POUR QUE VIVE L'ALGERIE

 

POUR QUE VIVE L’ALGERIE LETTRE A MONSIEUR ABDELAZIZ BOUTEFLIKA PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE Malheureux que nous sommes, Nous ressemblons à ces architectes sans génie Qui, méconnaissant l’art des proportions, ne Soutiennent leur ouvrage que par le fer. (St Just) Monsieur Le Président A l’heure où nos frères libyens sont entrain de se débarrasser d’une longue dictature et que vous allez bientôt célébrer l’Aid et la fin du Ramadan je souhaite vous adresser cette supplique fraternelle. Telle Athalie j’ai fait un songe qui devenait peu à peu un véritable cauchemar. Nous somme le 1er novembre 2012 et Alger la Blanche, Alger la belle, Alger la fière se parait de ses plus beaux atours pour fêter le cinquantenaire de la glorieuse révolution, qui amena l’indépendance en 1962 La veille, de tous les coins du pays, des centaines de milliers de jeunes gens et jeunes filles convergeaient vers la Capitale : En voiture, en autobus, par avion ils venaient de partout : Tamanrasset ,In Salah,Timimoun, Ghardaïa, Colomb-Béchar , Laghouat .Les trains et les routes étaient bondés. De Constantine, d’Oran, tout le pays semblait en liesse, derrière ces jeunes, heureux , ravis d’aller communier ensemble à la Gloire de ceux qui avaient libérés le pays. Cette poignée d’hommes qui au péril de leur vie avaient pris les armes pour bouter hors les murs la France, pays des lumières et de 1789, qui n’avait pas su ou pu éviter cette nuit bleue installant la sale guerre, ce long conflit de sept années que nous tenterons de camoufler derrière ce qu’on appelait pudiquement des opérations de pacification. Un service d’ordre imposant était en place pour canaliser ce mouvement impressionnant de plus d’un million de jeunes marchant vers le Monument des Martyrs sur les hauteurs d’Alger, pendant que près de cent mille autres se dirigeaient vers le Palais présidentiel. Tout à coup, comme un coup de tonnerre, les groupes, jusque là disciplinés, se mirent à hurler comme un seul homme :Boutef avec nous, l’Armée dans les casernes, Liberté, Liberté. Pris au piège de Facebook, internet, twitter, l’Armée avait sous estimé l’évènement et surtout le désir forcené de ce pays d’obtenir les changements, de secouer la chape de plomb qui régnait tant bien que mal depuis l’Indépendance. 30.000 hommes armés et casqués faisaient alors face à ces centaines de milliers de manifestants .Comment endiguer le mouvement, comment arrêter cette marée humaine qui interpellait son Président pour que leur pays soit plus vivable, plus convivial, moins policé. Vous aviez pourtant donné des consignes strictes pour que chacun garde son sang froid.Mais l’avance de la foule devenait insupportable pour ceux là même qui devaient la canaliser. Se mêlaient alors en moi les morts de 1988, puis la longue guerre civile , le massacre de Mellouza ,la liquidation de plusieurs leaders de la Révolution après le Congrès de la Soumman, les images admirables du film « Des hommes et des Dieux ‘’ de Xavier Beauvois,les gros titres de la presse de gauche française qui dénonçait la torture et un Boudiaf incantatoire qui ,le doigt pointé vers je ne sais qui, criait : ils m’ont tué, ils m’ont tué parce que je voulais que vive l’Algérie. Et soudain, devant les caméras du monde entier, venues couvrir le cinquantenaire, les échauffourées commencèrent et les coups de feu se multiplièrent. Des rafales fauchaient des filles et des garçons qui mourraient pour qui, pour quoi ? Leur seule revendication consistait à vouloir vivre dans un pays libre, où le droit prévaut sur la force. Devant l’horreur étalée sur toutes les chaines de télévision, dix vingt millions d’algériens se rassemblaient dans toutes les villes d’un bout à l’autre du pays.L’ONU, les Etats-Unis, La France et toutes les puissances du Conseil de sécurité exigeaient un arrêt immédiat des tirs sur les populations civiles. L’insurrection devenait générale et l’Algérie sombrait dans le Chaos. Dix, vint, trente mille morts ? Je ne sais pas. Je me suis réveillé en sursaut, tremblant et baigné de sueur, comme atteint de ces crises brutales de paludisme que je subissais enfant, là-bas dans mon oasis de naissance à 900 kms au Sud d’Alger. Pardon Monsieur Le Président, ce n’était qu’un songe, où Alger la Blanche était devenue rouge, éclaboussée par le sang de ses enfants, sous les tirs répétés de leur police et de leur armée.Ce n’était qu’un mauvais rêve, envahissant mon sommeil, ma tête emplie des révolutions Tunisienne, Egyptienne, Libyenne,SyrienneMais l’Algérie doit être une autre histoire.Ces millions de jeunes filles et jeunes gens (l’Algérie est un des pays les plus jeunes du monde) ,ce sont vos enfants.Vous en êtes comptable devant Dieu et devant la Communauté Internationale.Vous êtes leur garant et leur protecteur.Dois je rappeler que sous l’autorité de Houari Boumedienne, vous avez porté la Diplomatie algérienne au zénith, que le Monde entier vous considérait comme un grand Ministre des Affaires Etrangères, que vous êtes intervenu pour régler des problèmes difficiles, voire insolubles, dans toute la planète.Fort de ce prestigieux passé, nous espérions ,lorsque l’on vous a rappelé pour occuper les plus hautes fonctions, que l’Algérie sous votre autorité deviendrait une démocratie ,naturellement, en évoluant sans heurt vers une ouverture à la liberté, à l’égalité, à la justice sociale.Vous avez peu ou prou, réussi la réconciliation nationale, œuvre si méritoire après les 150.000 morts de la guerre civile .Vous dirigez un grand et beau pays, riche, cultivé et pourtant votre jeunesse ne rêve que d’une chose : partir, allez trouver ailleurs ce qu’on pourrait lui offrir chez elle.Vous devriez,Monsieur le Président, inviter cette jeunesse à participer à un grand renouvellement de la classe politique, expliquez à l’Armée que son rôle est d’assurer la Défense du territoire, que la politique appartient à des hommes et des femmes qui seraient élus,librement, clairement. LES ETATS GENERAUX DE LA JEUNESSE L’Algérie est prête pour la mise en route et l’éclosion d’un printemps démocratique pacifique. Vous pourriez convoquer des Etats Généraux de la jeunesse où débats, forums, pourraient laisser libre cours à l’expression de ceux qui sont l’avenir du pays. Sous votre Autorité des milliers de délégués venus des quatre coins de l’Algérie et aussi les algériens de la diaspora, vous diront ce qu’ils attendent,ce qu’ils souhaitent ,ce qu’ils veulent .En parrainant une telle entreprise vos réformes seront avalisées par une jeunesse impatiente, revendicative mais qui serait derrière vous.Elle appuierait et crédibiliserait tout ce que vous ferez ensuite pour mettre en œuvre la synthèse des ces débats. Nul ne saurait alors contester les réformes de fond que vous pourriez mettre en œuvre, car elles viendraient des forces vives de ce pays.-Adoption d’une nouvelle Constitution plus adaptée à la réalité algérienne d’aujourd’hui.-Réforme du code de la famille-Statut de l’Armée-Emploi, Education, encouragement à l’entreprise privée.