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Billet de blog 14 oct. 2013

FN: quand les médias se font complices pour promouvoir le FN et assurer ainsi la main mise politique de l'UMP/PS

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LES LIMITES DU SYSTÈME POLITIQUE FRANÇAIS : QUAND L'ABSTENTION DEVIENT UN CRITÈRE DÉTERMINANT - par Régis CHAMAGNE

8 octobre 2013, 03:22

Le système politique français, tel qu'il s'est peu à peu affiné en dévoyant progressivement la philosophie des institutions de la Vème République, peut être schématisé de la façon suivante :

  • un parti unique qui se maintient continuellement au pouvoir, sous couvert d'alternance entre son côté pile et son côté face, et par l’entretien de querelles secondaires mais très clivantes et très médiatisées (débat sur l'identité nationale, mariage pour tous, etc.). Ce parti unique, dont la ligne politique, fixée par l’Union européenne, est ultra-libérale en économie et euro-atlantiste en politique extérieure, c'est l'UMP-PS ;
  • des réceptacles de mécontents, à gauche et à droite, qui canalisent les électeurs authentiquement de gauche déçus par le PS, et les électeurs authentiquement de droite déçus par l'UMP. Ces réceptacles sont le Front de Gauche et le NPA d'un côté ; le Front National et DLR de l'autre. Ces réceptacles ont des caractéristiques bien précises : être suffisamment répulsifs (FdG, FN) ou marginaux (NPA, DLR) pour ne jamais risquer d'atteindre les sommets. C'est à cela que servent, d'un côté l'attitude agressive de Jean-Luc Mélenchon - qui défie l'entendement et désespère certains de ses électeurs -, de l’autre côté les saillies provocatrices et récurrentes de la famille Le Pen - qui sont conçues pour rendre délibérément odieux, par amalgame, la nation française et le drapeau tricolore à quelque 80% des électeurs.

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Ultramédiatisation et sketch de l'indignation simulée pour le FN d'un côté.

Censure médiatique impitoyable de l'UPR de l'autre côté.

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Au passage, quand un parti tel que l'UPR entre en scène, le Système, soudain, ne rigole plus.

Pas question que le Système accorde à l’UPR le millième du traitement promotionnel inouï qu'il demande à ses médias de donner au FN. Ce traitement promotionnel qui consiste à faire semblant de s'offusquer du pseudo croque-mitaine FN tandis qu'on lui déploie quotidiennement le tapis rouge dans les médias pour mieux en assurer sa promotion dans l’opinion.

Pour l’UPR, le traitement est différent : on l’interdit de média purement et simplement, ou alors on le calomnie effrontément et on l’insulte, sans nous accorder de droit de réponse proportionné, comme ce fut le cas lors de l'élection législative partielle dans le Lot-et-Garonne par le journal Sud-Ouest.

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Un grain de sable nommé abstention

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Tout ce beau mécanisme d'horlogerie fonctionnait parfaitement depuis le début des années 80. Car, le peuple français étant plutôt fortement politisé par rapport à d'autres, le taux de participation électoral traditionnellement élevé assurait sans problème l'accession à tour de rôle de l'une des deux faces du parti unique européiste UMP-PS.

Mais voilà ! Tout système recèle ses propres failles. Et la faille de ce système-là réside précisément dans l'abstention.

Il suffit en effet que le niveau de participation global s'effondre - parce que la grande masse des électeurs sont dégoûtés de la politique – mais que les électeurs du FdG ou du FN se mobilisent davantage que les autres, pour que les scores relatifs de ces deux partis, et notamment du FN, atteignent les sommets.

Le premier tour de l’élection cantonale partielle de Brignoles, le dimanche 6 octobre 2013, vient de nous en offrir un nouvel exemple.

À l'issue du premier tour, les médias dominants ont annoncé à grands sons de trompe une nouvelle « progression » du FN, en soulignant - les yeux exorbités d’effroi comme il se doit - que le parti lepéniste atteignait 40,4% des suffrages. On a vu ressortir, du magasin de farces et attrapes des commentateurs politiques, le sketch habituel sur « le retour des chemises brunes » et les trémolos sur les « heures les plus sombres ».

LA PROMOTION DU FN - PAR LA TECHNIQUE DE L'EFFROI SIMULÉ - TOURNE AU GRAND-GUIGNOL. JUSQU'À QUAND 18% DES FRANÇAIS VONT-ILS TOMBER DANS LE PANNEAU ?

Ce dessin a été publié sur le site Internet du Nouvel Observateur le 7 juin 2013.

Sous couvert de simuler l'effroi devant le FN, le magazine "bobo" détenu par le milliardaire Claude Perdriel en assure bien au contraire la promotion : il veut faire croire aux Français que le FN terroriserait le Système, et donc qu'il en serait le véritable opposant.

C'est évidemment une terreur pour rire. Si le Nouvel Obs (et Claude Perdriel) voulait réellement combattre le FN, il ne publierait nullement ce dessin grand-guignolesque et trompeur ; il publierait au contraire notre analyse qui montre, chiffres à l'appui, que le FN reste l'impasse qu'il est depuis 41 ans puisqu'il ne parvient décidément pas à capter d'autres électeurs que ceux qui votent traditionnellement pour lui.

Si le FN est promu à ce point dans les médias du Système, c'est parce que le parti lepéniste sert justement parfaitement ce Système euro-atlantiste : d'une part en salissant depuis 30 ans tout débat sur la souveraineté nationale par l'amalgame avec des rhétoriques d'extrême-droite, d'autre part en se complaisant dans une dénonciation des immigrés et de l'islam qui enchante les partisans du "Choc des civilisations".   

