Violences sexuelles dans les écoles parisiennes : nous avons saisi le Défenseur des droits – Défenseur des enfants (article 71-1 de la Constitution)
Nous, parents d’élèves d’écoles du 11ᵉ arrondissement de Paris, avons saisi le Défenseur des droits, en sa qualité de Défenseur des enfants, le 22 décembre 2025, afin qu’il dresse le constat des manquements graves de la Mairie de Paris à son obligation d’assurer la sécurité de nos enfants et qu’il émette toutes les recommandations utiles afin que des mesures efficaces de protection durable des enfants soient effectivement mises en place.
Si nous en sommes arrivés à cette démarche grave, c’est parce que, depuis de trop nombreux mois, des enfants scolarisés dans des écoles maternelles et élémentaires parisiennes sont victimes d’agressions sexuelles dans le cadre périscolaire. Les signalements se multiplient, les suspensions aussi, mais les réponses de la Mairie de Paris restent à ce jour largement déclaratives et en deçà des enjeux et des attentes.
Chaque matin, nous déposons nos enfants dans des établissements qui ne garantissent pas leur sécurité.
Le 1ᵉʳ janvier 2026, une nouvelle suspension, consécutive à un signalement de faits graves à caractère sexuel, a été annoncée à des parents d’élèves de maternelle d’une école du 11ᵉ arrondissement. Cet énième cas s’ajoute à une liste déjà insoutenable. Depuis début 2025, près de vingt animateurs ont été suspendus dans cet arrondissement, dont plus de la moitié pour des suspicions d’agressions sexuelles, concernant six écoles. À l’échelle de Paris, plus de trente suspensions ont été recensées, dont dix-neuf pour des faits sexuels.
La liste ne cesse de s’allonger, tandis que l’action de la Ville de Paris se fait attendre, laissant les familles dans l’angoisse.
Ces situations ne relèvent pas de faits isolés. Elles révèlent des carences systémiques dans l’organisation du service périscolaire parisien :
- un recrutement et une formation défaillants, laissant entrer des agents sans qualification ni sensibilisation aux risques ;
- une absence de prévention et d’information auprès des équipes, des enfants et des familles ;
- un traitement inadapté des signalements, marqué par des suspensions tardives et une communication cloisonnée et incomplète, empêchant d’identifier toutes les victimes potentielles ;
- un manque de transparence et d’accompagnement, contraignant les familles à pallier les carences institutionnelles, notamment dans la communication avec leurs enfants, la compréhension a posteriori de certains comportements et l’accompagnement psychologique ;
- un manque de communication, école par école, à destination de l’ensemble des parents.
Ces manquements persistent malgré les recommandations formulées dès 2015 par l’Inspection générale de la Ville de Paris, restées lettre morte.
Pourtant, la Ville de Paris est soumise à une obligation de résultat concernant la sécurité physique, psychique et affective des enfants accueillis sur le temps périscolaire — pause méridienne, TAP, goûter, centre de loisirs. Cette obligation n’est manifestement pas remplie.
Aujourd’hui encore, malgré la médiatisation croissante, la mobilisation des parents et les interpellations répétées des institutions, les signalements continuent. Les enfants restent exposés à un risque inacceptable. Un plan d’action a été annoncé par la Ville de Paris en novembre 2025, mais celui-ci demeure largement déclaratif et n’a entraîné aucune amélioration tangible.
Ainsi, par cette saisine, nous demandons :
- la constatation objective des manquements de la Ville de Paris à ses obligations légales ;
- l’ouverture d’une enquête indépendante sur les affaires récentes et sur la réponse institutionnelle qui y a été apportée ;
- le lancement d’un audit organisationnel du périscolaire parisien ;
- la publication d’un avis et des recommandations nécessaires pour que les mesures utiles garantissant la protection effective des enfants sur le temps périscolaire soient mises en œuvre rapidement.
Les droits fondamentaux des enfants sont en jeu. Nous n’acceptons pas que ces violences se répètent dans l’indifférence. Il est temps que la Ville de Paris assume pleinement ses responsabilités et mette en œuvre des mesures immédiates, mesurables et efficaces.
Signataires :
Parents et représentants des écoles maternelles Alphonse Baudin, Bullourde, Faidherbe, 11 bis Parmentier, et des écoles élémentaires Titon, Keller, 11 bis Parmentier.