-Formation de la fonction publique qui doit être mise au service des citoyens.Statut des femmesStatut de l’opposition qui, dans toute démocratie, est appelée à devenir (ou redevenir) majorité.Reforme de la justice dans le souci de protéger les droits de la défense.Modernisation de l’Etat et des collectivités locales.Plan de relance du Logement social à travers tout le pays, ce qui aurait pour corollaire de relancer la croissance et donc l’emploi.Monsieur le Président, la tâche est rude, longue, difficile mais il vous appartient de la mettre en marche. Et, à Dieu ne plaise, si votre santé le permet n’hésitez pas à solliciter le peuple.Il avalisera,j’en suis sûr toutes les initiatives allant dans le sens d’une ouverture politique réelle, de réformes profondes permettant d’installer en Algérie un mouvement irréversible, unegarantie pérenne de la paix civile, un élan réel vers le progrès politique,social économique et culturel .Oui ,Monsieur le Président, la route est raide mais combien exaltante pour vous, combien exemplaire pour tant d’autres nations où règnent encore la dictature,la corruption ,le mépris du droit élémentaire des peuples.L’Algérie, de part son histoire, sa géographie, sa révolution est un pays à part qui a tous les moyens d’éviter une transition sanglanteLA FRACTURE SOCIALEToute autorité même démocratiquement élue et qui se coupe de son peuple, finit par perdre sa légitimité.Depuis votre arrivée au pouvoir, l’augmentation des prix du pétrole et du gaz a donné à l’Algérie une richesse financière extraordinaire.Que fait pour le peuple, votre Gouvernement qui dispose de 150 milliards de dollars de réserves de devises ?-Le chômage est endémique. -le manque de logements perdure-le pouvoir d’achat diminueL’Armée est la seule institution organisée dans ce pays et de l’extérieur l’impression qui prime est que les seuls privilégiés sont les militaires et à un degré moindre la haute fonction publique.Ne faudrait il pas, avec la manne financière, ouvrir les crédits à la création d’entreprises privées, pour cette jeunesse instruite, cultivée et qui rêve d’entreprendre en Algérie.Cela pourrait multiplier la création de richesses, avoir une incidence réelle sur l’emploi et aider le pays à créer un tissu de PME ,PMI pour une nouvelle croissance.Relancer dans tous les secteurs d’activité une jeunesse avide d’entreprendre n’est il pas le meilleur moyen de prévenir toute révolte, tout débordement.Nul n’est éternel Monsieur le Président.Vous vous devez de laisser une trace dans l’Histoire en économisant à l’Algérie, une révolution comparable à celle de vos voisins.Et vous en avez les moyens.Je sais les réticences et les difficultés que vous rencontrez, mais le courage politique est d’imposer ce qui semble le mieux pour que le pire reste lettre morte.Combattant de la première heure au sein du prestigieux Front de libération Nationale, votre passé, votre culture, vos engagements pour la paix vous confèrent une stature vous permettant d’imposer les réformes indispensables à la progression de l’Algérie.Musulman tolérant vous ne pouvez accepter pour l’Algérie les références à la Charia, inadaptée, dépassée par l’évolution qui se fait jour autour de vous.Il n’est pas acceptable que l’on poursuive des gens en Algérie, parce qu’ils ne sont pas musulmans, parce qu’ils ne pratiquent pas. La Liberté du culte est un des fondements essentiels de la démocratie et ce serait votre honneur de rappeler ces principes fondamentaux. Si l’Islam est religion d’état, ce qui est naturel, les non croyants, les non pratiquants, les catholiques et autres tenants de croyances diverses ne doivent pas être ostracisés .Cela ne correspond pas à l’image que l’on a de vous et de ce pays.Le code de la famille n’est pas conforme à la Constitution dont vous êtes le garant. Affirmez haut et fort que tous les algériens, femmes et hommes sont égaux devant la Loi et que l’Etat n’a pas à s’immiscer dans l’organisation de la vie privée des citoyens.Vous avez été l’homme qui a ramené la paix en Algérie après les années noires .Tendre la main aux terroristes qui voulaient se réintégrer vous a valu nombre de critiques, mais l’Histoire retient d’ores et déjà que vous aviez raison, que votre analyse prospective a justement prévalu sur les tenants d’une répression à outrance. La levée de l’état d’urgence découle naturellement de cette longue marche vers la pacification des esprits, dont chacun, en Algérie, et ailleurs, reconnaît que vous avez été l’artisan et l’architecte.Il faut maintenant, avec le temps qui reste, réduire sensiblement les inégalités criantes, relever les bas salaires, encourager la création d’entreprises, car l’Etat ne peut tout faire seul sur le plan économique.LES STRUCTURES DE L’ETATEn annonçant des réformes profondes, vous ressentez aussi ce besoin de moderniser l’Etat. Les élections prévues en 2012 pourraient être le prélude à une véritable révolution politique et culturelle. Une consultation démocratique pourrait amener sous votre égide une nouvelle classe de responsables politiques, une majorité et une opposition réelles dans un parlement rénové et responsable.La presse, relativement libre aujourd’hui, pourrait se voir doter d’un statut la protégeant mais lui rappelant ses devoirs .Vous dirigez un pays où l’opposition n’a pas de place .Il vous appartient cependant de préparer l’avenir,contrairement à ceux là qui, se croyant investi à vie, ou immortels, ne pensent jamais à la continuité de l’Etat .Une simple analyse de la situation actuelle peut démontrer que si par malheur pour l’Algérie ,vous disparaissiez, personne n’a la stature voulue pour prendre la relève et assurer l’unité et garantir les libertés fondamentales. La réorganisation de l’Etat passe par la formation de grands commis, initiés au service public, convaincus dès leur formation que c’est là une noble entreprise.Hors il me semble que depuis longtemps, certains des hauts dignitaires de l’Etat ont plus pensé à eux-mêmes qu’au peuple qu’ils sont censés servir et cette dichotomie crée ce malaise lancinant qu’on perçoit en Algérie.L’Etat ne peut, sans créer des frustrations graves et durables, servir une fraction de nantis en oubliant les autres. « L’inquiétude naît du fait et le fait se multiplie ». Après cinquante ans d’indépendance, et malgré les drames qu’a vécu l’Algérie, il est temps, il est grand temps, Monsieur le Président, que l’Armée, la Police, l’Administration et les collectivités régionales et locales prennent conscience des devoirs qui leur incombent. Il faut, c’est une nécessité vitale, que ce pays marche à l’endroit et que l’ensemble des algériens et en particulier la Jeunesse puissent se rendre compte qu’on s’occupe d’eux, qu’ils ne sont pas les « laissés pour compte » dans leu propre pays.La gouvernance ,dans les différents pays arabes, devra s’adapter et changer de méthode car l’éducation de la jeunesse, l’ouverture sur le monde grâce aux moyens d’information par satellites ,le fait que cette jeunesse a grandi avec Internet déboucheront au mieux sur des réformes urgentes avec des transitions pacifiques et préalablement expliquées et où la jeunesse sera partie prenante ; où à des explosions qui pourraient amener les dirigeants les plus aveugles, à s’accrocher au Pouvoir au prix d’une répression qui déboucherait sur de véritables massacres.Epargnez cette voie à L’Algérie qui a déjà beaucoup souffert. Evitez lui des lendemains de deuil, de violence, de chaos. Une manifestation de masse est souvent une revendication issue d’un malaise profond. L’Armée et les Forces de l’Ordre dont le devoir est d’encadrer, peuvent se sentir débordés, en Algérie comme ailleurs, et cela peut déboucher sur des drames insupportables.Vous savez, mieux que personne, après les mouvements tunisien, libyen, égyptien que l’Algérie est exposé à un phénomène semblable. Soixante à soixante dix pour cent de la population a moins de trente ans, et attend un changement profond, aspire à une liberté plus large, une politique sociale plus ambitieuse. Si la jeunesse algérienne ne sait pas toujours ce qu’elle veut, elle sait ce qu’elle ne veut plus, ce qu’elle ne supporte plus. Les peuples n’ont jamais que le degré de Liberté que leur audace conquiert sur la peur ’’ (Stendhal).Quand la prise de conscience prend peu à peu la place de la peur et que ce phénomène de maturation est accéléré par les réseaux de communication modernes , les esprits se libèrent en se confortant les uns les autres ,et s’instille alors l’idée d’un refus du désordre établi, l’impérieuse nécessitéde faire ensemble, le