Les schémas importés et la Corse éternelle

L’énième épisode des chroniques du racisme ordinaire qui a focalisé les médias, à juste titre, sur ce qui s’est passé dans le Fiumorbu a une fois de plus fait tomber les masques dans la rue et sur les réseaux sociaux. C’est souvent durant des épisodes de crispations que l’on voit se préciser le discours chez nos compatriotes plus ou moins cultivés, y compris dans le Mouvement National.

D’aucuns tenants de la Corse éternelle, Patrie aussi monolithique que la pierre des Stantari érigés par les anciens, renvoient dos à dos les racistes et non-racistes au motif que ces postures sont héritées de débats venus d’ailleurs. Le combat contre le racisme serait ainsi archaïque, car ne prenant pas en compte la nécessité pour le peuple Corse de devoir maîtriser ses flux migratoires. Et bien sur, tout ceci est dit sans haine, mais au nom de la raison, d’une façon de raisonner relevant de la Corse éternelle. Ainsi les clivages Droite / Gauche, quelles que soient les questions de société à traiter, n’existeraient pas non plus dans la Corse éternelle, ces oppositions seraient le fruit de schémas importés. 
On peut pousser le raisonnement encore plus loin. Il semblerait que la Corse, ne fasse pas partie du Monde, ni de l’Humanité, elle a une faculté spécifique sur Terre de pouvoir générer une pensée propre et spontanée su-generis, un mode de pensé unique pour chaque individu éclos spontanément du granit insulaire, une pensée caractérisée par l’absence d’idéologie, car la aussi, la société corse et ses rapports sociaux seraient spontanés, ils émergeraient naturellement, sans idées précises, autour du consensus fraternel d’une Culture de la Corse éternelle.

Trêves de stupidités crasses.

De tous temps les Corses ont été des êtres humains comme les autres, et de ce fait, ont eu des idées, des débats, des confrontations, des échanges, pacifiques ou violents, voire très violents. Les clivages sociaux et de pensée ont toujours existé en Corse, comme ailleurs. La référence à un socle culturel commun, à des codes et liens sociaux spécifiques, à une langue et une histoire commune, ne changent rien à l’affaire. L’histoire et l’héritage patrimonial illustre parfaitement les affrontements idéologiques terribles qui se jouent entre intellectuels corses.
George Orwell le disait bien dans son roman 1984 ; « Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent, contrôle le passé», la réécriture de l’histoire est un enjeu politique permanent.

Oui le peuple corse existe et à des droits politiques et culturels légitimes dans le concert des Nations, mais le Peuple Corse ne souffre d’aucune tare en particulier qui fasse qu’il serait le seul peuple sur Terre à ne pas avoir une Culture qui évolue et qui se nourrisse aussi d’idées différentes en son sein, ou venues d’ailleurs. Si ce n’était pas le cas ont brulerait toujours les sages-femmes pour sorcellerie place de Brandu ou dans d’autres villages.
En d’autres temps, Quand les Paesani de l’intérieur n’ont plus supporté l’oppression féodale ils ont brulé les Castelli et les seigneurs Cortinchi avec ! S’agissait-il d’une aspiration populaire profonde en Corse ou de la contamination d’un schéma importé sur fond de jacqueries paysannes en Europe ? Mais peu importe en définitive ! Car ce qui compte le plus pour les Corses, c’est la libre détermination à partir de principes d’action qu’ils jugent justes et universels, et conformes à leurs intérêts. Va-t-on arrêter de rouler en Corse parce que la roue n’a pas été inventée en Corse ? Les arguments des tenants de la Corse éternelle ne résistent pas à l’analyse. Il s’agît d’une invention, d’un mythe, d’une vaste escroquerie intellectuelle qui tente de faire croire au Peuple Corse qu’il ne peut y avoir qu’une façon de penser en Corse : La leur. Et souvent cet enfumage de masse sert à masquer leurs véritables stratégies et choix idéologiques.

Et pourtant, tout en dénonçant les façons de penser venues d’ailleurs, ils précisent une piste d’action ; la maîtrise des flux migratoires, chères aux gouvernements libéraux d’Europe. Nous ne serions plus menacés par les colons mais par les hordes d’immigrés.
Et là, en l’absence de droit de légiférer, on aimerait bien qu’ils nous expliquent comment maîtriser ces flux, si tant est que ce soit vraiment le véritable fond du problème. 
L’Europe sécuritaire de Schengen, après avoir spolié et appauvrit les peuples d’Afrique, s’y essaye et l’on voit ce que ça donne. Demander l’effacement de la dette et soutenir ces peuples leur semble être un propos de bobo démagogique, pseudopode-gauchiasse, ou droit-de-l’hommiste maçon, non, mieux vaut fantasmer sur un contrôle aux frontières d’une nation vaincue et pour l’heure sans droits. 
Techniquement, à part soutenir la police et l’armée de l’Etat Colonial, que proposent-ils ? On a bien compris qu’il ne s’agît pas là des 1,5 millions de retraités nord européens qui veulent s’acheter une résidence secondaire en Corse, et que l’on tente de juguler par un hypothétique Statut de Résident. Non, il s’agît bien des flux de main d’œuvre immigrée. Des crèves faims qui viennent gratter quelques euros en Corse, aussi bien issus du Continent Européen, qu’Africain. Donc, la question se repose à nouveau, techniquement, dans leur guerre contre la déferlante miséreuse, que proposent-ils ? Rien… Rien de précis.

On ne s’oppose pas à la misère en combattant les miséreux mais en combattant ceux qui la fabriquent et qui l’entretiennent. Quid de tous ces patrons corse ou non-corses dans l’île qui maintiennent leur traite esclavagiste pour alimenter des pans entiers de l’économie du BTP et du Tourisme ? Pardonnez pour cet écart de langage, il ne faut plus dire patrons mais plutôt socioprofessionnels, contrairement aux salariés, ces grands imbéciles immatures, qui ne sont pas eux des professionnels de la société et de l’économie.

L’électeur FN venu ou revenu de France pour profiter de sa villa est bien content qu’elle soit construite par l’ouvrier Marocain, Portugais, Polonais ou Roumain. Il se moque de leurs conditions de travail, il se moque de la faillite de nombreux petits artisans corses, mais il ne supporte pas de croiser les fils de ces ouvriers sur le chemin de l’école. 
Mais il ne faut pas dire du mal de ces esclavagistes là, car la aussi, il n’y pas de profiteurs et d’exploités en Corse, ils n’y a que des enfants de la Corse éternelle. Semu tutti fratelli ! 
Les écarts de richesses revenus au niveau du XIX ème siècle dans notre île, ce n’est qu’une invention, là aussi, un schéma importé de la grille d’analyse de l’INSEE.

En définitive, toutes ces circonvolutions sémantiques des tenants d’une pensée unique de la Corse éternelle, ne relèvent que d’une prose destinée à gangréner tout système de pensée critique et individuelle en Corse. Tous et Toutes doivent se fondre dans le moule de la Corse éternelle, de celle des dominants et des profiteurs, de celle qui avance masquée pour servir ses propres intérêts au détriment du Peuple Corse.
Les héritiers di A Terra di u Cumunu ont le devoir de mettre en échec ces escrocs, vecteurs d’un schéma bien connu des fascistes italiens et des péronistes argentins : Le Populisme.

Desideriu Ramelet Stuart

Militant pour le Droit à l'Autodétermination du Peuple Corse (A Manca)

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