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La supercherie de la prétendue « percée » du FN

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Mais à y regarder de plus près, les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être.

Normand Baillargeon, dans son ouvrage intitulé « Petit cours d'autodéfense intellectuelle », écrit que l'un des premiers outils d'autodéfense consiste à savoir compter afin de démasquer les trompe-l’œil.

Alors comptons !

Comparons ce premier tour d'élection cantonale partielle au premier tour de la précédente, le 25 juin 2012 :

  • le 25 juin 2012, il y avait 20 881 inscrits dans la circonscription cantonale, 7 825 électeurs s’étaient exprimés et le FN y avait recueilli 2 734 voix.
  • hier, 6 octobre 2013, il y avait 20 728 inscrits dans cette même circonscription cantonale, 6 728 électeurs se sont exprimés, et le FN y a recueilli 2 718 voix.

Ainsi donc, et dans l'absolu, le FN a… perdu 16 voix. Sacrée percée !

Néanmoins, par rapport au nombre d'inscrits (dont le nombre a décru de 153 voix, soit -0,7 points) – et c'est là que l'on mesure la progression ou non des idées – le FN est passé de 13,09% des inscrits à 13,11%, soit une progression de… +0,02 points !

Alors qu’il ne se passe pas de jour où l'on ne voie Mme Le Pen ou M. Philippot invités sur tous les plateaux de télévision et de radios et dans toute la presse écrite, et alors qu’il ne se passe pas de semaine où l’un des commentateurs de la politique française agréés par le Système ne vienne nous certifier que le FN a « changé » et qu'il est en pleine ascension, cette progression quasi-nulle, de +0,02 points du pourcentage des électeurs inscrits, révèle soudain toute la supercherie du discours dominant sur la « percée » du FN.

Le Parisien agit comme le Nouvel Observateur, et va même à faire de cette élection partielle la Une de son numéro du mardi 8 octobre, 48 heures après le scrutin. On notera la mise en page : exactement sous le titre trompeur concernant le FN, le journal indique que Nicolas Sarkozy vient d'obtenir un non-lieu, ce qui pourrait lui permettre de revenir en politique... Sous-entendu : il va falloir que Sarkozy revienne pour éviter l'arrivée au pouvoir de la « Bête immonde.» La « médiabolisation » du FN comme croque-mitaine pour assurer la pérennité du Système UMP-PS ne saurait trouver de meilleure illustration.

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La vérité de la désertion des urnes

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Si évolution importante il y a, c'est en revanche dans le taux des suffrages exprimés par rapport aux inscrits qu'il faut aller la chercher. Ce taux s’effondre de 37,47% à 32,46% (-5 points).

C'est lui qui provoque le trompe-l’œil que les médias nous jettent à la figure, c'est lui qui fait passer le FN de 34,94% à 40,40% des bulletins exprimés, c’est lui qui permet aux médias de disserter faussement sur une prétendue « percée » du FN.

En réalité, il n'en est absolument rien. Le FN est stable à haut niveau. Sa progression relative vient simplement du fait que ses électeurs se mobilisent comme d'habitude pour aller voter, alors que les autres ont perdu leur motivation. Dit autrement, cela signifie aussi que, contrairement à ce que veulent faire croire les grands médias du Système avec une gourmandise faussement horrifiée, le FN n'arrive pas à mobiliser de façon significative au-delà de son étiage maximal.

Pour les autres partis, la désertion des urnes prend des allures de Bérésina.

Ainsi, l'UMP ne recueille que 6,74% des inscrits.

Ainsi le PCF et EELV recueillent à eux deux 7,61% des inscrits.

Mais cela, aucun média ne vous le dira ! Aucun média ne vous dira qu'à Brignoles, l'UMP est loin sous la barre de 10% des inscrits, de même que le PCF et EELV réunis.

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Conclusion : la France en attente d'autre chose

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Confirmant ce que l'on a pu mesurer lors d’autres élections partielles, les véritables enseignements de l’élection cantonale partielle de Brignolles sont donc bien différents de ce que l’on veut nous faire croire.

Ces enseignements sont :

  • que le peuple français est écœuré de la politique menée par le parti unique UMP-PS,
  • qu'il refuse pour autant de voter davantage pour les extrêmes,
  • que la campagne de promotion inouïe du FN n’embraye pas en profondeur sur l’opinion,
  • que les électeurs préfèrent se réfugier massivement dans l'abstention plutôt que de voter pour la SARL LE PEN,
  • et donc que l'opinion publique attend que les médias veuillent bien lui présenter une offre politique radicalement nouvelle. Ce que, justement le Système ne veut à aucun prix.

Tant que les grands médias verrouilleront l'offre politique présentée aux Français, l'abstention ne fera sans doute que grimper. L’abstention devient ainsi une arme, pour prendre à son propre jeu la mécanique trop bien huilée du Système.

Régis CHAMAGNE

Colonel (E.R.) de l'Armée de l'air et stratège militaire.

Responsable national de l'UPR pour les questions de Défense.

8 octobre 2013

https://www.facebook.com/notes/fran%C3%A7ois-asselineau-union-populaire-r%C3%A9publicaine/les-limites-du-syst%C3%A8me-politique-fran%C3%A7ais-quand-labstention-devient-un-crit%C3%A8re-d/10151633417157038

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