choix irréversible de vivre libre ou de mourirJe n'ai en mon pouvoir que vingt-six petits soldats de plomb, les vingt-six lettres de l'alphabet : je décréterai la mobilisation, je lèverai une armée, je lutterai contre la mort. (Nikos KAZANTZAKIS-La liberté ou la mort).C’est ce long et parfois douloureux processus qui a amené une poignée d’hommes à déclencher dans la nuit du 1er novembre 1954, une insurrection historique qui sept ans plus tard débouchait sur l’indépendance. Ces hommes n’avaient aucune autre certitude que le droit à la liberté. Ils savaient qu’ils pouvaient mourir en étant arrêtés, ils avaient peu de moyens, ne disposaient pas de téléphones portables, de Facebook ou de twitter. Après cent et mille embûches leur projet a abouti, même si ces héros de la révolution Algérienne se sont vus confisqué leur œuvre au profit d’une Armée qui allait installer peu à peu une dictature de fait qui débouchera en 1988 sur la mort de jeunes étudiants algériens, tombant sous les balles de leurs propres forces de l’ordre.Vous vous inscrivez Monsieur le Président dans une histoire, celle de Monsieur Ferhat ABBAS , puis de Monsieur BENKHEDDA qui aurait du recevoir de la France les clés du pouvoir. Celle aussi de Mohammed KHEMISTI jeune et brillant Ministre des Affaires Etrangères qui,analysant pendant le peu de temps qui lui a été imparti, l’avenir de l’Algérie, appelait a la création d’un Etat moderne, multipartiste , politiquement ouvert,associé à la France et à l’Europe.Le défaut des révolutions (mais elles restent indispensables pour l’évolution des peuples) c’est qu’elles sont ensuite confisquées ou dévoyées.Et la France ne fait pas exception car il a bien fallu subir la Terreur d’abord, puis le Consulat et l’Empire avant la République.La Constitution algérienne fait de ce pays une République démocratique et populaire. Vous avez conscience,mieux que personne, qu’elle n’est pas populaire auprès du peuple et qu’elle ne le deviendra qu’en fonction d’une évolution démocratique , qui implique un Gouvernement civil, issu d’ élections libres, avec une majorité qui gouverne et une opposition qui aspire à gouverner. C’est une mission qui vous incombe car si vous n’inspirez pas personnellement cette évolution, rien ne laisse supposer qu’elle pourra se faire sans heurts et sans affrontements.’’ Je me révolte, donc nous sommes ’’( Albert CAMUS : l’homme révolté)Lorsque aucune autre voie ne se fait jour, le peuple, en vertu de son droit inaliénable à la liberté, finit par trouver dans son inconscient collectif, les ressources nécessaires à sa libération. Le début de l’insurrection algérienne répondait aussi à ce devoir de violence, légitimé par le refus systématique auquel on se heurtait depuis des décennies. FRANCE - ALGERIEJean Daniel (Nouvel Obs) natif de Blida explique que l’imbrication de l’Algérie et de la France tient au fait que la longue présence française est aujourd’hui prolongée par les millions d’algériens vivant ici. Si l’acculturation reste vivante, si malgré les désaccords ponctuels ou permanents les relations de nos deux peuples perdurent, c’est qu’il y a aussi dans le cœur de beaucoup de français cette algériannité qui ne peut laisser la population française, indifférente à ce pays.Je ne discuterais pas de l’opportunité de savoir si le bilan de la présence française en Algérie présente un bilan globalement positif ou négatif. C’est un débat dépassé qui ne sert qu’à aviver les fractures.Nos deux pays ne sauraient se passer l’un de l’autre sans en payer le prix.Si comme je l’espère la France appelle un Président de gauche en 2012, nous essaierons de faire de l’harmonisation entre l’Algérie et la France une priorité..Nous savons tous que l’Histoire est tragique mais que le véritable courage entre les Etats est de surmonter les tragédies pour harmoniser peu à peu leurs relations. Le paradoxe veut que la colonie algérienne la plus importante hors du pays, vit en France, que le peuple algérien aime ce pays et qu’ici nombre d’habitudes culturelles, musicales, culinaires ont imprégné la France. Beaucoup d’écrivains algériens écrivent en français, nombre de cinéastes tournent leurs films ici …etc.… L’Algérie était d’ailleurs représenté aux Oscars par Rachid Bouchareb avec un film à majorité française et je trouve que c’est très bien. Ne voyez, Monsieur Le Président, aucune animosité dans ce que je vous écris.C’est la manifestation d’une inquiétude, réelle, lancinante pour un pays où je suis né, que j’aime profondément et pour qui j’ai une affection profonde. Nombre de français d’Algérie ou de France souhaiteraient voir l’éclosion d’une démocratie vivante de l’autre coté de la Méditerranée ?Trop proches pour être indifférents, trop lointains pour peser sur le destin de nos frères algériens, nous espérons en vous, Monsieur Le Président, afin qu’un jour prochain nous puissions ensemble dire ces vers admirables de Louis ARAGON/Un jour pourtant, un jour viendraCouleur d’orange.
Un jour de palme, un jour
De feuillages au front,Un jour d’épaule nueOù les gens s’aimerontUn jour comme un oiseauSur la plus haute branche. Croyez, Monsieur Le Président, à l’assurance de mes sentiments respectueux et fidèles.

 

POUR QUE VIVE L’ALGERIE LETTRE A MONSIEUR ABDELAZIZ BOUTEFLIKA PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE Malheureux que nous sommes, Nous ressemblons à ces architectes sans génie Qui, méconnaissant l’art des proportions, ne Soutiennent leur ouvrage que par le fer. (St Just) Monsieur Le Président A l’heure où nos frères libyens sont entrain de se débarrasser d’une longue dictature et que vous allez bientôt célébrer l’Aid et la fin du Ramadan je souhaite vous adresser cette supplique fraternelle. Telle Athalie j’ai fait un songe qui devenait peu à peu un véritable cauchemar. Nous somme le 1er novembre 2012 et Alger la Blanche, Alger la belle, Alger la fière se parait de ses plus beaux atours pour fêter le cinquantenaire de la glorieuse révolution, qui amena l’indépendance en 1962 La veille, de tous les coins du pays, des centaines de milliers de jeunes gens et jeunes filles convergeaient vers la Capitale : En voiture, en autobus, par avion ils venaient de partout : Tamanrasset ,In Salah,Timimoun, Ghardaïa, Colomb-Béchar , Laghouat .Les trains et les routes étaient bondés. De Constantine, d’Oran, tout le pays semblait en liesse, derrière ces jeunes, heureux , ravis d’aller communier ensemble à la Gloire de ceux qui avaient libérés le pays. Cette poignée d’hommes qui au péril de leur vie avaient pris les armes pour bouter hors les murs la France, pays des lumières et de 1789, qui n’avait pas su ou pu éviter cette nuit bleue installant la sale guerre, ce long conflit de sept années que nous tenterons de camoufler derrière ce qu’on appelait pudiquement des opérations de pacification. Un service d’ordre imposant était en place pour canaliser ce mouvement impressionnant de plus d’un million de jeunes marchant vers le Monument des Martyrs sur les hauteurs d’Alger, pendant que près de cent mille autres se dirigeaient vers le Palais présidentiel. Tout à coup, comme un coup de tonnerre, les groupes, jusque là disciplinés, se mirent à hurler comme un seul homme :Boutef avec nous, l’Armée dans les casernes, Liberté, Liberté. Pris au piège de Facebook, internet, twitter, l’Armée avait sous estimé l’évènement et surtout le désir forcené de ce pays d’obtenir les changements, de secouer la chape de plomb qui régnait tant bien que mal depuis l’Indépendance. 