela pourrait bien être vrai puisque la dépendance économique du Brésil aux états unis a drastiquement diminué lors de la dernière décennie. Seul 13 % des exportations vont au US alors que 19 % en direction de la Chine, qui devient le premier pays d’exportation.

Et cela est en fait valable pour toute l’Amérique du sud. Un pays comme le Chili a un fort marché intérieur et l’exportation va à part égale aux US, en Asie, en Europe et dans d’autre pays du Mercosur.

Ce sont surtout le Mexique et Cuba qui auront à pâtir des conséquences de la politique de Donald Trump. Dans les caraïbe en Amérique centrale, les projets de Trump seront soigneusement observés.

Sauveur

Cet article est écrit juste avant l’inauguration de Trump, le 20 de cette année. Jusqu’à présent, ses déclarations ne paraissaient pas aussi conséquentes ou réfléchies. Il se perçoit tout d’abord comme un « sauveur » de l’Amérique« simple ». Comment son travail va-t-il opérer ce sauvetage ?

Pour faire court : son pays d’abord. Pour cela, les accords de commerces doivent être révisés, les tarifs d’importation augmentés, les migrants exclus et les entreprises punies si elles produisaient en dehors des états unis. De gré ou de force.

Ainsi, le fabricant de voiture Ford a déjà acquiescé et déclaré renoncer à son intention d’ouvrir une usine au Mexique, sans quoi l’entreprise aurait à payer de lourdes taxes à l’importation, si les voitures venaient à être produites hors des états unies.

Pour faire barrage à l’émigration, Trump va construire un mur à la frontière mexicaine avec l’argent du fisc américain. Mais il promet de faire payer la note à un autre stade aux mexicains ce que rejette catégoriquement le nouveau ministres des affaires étrangères, Luis Videgaray intronisé en Janvier.

« Dans les relations entre deux pays voisins, on peut s’entretenir de beaucoup d’affaires, mais pas de celle qui portent atteinte à la dignité d’un peuple. »

Nafta sur la sellette.

Quand Trump annonce, habituellement sur twitter et dans une langage guerrier machiste, son intention de mettre ses menaces à exécution, cela semble surtout mauvais pour le Mexique. Il s’agit du projet de Trump de renégocier La Nafta, l’acccord de libre échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

Il va en cela à l’encontre de la politique du parti républicain qui a toujours été partisan du libre échange. Pensez à la période du président Bush qui était même partisan d’un accord de libre échange pour une Amérique large, le FTAA - de l’Alaska à la terre de feu.

Avec autant d’opposition intérieure comme d’opposition en Amérique latine, rien n’est encore conclu. L’accord de Nafta a également été difficile a mettre en œuvre en 1993 sous la présidence du président Démocrate Clinton.

Les démocrates étaient partant pour l’ajout de clause concernant le travail ou l’environnement, dirigé vers la protection des entreprises américaine contre une concurrence « déloyale » du Mexique en raison de droits des travailleurs plus faibles et d’une protection de environnement également plus faible. La NADBANK, banque de développement nord américain, aurait alors à se soucier des employés d’une entreprise remerciés, qui devraient être compensés entre autre par des reconversions. Et c’est cela qu’exploite maintenant Trump, en jouant sur la carte des négligés et des simples

américains qui ont fort à faire, qui sont les premiers à vouloir sortie du Nafta. Ce n’est pas pour rien qu’il fait volontiers savoir que le Nafta a d’abord été signé par des élites comme Clinton. La moitié de l’histoire donc.

Qui vont être les perdants ?

Tout d’abord les travailleurs mexicains en bas de l’échelle sociale. De très nombreux travaillent dans l’industrie de montage au nord du pays, qui construit surtout des pièces pour les voitures et l’électronique. Si cette industrie décroît en raison de fortes taxes à l’importation sur les entreprises voulues par Trump, cela une signifiera un coup pour le marché de l’emploi au Mexique. Cela va justement à l’encontre de l’intérêt de ce secteur de travail intense.

Des exportations mexicaines, 80 % va vers les US et 60 % des investissements étrangers vient des US. Selon un compte de la commission économique pour l’Amérique latine (Eclac), le PBI mexicains subirait une chute de 2,7 % si le Nafta était annulé et s’il venait à la place des taxes d’importation. Pour Trump, c’est la manière la plus simple de tenir très vite ses promesses de campagne, sur la tête des mexicains : retour des emplois du secteur industriel aux gens simples.

Si on veut vraiment soutenir les employeurs ayant des difficultés en raison de la concurrence mexicaine, C’est d’abord à une amélioration de l’éducation, du système de santé et de la construction sociale qu’il faut penser. Tous ces domaines qui jusqu’à présent et surtout en Amérique du nord, sont laissées de côté.

Une deuxième manière de créer rapidement des emplois est son projet d’investir dans les infrastructures où en même temps, il favoriserait l’emploi et l’exportation. Ce n’est pas quelque chose ou d’autre pays, comme le Mexique, sont d’une grande menace.

La mise en place de mesures protectionnistes signifie également que les produits de consommation sur le marché intérieur deviendront plus chers aux US. La question est encore de savoir si les entreprises américaines et les républicains au congrès soutiendront Trump.

