Réponse à Macron : «Ne me dites pas qu'on est foutus»

Le président Macron, en visite à Amiens le 21 novembre 2019, a tenu à rassurer les étudiants : "Ne me dites pas qu'on est foutus en 2050" a-t-il lancé. On pourrait rétorquer ironiquement : "Il a raison, ça sera avant !". Un certain pessimisme pourrait être de rigueur, notamment quand on constate l'inaction de tout gouvernement face au désastre écologique en cours.

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 « Ne me dites pas, vous, qu’on est foutus en 2050 », a lancé Emmanuel Macron à des étudiants qui l’interrogeaient sur l’écologie, jeudi à l’université Jules-Verne d’Amiens où il effectuait une visite de deux jours.

« On peut être lucide sur les conséquences, dire on n’est pas dans la trajectoire, mais pas dire on est foutus, (…), ça jamais », a-t-il ajouté, estimant que « le temps de l’indignation, c’était du temps du président Chirac » qui avait déclaré: « la maison brûle ».

Et pourtant, le temps de l'indignation n'est pas passé, il ne fait que commencer. Car les jeunes ne sont pas seulement lucides "sur les conséquences", ils sont lucides sur les causes : si les écosystèmes s'effondrent, c'est à cause de leur intense exploitation économique.

Macron contribue à cette exploitation économique de la nature de toutes ses forces en prônant la croissance, en favorisant à tour de bras la compétition internationale autour de l'échange des produits les plus rentables au mépris de tout impératif écologique, en ne laissant à la majorité des gens que l'alternative entre un travail de misère et une misère sans travail.

A quoi doivent servir les jeunes selon Macron ? Ils doivent être le simple auxiliaire d'un pouvoir qui ne fait pourtant rien pour l'écologie : « Cette mobilisation de la jeunesse pour le climat, on en a besoin » pour « la convertir en action », dit-il. Une action qui se fait attendre, et qui ne viendra jamais, car le gouvernement privilégiera toujours les impératifs économiques sur l'écologie.

La vérité est que si Macron a "besoin" des jeunes, nous les jeunes, nous n'avons pas besoin de lui. On ne construira jamais une société écologique main dans la main avec ce gouvernement. Cela ne pourra se faire que par des états généraux de l'écologie, ou un processus révolutionnaire démocratique de cette sorte, par lequel les citoyens reprendront eux-mêmes en main leur avenir collectivement. Car alors il leur faudra s'opposer à de puissants intérêts capitalistes qui ne se laisseront pas faire, et qui tiendront à la gorge même le gouvernement le plus volontariste et bien intentionné (si cela pouvait exister).

Il donc important que la mobilisation de la jeunesse reste « une indignation et une colère ou en quelque sorte un catastrophisme », contrairement à ce que dit le chef de l’Etat. Ce pessimisme lucide est la seule manière de ne pas se laisser bercer par les promesses que les gouvernements nous font depuis 50 ans, alors que tout s'aggrave. Tout le pouvoir aux pessimistes !

 

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