MADAME SIMONE VEIL: UNE LUMIERE VENUE DE "NUIT ET BROUILLARD "

Dans le tohu bohu d'une République ressemblant peu ou prou à la Monarchie de juillet, il nous reste Madame, à nous recueillir demain, pendant l'hommage tant mérité et si nécessaire que la Nation vous rendra.La France et la République ne vous oublieront pas, car vous personnifiez cette rigueur morale et cette honnêteté intellectuelle qui manquent tant aujourd'hui où la Politique est réduite à sa plus simple expression, où le carriérisme ouvre la voie à tous les reniements ,chacun trahissant à qui mieux mieux ses convictions antérieures, qui pour l'Elysée, qui pour Matignon, qui pour le Perchoir et tous autres postes auquels se rattachent des prébendes non négligeables.

Quant au Peuple de France, bousculé à hue et à dia, il a formellement décidé en majorité de rester chez lui, dévalorisant par avance tous les résultats des élections que l'on vient de vivre.

Vous restez ,Madame, une conscience  pour tous ceux qui attachent encore une valeur à l'engagement, au respect de la parole donnée, au sens de l'Etat.

J'ai eu le privilège d'assister à la séquence houleuse où, insultée par des hommes de votre propre majorité, vous avez avec ce courage qui vous caratérise, répondu par une phrase qui résumait tout:

" Ce n'est jamais de gaîté de coeur qu'une femme a recours à l'avortement.Cela est un drame et restera toujours un drame".

Quand le Président a demandé au Garde des sceaux de l'époque, Monsieur Taittinger, de défendre votre loi au Parlement, pour vous protéger de la furie de certains représentants de la droite, nous étions nombreux à avoir les larmes aux yeux.Notre joie et notre fierté c'est que les 189 députés socialistes et communistes ont permis à votre texte d'être adopté au grand soulagement du Président Edgar Faure ,car votre cause était aussi et naturellement la nôtre.

Si un mot devait résumer votre vie , ce serait la grandeur d'âme .Et cette volonté de ne jamais renoncé à ce que l'on croit juste.

Nous vous devons ,avec Charles de Gaulle, puis avec Mitterrand, le retour d'une amitié forte avec ce Peuple allemand que vous avez toujours refusé de confondre avec ceux là qui vous ont fait vivre, ainsi qu'à votre famille, les heures les plus terribles de votre existence.

Vous êtes revenue de ces "nuit et brouillard " comme une lumière ,pour éclairer le long chemin , pour jalonner la route.Des millions de Françaises et de Français ont, grâce à vous, évité tant de drames , car vous avez vaincu cet obscurantisme vivace pour faire avancer le Droit et la Liberté.

Au Panthéon ou ailleurs, vous n'êtes pas partie,Madame, car votre vrai Panthéon restera pour des siècles, la mémoire des Français, des Allemands et de tant d'autres peuples dans le Monde.

Soyez heureuse, là où vous êtes, car si quelqu'un peut revendiquer de mériter le bonheur, c'est vous.

 

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