30.000 hommes armés et casqués faisaient alors face à ces centaines de milliers de manifestants .Comment endiguer le mouvement, comment arrêter cette marée humaine qui interpellait son Président pour que leur pays soit plus vivable, plus convivial, moins policé. Vous aviez pourtant donné des consignes strictes pour que chacun garde son sang froid.Mais l’avance de la foule devenait insupportable pour ceux là même qui devaient la canaliser. Se mêlaient alors en moi les morts de 1988, puis la longue guerre civile , le massacre de Mellouza ,la liquidation de plusieurs leaders de la Révolution après le Congrès de la Soumman, les images admirables du film « Des hommes et des Dieux ‘’ de Xavier Beauvois,les gros titres de la presse de gauche française qui dénonçait la torture et un Boudiaf incantatoire qui ,le doigt pointé vers je ne sais qui, criait : ils m’ont tué, ils m’ont tué parce que je voulais que vive l’Algérie. Et soudain, devant les caméras du monde entier, venues couvrir le cinquantenaire, les échauffourées commencèrent et les coups de feu se multiplièrent. Des rafales fauchaient des filles et des garçons qui mourraient pour qui, pour quoi ? Leur seule revendication consistait à vouloir vivre dans un pays libre, où le droit prévaut sur la force. Devant l’horreur étalée sur toutes les chaines de télévision, dix vingt millions d’algériens se rassemblaient dans toutes les villes d’un bout à l’autre du pays.L’ONU, les Etats-Unis, La France et toutes les puissances du Conseil de sécurité exigeaient un arrêt immédiat des tirs sur les populations civiles. L’insurrection devenait générale et l’Algérie sombrait dans le Chaos. Dix, vint, trente mille morts ? Je ne sais pas. Je me suis réveillé en sursaut, tremblant et baigné de sueur, comme atteint de ces crises brutales de paludisme que je subissais enfant, là-bas dans mon oasis de naissance à 900 kms au Sud d’Alger. Pardon Monsieur Le Président, ce n’était qu’un songe, où Alger la Blanche était devenue rouge, éclaboussée par le sang de ses enfants, sous les tirs répétés de leur police et de leur armée.Ce n’était qu’un mauvais rêve, envahissant mon sommeil, ma tête emplie des révolutions Tunisienne, Egyptienne, Libyenne,SyrienneMais l’Algérie doit être une autre histoire. Ces millions de jeunes filles et jeunes gens (l’Algérie est un des pays les plus jeunes du monde) ,ce sont vos enfants.Vous en êtes comptable devant Dieu et devant la Communauté Internationale.Vous êtes leur garant et leur protecteur. Dois je rappeler que sous l’autorité de Houari Boumedienne, vous avez porté la Diplomatie algérienne au zénith, que le Monde entier vous considérait comme un grand Ministre des Affaires Etrangères, que vous êtes intervenu pour régler des problèmes difficiles, voire insolubles, dans toute la planète.Fort de ce prestigieux passé, nous espérions ,lorsque l’on vous a rappelé pour occuper les plus hautes fonctions, que l’Algérie sous votre autorité deviendrait une démocratie ,naturellement, en évoluant sans heurt vers une ouverture à la liberté, à l’égalité, à la justice sociale.Vous avez peu ou prou, réussi la réconciliation nationale, œuvre si méritoire après les 150.000 morts de la guerre civile .Vous dirigez un grand et beau pays, riche, cultivé et pourtant votre jeunesse ne rêve que d’une chose : partir, allez trouver ailleurs ce qu’on pourrait lui offrir chez elle.Vous devriez,Monsieur le Président, inviter cette jeunesse à participer à un grand renouvellement de la classe politique, expliquez à l’Armée que son rôle est d’assurer la Défense du territoire, que la politique appartient à des hommes et des femmes qui seraient élus,librement, clairement. LES ETATS GENERAUX DE LA JEUNESSE L’Algérie est prête pour la mise en route et l’éclosion d’un printemps démocratique pacifique. Vous pourriez convoquer des Etats Généraux de la jeunesse où débats, forums, pourraient laisser libre cours à l’expression de ceux qui sont l’avenir du pays. Sous votre Autorité des milliers de délégués venus des quatre coins de l’Algérie et aussi les algériens de la diaspora, vous diront ce qu’ils attendent,ce qu’ils souhaitent ,ce qu’ils veulent .En parrainant une telle entreprise vos réformes seront avalisées par une jeunesse impatiente, revendicative mais qui serait derrière vous.Elle appuierait et crédibiliserait tout ce que vous ferez ensuite pour mettre en œuvre la synthèse des ces débats. Nul ne saurait alors contester les réformes de fond que vous pourriez mettre en œuvre, car elles viendraient des forces vives de ce pays.-Adoption d’une nouvelle Constitution plus adaptée à la réalité algérienne d’aujourd’hui.-Réforme du code de la famille-Statut de l’Armée-Emploi, Education, encouragement à l’entreprise privée.-Formation de la fonction publique qui doit être mise au service des citoyens.Statut des femmesStatut de l’opposition qui, dans toute démocratie, est appelée à devenir (ou redevenir) majorité.Reforme de la justice dans le souci de protéger les droits de la défense.Modernisation de l’Etat et des collectivités locales.Plan de relance du Logement social à travers tout le pays, ce qui aurait pour corollaire de relancer la croissance et donc l’emploi. Monsieur le Président, la tâche est rude, longue, difficile mais il vous appartient de la mettre en marche. Et, à Dieu ne plaise, si votre santé le permet n’hésitez pas à solliciter le peuple.Il avalisera,j’en suis sûr toutes les initiatives allant dans le sens d’une ouverture politique réelle, de réformes profondes permettant d’installer en Algérie un mouvement irréversible, unegarantie pérenne de la paix civile, un élan réel vers le progrès politique,social économique et culturel .Oui ,Monsieur le Président, la route est raide mais combien exaltante pour vous, combien exemplaire pour tant d’autres nations où règnent encore la dictature,la corruption ,le mépris du droit élémentaire des peuples.L’Algérie, de part son histoire, sa géographie, sa révolution est un pays à part qui a tous les moyens d’éviter une transition sanglante LA FRACTURE SOCIALE Toute autorité même démocratiquement élue et qui se coupe de son peuple, finit par perdre sa légitimité.Depuis votre arrivée au pouvoir, l’augmentation des prix du pétrole et du gaz a donné à l’Algérie une richesse financière extraordinaire.Que fait pour le peuple, votre Gouvernement qui dispose de 150 milliards de dollars de réserves de devises ?-Le chômage est endémique. -le manque de logements perdure-le pouvoir d’achat diminue L’Armée est la seule institution organisée dans ce pays et de l’extérieur l’impression qui prime est que les seuls privilégiés sont les militaires et à un degré moindre la haute fonction publique.Ne faudrait il pas, avec la manne financière, ouvrir les crédits à la création d’entreprises privées, pour cette jeunesse instruite, cultivée et qui rêve d’entreprendre en Algérie.Cela pourrait multiplier la création de richesses, avoir une incidence réelle sur l’emploi et aider le pays à créer un tissu de PME ,PMI pour une nouvelle croissance.Relancer dans tous les secteurs d’activité une jeunesse avide d’entreprendre n’est il pas le meilleur moyen de prévenir toute révolte, tout débordement. Nul n’est éternel Monsieur le Président.Vous vous devez de laisser une trace dans l’Histoire en économisant à l’Algérie, une révolution comparable à celle de vos voisins.Et vous en avez les moyens.Je sais les réticences et les difficultés que vous rencontrez, mais le courage politique est d’imposer ce qui semble le mieux pour que le pire reste lettre morte. Combattant de la première heure au sein du prestigieux Front de libération Nationale, votre passé, votre culture, vos engagements pour la paix vous confèrent une stature vous permettant d’imposer les réformes indispensables à la progression de l’Algérie.Musulman tolérant vous ne pouvez accepter pour l’Algérie les références à la Charia, inadaptée, dépassée par l’évolution qui se fait jour autour de vous.Il n’est pas acceptable que l’on poursuive des gens en Algérie, parce qu’ils ne sont pas musulmans, parce qu’ils ne pratiquent pas. La Liberté du culte est un des fondements essentiels