Pour beaucoup d’entreprises, le commerce avec le Mexique est de grande importance, surtout au Texas et en Californie. Pour environ la moitié des villes américaines, le Mexique est le deuxième pays d’exportation. L’abandon des accords du Nafta peut avoir des effets très désavantageux. Pour les entreprises automobiles Nissan et General Motor, les plus grosses industries sont au Mexique. Il s’agit en tout et pour tout de 45 % du marché.

Malgré les critiques de Trump, GM a fait savoir au 9 janvier que la production des petites auto allait être transférée au Mexique. Ford suit la même direction, avec la production de petite voitures au Mexique. Il s’agit pour les entreprises pas seulement d’une main d’œuvre moins chère mais aussi d’un réseau commercial important.

Le pays a conclu 12 accords de libre échange avec 46 pays, dont l’union européenne. Les US ont des accords avec 20 pays. En 2016, 20 % de voitures ont été vendues de plus qu’en 2015. Au cours des quatre dernières années, les ventes intérieurs ont augmenté de 51 %. Les entreprises automobiles semblent davantage « voor de bühne » qu’à la réelle écoute de Trump. L’Amérique centrale et la république dominicaine ont un accord de libre échange propre avec US : le DR-Cafta.

Pris séparément, les pays ne seront jamais des partenaires de commerce important pour les US. Mais à eux tous, ils forment le sixième partenaire pour les biens en provenances des US, ce par quoi ils deviennent le plus grand exportateurs dans cette partie du monde. Il ne semble pas probable que Trump veuille réviser ces accords de commerce, notamment pour la raison du café. Les exportations en provenance de cette région ne mènent pas systématiquement à des pertes d’emplois au US. Pour Trinidad et Tobago, les US sont le plus gros partenaire commercial et la monnaie est couplée au dollars.

En Juin 2016, la maison des délégués a voté une loi pour le renforcement de la coopération entre le territoire caraïbe et les états unies, en se basant sur le terrain de la sécurité, de la lutte contre le narco trafic, en support à la diversification de l’économie et une diminution des limitations de commerce. La loi doit encore être approuvée par le sénat. Et cela reste sous le mandat de Trump.

Migration.

En plus du libre échange, la migration est aux yeux de Trump la deuxième menace pour son pays. D’ici deux ans, tous les migrants illégaux, la plupart mexicains devront être déportés. Il s’agit de environ 11 millions de personnes, la plupart d’origine sud américaine effectuant des travaux peu rétribués. Si ils devaient partir, plusieurs secteurs, notamment les entreprises agraire en Californie et au Texas, en seraient très affectées.

Cela fait des décennies qu’a lieu le recours à une main d’œuvre bon marché du Mexique. En Californie, ils constituent 70 % des employés et la moitié d'entre eux est illégale. Les restaurants des grosses villes tournent également avec des serveurs, des cuisiniers et des plongeurs latino américains. Dans des villes comme New York, Chicago et San Francisco, aucun bâtiment n’est construit sans le recours à des travailleurs bon marché et semi légal.

Sous le président Obama, beaucoup d’immigrant illégaux avaient été arrêtés pour infraction à la législation. En même temps, le président avait tenté de légaliser un million de migrants par une amnistie générale. Dans l’attente d’une vraie révision de la politique de migration, cela n’est pas arrivé. Ce n’est plus à attendre sous Trump, ne serait ce que parce que ses électeurs l’ont choisi pour ses promesses : mettre tous les étrangers dehors.

Sa proposition clé est la construction d’un mur à la frontière mexicaine qui devrait retenir les migrants, et pas seulement du Mexique mais également d’Amérique centrale. Rien que pour cette dernière, l’immigration a beaucoup augmenté au cours de ces deux dernière années. Les immigrants du territoire caraïbe forment 2,3 % des migrants illégaux aux US.

Cuba

En tant qu’homme d’affaire, Trump a envoyé dans les années 90 des éclaireurs à Cuba pour étudier les opportunités pour des hôtels et de casinos. C’est ce qu’il a fait jusqu’en 2016. Mais en tant politique, il est partisan de la « ligne dur » : tant que Cuba ne satisfait pas la liberté sociale et politique, je ferai l’inverse de la politique d’Obama, tel était le message de sa campagne.

Entre temps, des entreprises et d’autres acteurs ont essayé d’entamer une normalisation avec Cuba. Compagnie aérienne, chaîne d’hôtel, bureau de voyage et entreprise agricoles ont visé à ce que les revenus US et les emplois convoités disparaissent au cas où les relations avec Cuba venaient à s’arrêter. Si l’embargo venait à être levé, l’exportation vers Cuba monterait à 2,2 milliard de dollars US. Si non, les US perdraient un terrain de vente au profit des chinois et d’autre concurrents.

Pour Cuba, il subsiste le danger que beaucoup d’entreprises viennent à couler sans l’arrivée de produit des US. Par ailleurs, le gouvernement pourrait saisir cette situation pour faire reculer la liberté. L’arrivée de Trump au pouvoir a jeté une ombre sur toute la région. Ainsi, le cours du pesos est nettement descendu, ce qui a causé une forte hausse des prix de la nourriture, comme le maïs, mais aussi des combustibles.

Si Trump réalisait son projet de percevoir des impôts sur les revenus mexicains aux états unie en vue de les renvoyer chez eux, il est à redouter que l’économie mexicaine ait durement à en pâtir.

Maja Hanskorf

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