A PROPOS DE "La Démocratie n'est pas la guerre " d"Edwy PLENEL

Cher Edwy Plenel, j’ai lu avec une particulière attention votre article fleuve « la démocratie n’est pas la guerre » . Cette plaidoirie, si elle est brillante dans la forme, appelle un certain nombre de réserves sur le fond.

Si guerre et démocratie sont souvent antinomiques, il y a des circonstances , dans notre histoire, où il a bien fallu tenter de les marier. Vous dénoncez  l’immédiateté politicienne concernant les réponses apportées par le Pouvoir aux derniers attentats à Paris .Il serait plus juste de les interpréter comme une nécessité politique. Aucun Gouvernement  ne peut rester passif face à de telles exactions, et la réponse foudroyante des Forces de l’ordre étaient attendue et souhaitée par une large majorité de français,permettant aux familles de victimes innocentes d'entamer un deuil trop lourd.

Les députés qui n’ont pas voté l’Etat d’urgence ont fait leur choix en conscience et je ne sache pas qu’on ait appelé sur eux les foudres célestes. La démocratie c’est aussi cela.

Vous parlez d’Etat d’exception  .Mais où  avez-vous vu que le Président de la République nous menait dans cette voie.
François Hollande a rejeté le recours à l’article 16 et le Parlement quasi unanime, a voté le texte pour 3 mois. Et ce Parlement reste garant de tout débordement.

Oui il fallait donner aux Forces de l’ordre ,la possibilité de perquisitions surprises , oui il fallait accepter leur intrusion dans les mosquées félonnes, où des imams de bas étages suscitent dans leur prêche, la haine chez des français vis-à-vis d’autres français, oui il fallait une riposte pure et dure .En quoi cela altère la Démocratie dont vous vous faites le Héraut ?

Les Pouvoirs Publics fonctionnent, le Parlement légifère, l’armée républicaine obéit à un Gouvernement légitime

Ou avez-vous vu que la liberté d’expression était atteinte ?A Médiapart ? Surement pas. Notre Journal s’exprime pleinement à travers sa rédaction et ses abonnés de plus en plus nombreux. Qui à ce jour les a empêché de vilipender le Pouvoir si tel est leur point de vue. Au Figaro  ,porte parole de l' opposition qui s’en donne à cœur joie sous la signature d’un Roufiol ou d’un Thréard qui ne cessent de vilipender le Pouvoir tout en flirtant avec l’extrême droite. A Libération, journal autrefois emblématique qui n’a plus rien à dire ,hormis ses premières pages aux jeux de mots qui se voudraient drôles ,et qui n’amusent plus personne .La Presse est libre Cher Edwy Plenel  et vous êtes aux premières loges pour le constater.

Concernant le Patriot act à la française je suis comme vous tout à fait opposé  à cette démarche et je crois aussi que les minorités ont raison lorsque cela est avéré  et tort quand leurs versions ne sont pas les bonnes.

Pour ce qui est des rassemblement, ils se font sous nos yeux Monsieur Plenel, tous les jours, dans toutes les régions de notre France, sous l’œil plutôt bienveillant des Préfets, surtout inquiets de la sécurité.

Oui l’invasion de l’Irak est une erreur historique des Etats Unis. Oui il faut dénoncer le sort fait à la Libye par Sarkozy et son âme damnée BHL .Khadafi  n'était pas un exemple, mais aujourd’hui ce pays vit dans le chaos, le terrorisme islamique a été largement armé par les stocks de l’ancien régime libyen et la migration est un commerce fructueux entre les mains de gangsters  depuis Tripoli, Benghazi, Sirt et j’en passe.

Mais il faut raison garder. Comment pouvez  vous laisser supposer  qu’à la place de Chirac, Hollande aurait emboité le pas à Bush dans l’aventure irakienne. Ce n’est pas acceptable ,surtout venant de vous, car c’est une tentative malsaine, tendant à faire passer le Président pour un homme Politique sans discernement et sans colonne vertébrale.

Peut être auriez  vous préféré  que les terrosristes au Mali occupent Bamako pendant que la France, signataire de traités d’assistance militaire, reste les bras croisés. Il me faut préciser que  non signataire de ces accords , Hollande respecte les engagements de la France en assurant la continuité de l’Etat.