de la démocratie et ce serait votre honneur de rappeler ces principes fondamentaux. Si l’Islam est religion d’état, ce qui est naturel, les non croyants, les non pratiquants, les catholiques et autres tenants de croyances diverses ne doivent pas être ostracisés .Cela ne correspond pas à l’image que l’on a de vous et de ce pays.Le code de la famille n’est pas conforme à la Constitution dont vous êtes le garant. Affirmez haut et fort que tous les algériens, femmes et hommes sont égaux devant la Loi et que l’Etat n’a pas à s’immiscer dans l’organisation de la vie privée des citoyens.Vous avez été l’homme qui a ramené la paix en Algérie après les années noires .Tendre la main aux terroristes qui voulaient se réintégrer vous a valu nombre de critiques, mais l’Histoire retient d’ores et déjà que vous aviez raison, que votre analyse prospective a justement prévalu sur les tenants d’une répression à outrance. La levée de l’état d’urgence découle naturellement de cette longue marche vers la pacification des esprits, dont chacun, en Algérie, et ailleurs, reconnaît que vous avez été l’artisan et l’architecte.Il faut maintenant, avec le temps qui reste, réduire sensiblement les inégalités criantes, relever les bas salaires, encourager la création d’entreprises, car l’Etat ne peut tout faire seul sur le plan économique. LES STRUCTURES DE L’ETAT En annonçant des réformes profondes, vous ressentez aussi ce besoin de moderniser l’Etat. Les élections prévues en 2012 pourraient être le prélude à une véritable révolution politique et culturelle. Une consultation démocratique pourrait amener sous votre égide une nouvelle classe de responsables politiques, une majorité et une opposition réelles dans un parlement rénové et responsable.La presse, relativement libre aujourd’hui, pourrait se voir doter d’un statut la protégeant mais lui rappelant ses devoirs .Vous dirigez un pays où l’opposition n’a pas de place .Il vous appartient cependant de préparer l’avenir,contrairement à ceux là qui, se croyant investi à vie, ou immortels, ne pensent jamais à la continuité de l’Etat .Une simple analyse de la situation actuelle peut démontrer que si par malheur pour l’Algérie ,vous disparaissiez, personne n’a la stature voulue pour prendre la relève et assurer l’unité et garantir les libertés fondamentales. La réorganisation de l’Etat passe par la formation de grands commis, initiés au service public, convaincus dès leur formation que c’est là une noble entreprise.Hors il me semble que depuis longtemps, certains des hauts dignitaires de l’Etat ont plus pensé à eux-mêmes qu’au peuple qu’ils sont censés servir et cette dichotomie crée ce malaise lancinant qu’on perçoit en Algérie.L’Etat ne peut, sans créer des frustrations graves et durables, servir une fraction de nantis en oubliant les autres. « L’inquiétude naît du fait et le fait se multiplie ». Après cinquante ans d’indépendance, et malgré les drames qu’a vécu l’Algérie, il est temps, il est grand temps, Monsieur le Président, que l’Armée, la Police, l’Administration et les collectivités régionales et locales prennent conscience des devoirs qui leur incombent. Il faut, c’est une nécessité vitale, que ce pays marche à l’endroit et que l’ensemble des algériens et en particulier la Jeunesse puissent se rendre compte qu’on s’occupe d’eux, qu’ils ne sont pas les « laissés pour compte » dans leu propre pays. La gouvernance ,dans les différents pays arabes, devra s’adapter et changer de méthode car l’éducation de la jeunesse, l’ouverture sur le monde grâce aux moyens d’information par satellites ,le fait que cette jeunesse a grandi avec Internet déboucheront au mieux sur des réformes urgentes avec des transitions pacifiques et préalablement expliquées et où la jeunesse sera partie prenante ; où à des explosions qui pourraient amener les dirigeants les plus aveugles, à s’accrocher au Pouvoir au prix d’une répression qui déboucherait sur de véritables massacres.Epargnez cette voie à L’Algérie qui a déjà beaucoup souffert. Evitez lui des lendemains de deuil, de violence, de chaos. Une manifestation de masse est souvent une revendication issue d’un malaise profond. L’Armée et les Forces de l’Ordre dont le devoir est d’encadrer, peuvent se sentir débordés, en Algérie comme ailleurs, et cela peut déboucher sur des drames insupportables.Vous savez, mieux que personne, après les mouvements tunisien, libyen, égyptien que l’Algérie est exposé à un phénomène semblable. Soixante à soixante dix pour cent de la population a moins de trente ans, et attend un changement profond, aspire à une liberté plus large, une politique sociale plus ambitieuse. Si la jeunesse algérienne ne sait pas toujours ce qu’elle veut, elle sait ce qu’elle ne veut plus, ce qu’elle ne supporte plus. Les peuples n’ont jamais que le degré de Liberté que leur audace conquiert sur la peur ’’ (Stendhal). Quand la prise de conscience prend peu à peu la place de la peur et que ce phénomène de maturation est accéléré par les réseaux de communication modernes , les esprits se libèrent en se confortant les uns les autres ,et s’instille alors l’idée d’un refus du désordre établi, l’impérieuse nécessitéde faire ensemble, le choix irréversible de vivre libre ou de mourirJe n'ai en mon pouvoir que vingt-six petits soldats de plomb, les vingt-six lettres de l'alphabet : je décréterai la mobilisation, je lèverai une armée, je lutterai contre la mort. (Nikos KAZANTZAKIS-La liberté ou la mort).C’est ce long et parfois douloureux processus qui a amené une poignée d’hommes à déclencher dans la nuit du 1er novembre 1954, une insurrection historique qui sept ans plus tard débouchait sur l’indépendance. Ces hommes n’avaient aucune autre certitude que le droit à la liberté. Ils savaient qu’ils pouvaient mourir en étant arrêtés, ils avaient peu de moyens, ne disposaient pas de téléphones portables, de Facebook ou de twitter. Après cent et mille embûches leur projet a abouti, même si ces héros de la révolution Algérienne se sont vus confisqué leur œuvre au profit d’une Armée qui allait installer peu à peu une dictature de fait qui débouchera en 1988 sur la mort de jeunes étudiants algériens, tombant sous les balles de leurs propres forces de l’ordre.Vous vous inscrivez Monsieur le Président dans une histoire, celle de Monsieur Ferhat ABBAS , puis de Monsieur BENKHEDDA qui aurait du recevoir de la France les clés du pouvoir. Celle aussi de Mohammed KHEMISTI jeune et brillant Ministre des Affaires Etrangères qui,analysant pendant le peu de temps qui lui a été imparti, l’avenir de l’Algérie, appelait a la création d’un Etat moderne, multipartiste , politiquement ouvert,associé à la France et à l’Europe.Le défaut des révolutions (mais elles restent indispensables pour l’évolution des peuples) c’est qu’elles sont ensuite confisquées ou dévoyées.Et la France ne fait pas exception car il a bien fallu subir la Terreur d’abord, puis le Consulat et l’Empire avant la République.La Constitution algérienne fait de ce pays une République démocratique et populaire. Vous avez conscience,mieux que personne, qu’elle n’est pas populaire auprès du peuple et qu’elle ne le deviendra qu’en fonction d’une évolution démocratique , qui implique un Gouvernement civil, issu d’ élections libres, avec une majorité qui gouverne et une opposition qui aspire à gouverner. C’est une mission qui vous incombe car si vous n’inspirez pas personnellement cette évolution, rien ne laisse supposer qu’elle pourra se faire sans heurts et sans affrontements. ’’ Je me révolte, donc nous sommes ’’ ( Albert CAMUS : l’homme révolté) Lorsque aucune autre voie ne se fait jour, le peuple, en vertu de son droit inaliénable à la liberté, finit par trouver dans son inconscient collectif, les ressources nécessaires à sa libération. Le début de l’insurrection algérienne