La situation des migrants est une tragédie qui doit interpeller tous les citoyens

La mort d’hommes ou de femmes est toujours une tragédie qui doit interpeller tous les citoyens. Quand ces morts surviennent parmi les personnes les plus en difficulté, notamment des étrangers sans papiers, des migrants vivant dans la rue ou dans des squats inhumains, questionner la responsabilité des autorités, nationale ou locale, est normale. Tenter de répondre aux interrogations est un devoir.

La mise en cause de la municipalité d’Aubervilliers appelle à préciser quelle a été sa constante politique en la matière.

Depuis 2014, à Aubervilliers, un conseiller municipal délégué est chargé des Droits des étrangers en lien avec un service municipal, le pôle intégration et citoyenneté. Ceux-ci traitent des droits de tous les étrangers quel que soit leur situation administrative. Les demandes de régularisation sont une grande partie de ce travail, avec toutes les difficultés de la politique gouvernementale appliquée par différents préfets qui se succèdent à Bobigny (les signataires de la lettre ouverte intitulée « Extrême précarité :votre incurie tue toujours » parue dans la revue Regards.fr le 19 mai doivent théoriquement le savoir).

Aubervilliers connait également de nombreux squats de petites tailles dans des immeubles ou appartements dégradés ou de grande taille (de 120 à 200 personnes) dans des hangars inoccupés. La municipalité d’Aubervilliers n’a jamais demandé une expulsion sèche de ces squats. Lors des procédures d’expulsions, demandées le plus souvent par des propriétaires privés, la Municipalité a toujours demandé à la préfecture la mise en œuvre de solutions de relogement.

C’est le cas pour les 2 squats important existant actuellement sur la ville.

Le plus ancien, qui a déjà été expulsé à 2 reprises, bien organisé à l’interne et qui est accompagné par un comité de soutien composé largement de militants d’Aubervilliers, bénéficie également du soutien de la Municipalité : interventions répétées auprès du Préfet pour demander des solutions de relogement, mise en place de cabines de WC de chantier aux abords du squat, suivi par la Fabrique de santé (service du centre municipal de santé), liens étroits avec Médecins du Monde, etc…

Le deuxième, bien moins organisé, est dans des locaux appartenant à la ville de Paris. Si la demande d’expulsion a bien été entamée par Paris, les municipalités de Paris et d’Aubervilliers travaillent en lien étroit pour interpeller les préfets de Région et de Seine-Saint-Denis, toujours pour demander des mises à l’abri en cas d’évacuation.

Rappelons également qu’en 2015-2016 nous avons accompagné un autre grand squat en lien avec le théâtre de la Commune : après que le maire de l’époque Pascal BEAUDET avait demandé au préfet la réquisition des anciens locaux de Pôle emploi où vivaient 120 personnes (demande qui a reçu une fin de non-recevoir), nous avons travaillé avec le préfet à l’égalité des chances pour obtenir une régularisation la plus large possible ainsi que des propositions de relogement. Si une petite proportion de ces étrangers n’a pas obtenu satisfaction, le bilan final est à mettre au crédit de notre engagement.

En octobre 2018, à l’initiative de notre Municipalité, l’appel d’Aubervilliers regroupait des maires, principalement de Seine-Saint-Denis, interpellant l’Etat pour rendre le droit effectif au logement et obtenir des moyens pour en finir avec l’habitat insalubre dont les migrant-es, les femmes isolées, les travailleur-ses pauvres subissent le fardeau chaque jour.

Plus récemment, au moment du confinement, lors de l’intervention de la police à la Porte d’Aubervilliers, c’est une mise à l’abri, certes malheureusement temporaire jusqu’à la fin de la crise sanitaire, qui a permis à toutes les personnes présentes de pouvoir être logés dans des hôtels. A cette occasion, la municipalité d’Aubervilliers a mis à la disposition de la préfecture le gymnase Manouchian pour accueillir près d’une centaine de personnes.

Au lendemain de cette intervention, les démantèlements par la police des campements qui se sont reconstitués n’ont jamais été demandés par la Municipalité. Au contraire, nous avons de nouveau insisté pour que des mises à l’abri soient la règle.

Enfin, les distributions de repas par le CCAS et les bénévoles durant la période de confinement ont concerné bien évidemment toutes les personnes en demande, quelle que soient leur situation administrative.

Nous ne pouvons donc accepter que certaines associations disent, dans une tribune, que la municipalité d’Aubervilliers « persiste à repousser des personnes en extrême précarité » ou que « aucune réponse municipale n’a été accordé à ces personnes.

Nous ne pensons pas que nombres de signataires du texte, qui pour beaucoup d’entre eux sont inconnus à Aubervilliers, ait des leçons à nous donner au vu de notre pratique constante.

Mériem DERKAOUI, Maire d’Aubervilliers

Roland CECCOTTI-RICCI, Conseiller municipal délégué aux Droits des étrangers

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