Vous êtes heurté par le mot guerre .oui l’Etat Islamique nous a déclaré la guerre. Oui ce pseudo Etat essaie de déstabiliser chez nous ,une jeunesse musulmane  en manque de repères et vis-à-vis de laquelle tous les gouvernements de la République ont failli depuis 40 ans .Oui au lieu du Karcher , il faut dans les banlieues plus d’écoles, plus d’emplois, plus de services publics. Mais les manquements patents de l’Etat peuvent expliquer, mais non excuser,  l’usage du terrorisme aveugle ,ou de jeunes français tuent leurs compatriotes.

« Habituer notre société à baisser la garde sur les libertés fondamentales, ce n’est pas montrer notre force mais notre faiblesse » écrivez  vous.

Mais la nécessité impose une riposte immédiate pour ensuite la graduer au fur et à mesure. Riposter à une attaque, brutale, sanguinaire, aveugle relève du devoir de l’Etat, pourquoi  écrire que c’est épouser la temporalité terroriste, celle de leur présent monstre, sans passé ni  futur, mort, inerte , sans espoir ni promesse. Cela ressemble à du défaitisme ou pour le moins à un angélisme devant l’affrontement parfois necessaire.

L’Espoir Cher Edwy Plenel  c’est la jeunesse française, que l’on croyait abattre aux terrasses des cafés et au Bataclan. Pourquoi ? Parce que des milliers et des milliers de jeunes français musulmans  commencent à se lever pour braver ce terrorisme qui bafoue leurs convictions profondes ? Ils crient que c’est à eux de pourchasser les tueurs, à eux de faire le nettoyage dans les mosquées, ils affirment leur attachement à la République, à ses valeurs, à cette démocratie dont ils sont fiers.

Vous parlez de noces sanglantes de la répression .Mais croyez vous que l’on doive nécessairement et à chaque fois, invoquer l’Etat de droit pour régler les flagrants délits meurtriers. Allez  vous reprocher aux Policiers du RAID d’avoir usé de leurs armes face à des tueurs fous, ou mieux encore fallait il les prendre vivants, au risque de voir un massacre encore plus important et des Policiers d’Elite y laisser leur peau, uniquement parce que le Droit nous intime de traduire ces fous de Satan  devant nos tribunaux ?

L’Etat d’Urgence, temporaire et gradué, vaut mieux que l’article 16 et les pleins pouvoirs. Vous parlez de désinformation pour habituer le pays au recul des Libertés. Vous ajoutez que modifier la constitution est le fait d’une démocratie peu sûre d’elle-même. Et vous  envoyez une gerbe de fleurs au Patriot act américain, qui lui est révisable, prolongeable bref un vrai modèle de démocratie. Je rêve.

Enfin et j’arrêterais là. Vous appelez Camus au secours .Camus s’exprimait dans un contexte tellement diffèrent qu’il eut mieux valu le laisser tranquille à Lourmarin. Je sais simplement qu’il avait raison si le choix lui était imposé, de préférer sa mère à l’Algérie.

«Tandis que l’Etat se libère du droit, préférant  l’exception à la règle, la société est mise en congé « Je vous cite

              Vous avez l’impression que la société française se sent mise en congé. Allez au Bataclan, Place de la République, dans les cafés alentour et vous verrez que nul n’est en congé ,que ce sont là des affirmations péremptoires qui ne sont étayées par rien de sérieux .C’est tout au plus un exercice de style sous la plume brillante d’un polémiste que je respecte mais dont je réfute certaines positions. Ce qui ne m’empêche pas d’être et de rester un soutien de Médiapart.

              Oui la Politique appartient au citoyen représenté légalement par ses élus.

              Je concluerais donc en vous disant que le Parlement n’a renoncé à aucune de ses prérogatives .Qu il exerce pleinement son mandat de surveillance de l’exécutif et cela vaut pour les députés et sénateurs de la Majorité. Que l’ONU vient de voter une proposition française mettant Daesch au ban de la communauté Mondiale .Que l’Europe vient de faire droit à une demande française concernant les frontières et le PNR, que toutes les démocraties du Monde se sont mises aux couleurs Bleu Blanc Rouge et que la Marseillaise est devenue le tube du moment. Ces succès sanctionnent l’attitude d’un Président et d’un Gouvernement qui ont leurs manques et leurs faiblesses.Mais il y a cependant un aspect sur lequel on ne les prendra pas en défaut : leur attachement profond à la Démocratie.

 

 

 

 

 

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