répondait aussi à ce devoir de violence, légitimé par le refus systématique auquel on se heurtait depuis des décennies. FRANCE - ALGERIE Jean Daniel (Nouvel Obs) natif de Blida explique que l’imbrication de l’Algérie et de la France tient au fait que la longue présence française est aujourd’hui prolongée par les millions d’algériens vivant ici. Si l’acculturation reste vivante, si malgré les désaccords ponctuels ou permanents les relations de nos deux peuples perdurent, c’est qu’il y a aussi dans le cœur de beaucoup de français cette algériannité qui ne peut laisser la population française, indifférente à ce pays.Je ne discuterais pas de l’opportunité de savoir si le bilan de la présence française en Algérie présente un bilan globalement positif ou négatif. C’est un débat dépassé qui ne sert qu’à aviver les fractures.Nos deux pays ne sauraient se passer l’un de l’autre sans en payer le prix.Si comme je l’espère la France appelle un Président de gauche en 2012, nous essaierons de faire de l’harmonisation entre l’Algérie et la France une priorité..Nous savons tous que l’Histoire est tragique mais que le véritable courage entre les Etats est de surmonter les tragédies pour harmoniser peu à peu leurs relations. Le paradoxe veut que la colonie algérienne la plus importante hors du pays, vit en France, que le peuple algérien aime ce pays et qu’ici nombre d’habitudes culturelles, musicales, culinaires ont imprégné la France. Beaucoup d’écrivains algériens écrivent en français, nombre de cinéastes tournent leurs films ici …etc.… L’Algérie était d’ailleurs représenté aux Oscars par Rachid Bouchareb avec un film à majorité française et je trouve que c’est très bien. Ne voyez, Monsieur Le Président, aucune animosité dans ce que je vous écris.C’est la manifestation d’une inquiétude, réelle, lancinante pour un pays où je suis né, que j’aime profondément et pour qui j’ai une affection profonde. Nombre de français d’Algérie ou de France souhaiteraient voir l’éclosion d’une démocratie vivante de l’autre coté de la Méditerranée ?Trop proches pour être indifférents, trop lointains pour peser sur le destin de nos frères algériens, nous espérons en vous, Monsieur Le Président, afin qu’un jour prochain nous puissions ensemble dire ces vers admirables de Louis ARAGON/Un jour pourtant, un jour viendraCouleur d’orange.
Un jour de palme, un jour
De feuillages au front,Un jour d’épaule nueOù les gens s’aimerontUn jour comme un oiseauSur la plus haute branche. Croyez, Monsieur Le Président, à l’assurance de mes sentiments respectueux et fidèles. POUR QUE VIVE L’ALGERIE LETTRE A MONSIEUR ABDELAZIZ BOUTEFLIKA PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE Malheureux que nous sommes, Nous ressemblons à ces architectes sans génie Qui, méconnaissant l’art des proportions, ne Soutiennent leur ouvrage que par le fer. (St Just) Monsieur Le Président A l’heure où nos frères libyens sont entrain de se débarrasser d’une longue dictature et que vous allez bientôt célébrer l’Aid et la fin du Ramadan je souhaite vous adresser cette supplique fraternelle. Telle Athalie j’ai fait un songe qui devenait peu à peu un véritable cauchemar. Nous somme le 1er novembre 2012 et Alger la Blanche, Alger la belle, Alger la fière se parait de ses plus beaux atours pour fêter le cinquantenaire de la glorieuse révolution, qui amena l’indépendance en 1962 La veille, de tous les coins du pays, des centaines de milliers de jeunes gens et jeunes filles convergeaient vers la Capitale : En voiture, en autobus, par avion ils venaient de partout : Tamanrasset ,In Salah,Timimoun, Ghardaïa, Colomb-Béchar , Laghouat .Les trains et les routes étaient bondés. De Constantine, d’Oran, tout le pays semblait en liesse, derrière ces jeunes, heureux , ravis d’aller communier ensemble à la Gloire de ceux qui avaient libérés le pays. Cette poignée d’hommes qui au péril de leur vie avaient pris les armes pour bouter hors les murs la France, pays des lumières et de 1789, qui n’avait pas su ou pu éviter cette nuit bleue installant la sale guerre, ce long conflit de sept années que nous tenterons de camoufler derrière ce qu’on appelait pudiquement des opérations de pacification. Un service d’ordre imposant était en place pour canaliser ce mouvement impressionnant de plus d’un million de jeunes marchant vers le Monument des Martyrs sur les hauteurs d’Alger, pendant que près de cent mille autres se dirigeaient vers le Palais présidentiel. Tout à coup, comme un coup de tonnerre, les groupes, jusque là disciplinés, se mirent à hurler comme un seul homme :Boutef avec nous, l’Armée dans les casernes, Liberté, Liberté. Pris au piège de Facebook, internet, twitter, l’Armée avait sous estimé l’évènement et surtout le désir forcené de ce pays d’obtenir les changements, de secouer la chape de plomb qui régnait tant bien que mal depuis l’Indépendance. 30.000 hommes armés et casqués faisaient alors face à ces centaines de milliers de manifestants .Comment endiguer le mouvement, comment arrêter cette marée humaine qui interpellait son Président pour que leur pays soit plus vivable, plus convivial, moins policé. Vous aviez pourtant donné des consignes strictes pour que chacun garde son sang froid.Mais l’avance de la foule devenait insupportable pour ceux là même qui devaient la canaliser. Se mêlaient alors en moi les morts de 1988, puis la longue guerre civile , le massacre de Mellouza ,la liquidation de plusieurs leaders de la Révolution après le Congrès de la Soumman, les images admirables du film « Des hommes et des Dieux ‘’ de Xavier Beauvois,les gros titres de la presse de gauche française qui dénonçait la torture et un Boudiaf incantatoire qui ,le doigt pointé vers je ne sais qui, criait : ils m’ont tué, ils m’ont tué parce que je voulais que vive l’Algérie. Et soudain, devant les caméras du monde entier, venues couvrir le cinquantenaire, les échauffourées commencèrent et les coups de feu se multiplièrent. Des rafales fauchaient des filles et des garçons qui mourraient pour qui, pour quoi ? Leur seule revendication consistait à vouloir vivre dans un pays libre, où le droit prévaut sur la force. Devant l’horreur étalée sur toutes les chaines de télévision, dix vingt millions d’algériens se rassemblaient dans toutes les villes d’un bout à l’autre du pays.L’ONU, les Etats-Unis, La France et toutes les puissances du Conseil de sécurité exigeaient un arrêt immédiat des tirs sur les populations civiles. L’insurrection devenait générale et l’Algérie sombrait dans le Chaos. Dix, vint, trente mille morts ? Je ne sais pas. Je me suis réveillé en sursaut, tremblant et baigné de sueur, comme atteint de ces crises brutales de paludisme que je subissais enfant, là-bas dans mon oasis de naissance à 900 kms au Sud d’Alger. Pardon Monsieur Le Président, ce n’était qu’un songe, où Alger la Blanche était devenue rouge, éclaboussée par le sang de ses enfants, sous les tirs répétés de leur police et de leur armée.Ce n’était qu’un mauvais rêve, envahissant mon sommeil, ma tête emplie des révolutions Tunisienne, Egyptienne, Libyenne,SyrienneMais l’Algérie doit être une autre histoire. Ces millions de jeunes filles et jeunes gens (l’Algérie est un des pays les plus jeunes du monde) ,ce sont vos enfants.Vous en êtes comptable devant Dieu et devant la Communauté Internationale.Vous êtes leur garant et leur protecteur. Dois je rappeler que sous l’autorité de Houari Boumedienne, vous avez porté la Diplomatie algérienne au zénith, que le Monde entier vous considérait comme un grand Ministre des Affaires Etrangères, que vous êtes intervenu pour régler des problèmes difficiles, voire insolubles, dans toute la planète.Fort de ce prestigieux passé, nous espérions ,lorsque l’on vous a rappelé pour occuper les plus hautes fonctions, que l’Algérie sous votre autorité deviendrait une démocratie ,naturellement, en évoluant sans heurt vers une ouverture à la liberté, à l’égalité, à la justice sociale.Vous avez peu ou prou, réussi la réconciliation nationale, œuvre si méritoire après les 150.000 morts de la guerre civile .Vous dirigez un grand et beau pays, riche, cultivé et pourtant votre jeunesse ne rêve que d’une chose : partir, allez trouver ailleurs ce qu’on pourrait lui offrir chez elle.Vous devriez,Monsieur le Président, inviter cette jeunesse à participer à un grand renouvellement de la classe politique, expliquez à l’Armée que son rôle est d’assurer la Défense du territoire, que la politique appartient à des hommes et des femmes qui seraient élus,librement, clairement. LES ETATS GENERAUX DE LA JEUNESSE L’Algérie est prête pour la mise en route et l’éclosion d’un printemps démocratique pacifique. Vous pourriez convoquer des Etats Généraux de la jeunesse où débats, forums, pourraient laisser libre cours à l’expression de ceux qui sont l’avenir du pays. Sous votre Autorité des milliers de délégués venus des quatre coins de l’Algérie et aussi les algériens de la diaspora, vous diront ce qu’ils attendent,ce qu’ils souhaitent ,ce qu’ils veulent .En parrainant une telle entreprise vos réformes seront avalisées par une jeunesse impatiente, revendicative mais qui serait derrière vous.Elle appuierait et crédibiliserait tout ce que vous ferez ensuite pour mettre en œuvre la synthèse des ces débats. Nul ne saurait alors contester les réformes de fond que vous pourriez mettre en œuvre, car elles viendraient des forces vives de ce pays.-Adoption d’une nouvelle Constitution plus adaptée à la réalité algérienne d’aujourd’hui.-Réforme du code de la famille-Statut de l’Armée-Emploi, Education, encouragement à l’entreprise privée.-Formation de la fonction publique qui doit être mise au service des citoyens.Statut des femmesStatut de l’opposition qui, dans toute démocratie, est appelée à devenir (ou redevenir) majorité.Reforme de la justice dans le souci de protéger les droits de la défense.Modernisation de l’Etat et des collectivités locales.Plan de relance du Logement social à travers tout le pays, ce qui aurait pour corollaire de relancer la croissance et donc l’emploi. Monsieur le Président, la tâche est rude, longue, difficile mais il vous appartient de la mettre en marche. Et, à Dieu ne plaise, si votre santé le permet n’hésitez pas à solliciter le peuple.Il avalisera,j’en suis sûr toutes les initiatives allant dans le sens d’une ouverture politique réelle, de réformes profondes permettant d’installer en Algérie un mouvement irréversible, unegarantie pérenne de la paix civile, un élan réel vers le progrès politique,social économique et culturel .Oui ,Monsieur le Président, la route est raide mais combien exaltante pour vous, combien exemplaire pour tant d’autres nations où règnent encore la dictature,la corruption ,le mépris du droit élémentaire des peuples.L’Algérie, de part son histoire, sa géographie, sa révolution est un pays à part qui a tous les moyens d’éviter une transition sanglante LA FRACTURE SOCIALE Toute autorité même démocratiquement élue et qui se coupe de son peuple, finit par perdre sa légitimité.Depuis votre arrivée au pouvoir, l’augmentation des prix du pétrole et du gaz a donné à l’Algérie une richesse financière extraordinaire.Que fait pour le peuple, votre Gouvernement qui dispose de 150 milliards de dollars de réserves de devises ?-Le chômage est endémique. -le manque de logements perdure-le pouvoir d’achat diminue L’Armée est la seule institution organisée dans ce pays et de l’extérieur l’impression qui prime est que les seuls privilégiés sont les militaires et à un degré moindre la haute fonction publique.Ne faudrait il pas, avec la manne financière, ouvrir les crédits à la création d’entreprises privées, pour cette jeunesse instruite, cultivée et qui rêve d’entreprendre en Algérie.Cela pourrait multiplier la création de richesses, avoir une incidence réelle sur l’emploi et aider le pays à créer un tissu de PME ,PMI pour une nouvelle croissance.Relancer dans tous les secteurs d’activité une jeunesse avide d’entreprendre n’est il pas le meilleur moyen de prévenir toute révolte, tout débordement. Nul n’est éternel Monsieur le Président.Vous vous devez de laisser une trace dans l’Histoire en économisant à l’Algérie, une révolution comparable à celle de vos voisins.Et vous en avez les moyens.Je sais les réticences et les difficultés que vous rencontrez, mais le courage politique est d’imposer ce qui semble le mieux pour que le pire reste lettre morte. Combattant de la première heure au sein du prestigieux Front de libération Nationale, votre passé, votre culture, vos engagements pour la paix vous confèrent une stature vous permettant d’imposer les réformes indispensables à la progression de l’Algérie.Musulman tolérant vous ne pouvez accepter pour l’Algérie les références à la Charia, inadaptée, dépassée par l’évolution qui se fait jour autour de vous.Il n’est pas acceptable que l’on poursuive des gens en Algérie, parce qu’ils ne sont pas musulmans, parce qu’ils ne pratiquent pas. La Liberté du culte est un des fondements essentiels de la démocratie et ce serait votre honneur de rappeler ces principes fondamentaux. Si l’Islam est religion d’état, ce qui est naturel, les non croyants, les non pratiquants, les catholiques et autres tenants de croyances diverses ne doivent pas être ostracisés .Cela ne correspond pas à l’image que l’on a de vous et de ce pays.Le code de la famille n’est pas conforme à la Constitution dont vous êtes le garant. Affirmez haut et fort que tous les algériens, femmes et hommes sont égaux devant la Loi et que l’Etat n’a pas à s’immiscer dans l’organisation de la vie privée des citoyens.Vous avez été l’homme qui a ramené la paix en Algérie après les années noires .Tendre la main aux terroristes qui voulaient se réintégrer vous a valu nombre de critiques, mais l’Histoire retient d’ores et déjà que vous aviez raison, que votre analyse prospective a justement prévalu sur les tenants d’une répression à outrance. La levée de l’état d’urgence découle naturellement de cette longue marche vers la pacification des esprits, dont chacun, en Algérie, et ailleurs, reconnaît que vous avez été l’artisan et l’architecte.Il faut maintenant, avec le temps qui reste, réduire sensiblement les inégalités criantes, relever les bas salaires, encourager la création d’entreprises, car l’Etat ne peut tout faire seul sur le plan économique. LES STRUCTURES DE L’ETAT En annonçant des réformes profondes, vous ressentez aussi ce besoin de moderniser l’Etat. Les élections prévues en 2012 pourraient être le prélude à une véritable révolution politique et culturelle. Une consultation démocratique pourrait amener sous votre égide une nouvelle classe de responsables politiques, une majorité et une opposition réelles dans un parlement rénové et responsable.La presse, relativement libre aujourd’hui, pourrait se voir doter d’un statut la protégeant mais lui rappelant ses devoirs .Vous dirigez un pays où l’opposition n’a pas de place .Il vous appartient cependant de préparer l’avenir,contrairement à ceux là qui, se croyant investi à vie, ou immortels, ne pensent jamais à la continuité de l’Etat .Une simple analyse de la situation actuelle peut démontrer que si par malheur pour l’Algérie ,vous disparaissiez, personne n’a la stature voulue pour prendre la relève et assurer l’unité et garantir les libertés fondamentales. La réorganisation de l’Etat passe par la formation de grands commis, initiés au service public, convaincus dès leur formation que c’est là une noble entreprise.Hors il me semble que depuis longtemps, certains des hauts dignitaires de l’Etat ont plus pensé à eux-mêmes qu’au peuple qu’ils sont censés servir et cette dichotomie crée ce malaise lancinant qu’on perçoit en Algérie.L’Etat ne peut, sans créer des frustrations graves et durables, servir une fraction de nantis en oubliant les autres. « L’inquiétude naît du fait et le fait se multiplie ». Après cinquante ans d’indépendance, et malgré les drames qu’a vécu l’Algérie, il est temps, il est grand temps, Monsieur le Président, que l’Armée, la Police, l’Administration et les collectivités régionales et locales prennent conscience des devoirs qui leur incombent. Il faut, c’est une nécessité vitale, que ce pays marche à l’endroit et que l’ensemble des algériens et en particulier la Jeunesse puissent se rendre compte qu’on s’occupe d’eux, qu’ils ne sont pas les « laissés pour compte » dans leu propre pays. La gouvernance ,dans les différents pays arabes, devra s’adapter et changer de méthode car l’éducation de la jeunesse, l’ouverture sur le monde grâce aux moyens d’information par satellites ,le fait que cette jeunesse a grandi avec Internet déboucheront au mieux sur des réformes urgentes avec des transitions pacifiques et préalablement expliquées et où la jeunesse sera partie prenante ; où à des explosions qui pourraient amener les dirigeants les plus aveugles, à s’accrocher au Pouvoir au prix d’une répression qui déboucherait sur de véritables massacres.Epargnez cette voie à L’Algérie qui a déjà beaucoup souffert. Evitez lui des lendemains de deuil, de violence, de chaos. Une manifestation de masse est souvent une revendication issue d’un malaise profond. L’Armée et les Forces de l’Ordre dont le devoir est d’encadrer, peuvent se sentir débordés, en Algérie comme ailleurs, et cela peut déboucher sur des drames insupportables.Vous savez, mieux que personne, après les mouvements tunisien, libyen, égyptien que l’Algérie est exposé à un phénomène semblable. Soixante à soixante dix pour cent de la population a moins de trente ans, et attend un changement profond, aspire à une liberté plus large, une politique sociale plus ambitieuse. Si la jeunesse algérienne ne sait pas toujours ce qu’elle veut, elle sait ce qu’elle ne veut plus, ce qu’elle ne supporte plus. Les peuples n’ont jamais que le degré de Liberté que leur audace conquiert sur la peur ’’ (Stendhal). Quand la prise de conscience prend peu à peu la place de la peur et que ce phénomène de maturation est accéléré par les réseaux de communication modernes , les esprits se libèrent en se confortant les uns les autres ,et s’instille alors l’idée d’un refus du désordre établi, l’impérieuse nécessitéde faire ensemble, le choix irréversible de vivre libre ou de mourirJe n'ai en mon pouvoir que vingt-six petits soldats de plomb, les vingt-six lettres de l'alphabet : je décréterai la mobilisation, je lèverai une armée, je lutterai contre la mort. (Nikos KAZANTZAKIS-La liberté ou la mort).C’est ce long et parfois douloureux processus qui a amené une poignée d’hommes à déclencher dans la nuit du 1er novembre 1954, une insurrection historique qui sept ans plus tard débouchait sur l’indépendance. Ces hommes n’avaient aucune autre certitude que le droit à la liberté. Ils savaient qu’ils pouvaient mourir en étant arrêtés, ils avaient peu de moyens, ne disposaient pas de téléphones portables, de Facebook ou de twitter. Après cent et mille embûches leur projet a abouti, même si ces héros de la révolution Algérienne se sont vus confisqué leur œuvre au profit d’une Armée qui allait installer peu à peu une dictature de fait qui débouchera en 1988 sur la mort de jeunes étudiants algériens, tombant sous les balles de leurs propres forces de l’ordre.Vous vous inscrivez Monsieur le Président dans une histoire, celle de Monsieur Ferhat ABBAS , puis de Monsieur BENKHEDDA qui aurait du recevoir de la France les clés du pouvoir. Celle aussi de Mohammed KHEMISTI jeune et brillant Ministre des Affaires Etrangères qui,analysant pendant le peu de temps qui lui a été imparti, l’avenir de l’Algérie, appelait a la création d’un Etat moderne, multipartiste , politiquement ouvert,associé à la France et à l’Europe.Le défaut des révolutions (mais elles restent indispensables pour l’évolution des peuples) c’est qu’elles sont ensuite confisquées ou dévoyées.Et la France ne fait pas exception car il a bien fallu subir la Terreur d’abord, puis le Consulat et l’Empire avant la République.La Constitution algérienne fait de ce pays une République démocratique et populaire. Vous avez conscience,mieux que personne, qu’elle n’est pas populaire auprès du peuple et qu’elle ne le deviendra qu’en fonction d’une évolution démocratique , qui implique un Gouvernement civil, issu d’ élections libres, avec une majorité qui gouverne et une opposition qui aspire à gouverner. C’est une mission qui vous incombe car si vous n’inspirez pas personnellement cette évolution, rien ne laisse supposer qu’elle pourra se faire sans heurts et sans affrontements. ’’ Je me révolte, donc nous sommes ’’ ( Albert CAMUS : l’homme révolté) Lorsque aucune autre voie ne se fait jour, le peuple, en vertu de son droit inaliénable à la liberté, finit par trouver dans son inconscient collectif, les ressources nécessaires à sa libération. Le début de l’insurrection algérienne répondait aussi à ce devoir de violence, légitimé par le refus systématique auquel on se heurtait depuis des décennies. FRANCE - ALGERIE Jean Daniel (Nouvel Obs) natif de Blida explique que l’imbrication de l’Algérie et de la France tient au fait que la longue présence française est aujourd’hui prolongée par les millions d’algériens vivant ici. Si l’acculturation reste vivante, si malgré les désaccords ponctuels ou permanents les relations de nos deux peuples perdurent, c’est qu’il y a aussi dans le cœur de beaucoup de français cette algériannité qui ne peut laisser la population française, indifférente à ce pays.Je ne discuterais pas de l’opportunité de savoir si le bilan de la présence française en Algérie présente un bilan globalement positif ou négatif. C’est un débat dépassé qui ne sert qu’à aviver les fractures.Nos deux pays ne sauraient se passer l’un de l’autre sans en payer le prix.Si comme je l’espère la France appelle un Président de gauche en 2012, nous essaierons de faire de l’harmonisation entre l’Algérie et la France une priorité..Nous savons tous que l’Histoire est tragique mais que le véritable courage entre les Etats est de surmonter les tragédies pour harmoniser peu à peu leurs relations. Le paradoxe veut que la colonie algérienne la plus importante hors du pays, vit en France, que le peuple algérien aime ce pays et qu’ici nombre d’habitudes culturelles, musicales, culinaires ont imprégné la France. Beaucoup d’écrivains algériens écrivent en français, nombre de cinéastes tournent leurs films ici …etc.… L’Algérie était d’ailleurs représenté aux Oscars par Rachid Bouchareb avec un film à majorité française et je trouve que c’est très bien. Ne voyez, Monsieur Le Président, aucune animosité dans ce que je vous écris.C’est la manifestation d’une inquiétude, réelle, lancinante pour un pays où je suis né, que j’aime profondément et pour qui j’ai une affection profonde. Nombre de français d’Algérie ou de France souhaiteraient voir l’éclosion d’une démocratie vivante de l’autre coté de la Méditerranée ?Trop proches pour être indifférents, trop lointains pour peser sur le destin de nos frères algériens, nous espérons en vous, Monsieur Le Président, afin qu’un jour prochain nous puissions ensemble dire ces vers admirables de Louis ARAGON/Un jour pourtant, un jour viendraCouleur d’orange.
Un jour de palme, un jour
De feuillages au front,Un jour d’épaule nueOù les gens s’aimerontUn jour comme un oiseauSur la plus haute branche. Croyez, Monsieur Le Président, à l’assurance de mes sentiments respectueux et fidèles.

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