Osons une Europe à deux vitesses

L’Europe est la première économie mondiale. Elle a apporté la paix, mais son identité reste floue et sa vie démocratique insuffisante. Face à la crise, elle a surtout répondu par des cures d’austérité et une surveillance accrue des Etats. Tout serait différent si la zone euro avait un vrai gouvernement et un vrai budget. Elle pourrait mieux piloter son économie et en finir avec la concurrence fiscale et sociale. Elle deviendrait un acteur international majeur.

L’Europe est la première économie mondiale. Elle a apporté la paix, mais son identité reste floue et sa vie démocratique insuffisante. Face à la crise, elle a surtout répondu par des cures d’austérité et une surveillance accrue des Etats. Tout serait différent si la zone euro avait un vrai gouvernement et un vrai budget. Elle pourrait mieux piloter son économie et en finir avec la concurrence fiscale et sociale. Elle deviendrait un acteur international majeur.

 Dans le futur, aucune nation européenne, même la plus importante, ne pourra faire jeu égal avec les très grands de la planète. Par contre :

- Seule une Europe politique comptera grâce à son poids économique, à la dynamique des liens tissés entre ses membres, à la force de sa diversité et à la variété de ses cultures.

- Seule une Europe politique sera apte à répondre aux immenses enjeux qui vont de l’environnement à la régulation de la finance en passant par une croissance soutenable, une agriculture responsable et la lutte contre le chômage, la pauvreté et l’exclusion.

- Seule une Europe politique nous fera sortir d’une concurrence fiscale et sociale qui ronge la solidarité et promeut l’individualisation des risques.

- Seule une Europe politique pourra s’émanciper des normes ultralibérales et choisir d’édifier un modèle économique et social plus apaisé.

 La voie pour bâtir une société solidaire, porteuse de progrès social et capable de relever les grands défis mondiaux passe par une zone euro politique. Les Etats garderaient des prérogatives et des pouvoirs. Mais unis, ils seraient bien plus forts. Cette Europe puissance, fondée sur la cohésion et la démocratie, aurait les moyens de protéger ses Etats membres et ses citoyens.

 La zone euro est clairement au milieu du gué. Une avancée résolue vers une vraie intégration politique permettrait de sortir des difficultés actuelles et de préparer l’avenir avec confiance. L’immense majorité des citoyens européens aspire aujourd’hui à une Europe plus attentive à leur bien-être économique et social, plus démocratique et plus forte dans le monde. Mais pour aller concrètement dans ce sens, il faut changer les traités, avec audace et conviction.

 Franchir le pas vers une zone euro véritablement politique peut sembler une utopie. Mais, en regardant de plus près, c’est le choix le plus réaliste pour sortir l’Europe de ses ornières actuelles. Nous savons que des tentations de replis nationaux existent. Celles-ci traduisent des inquiétudes, des peurs et des déceptions. Mais ne jouons pas avec le feu car un détricotage de l’Europe provoquerait : des crises de change avec la disparition de l’euro, la fin des politiques communes qui soutiennent des secteurs et instaurent des solidarités, une guerre économique exacerbée entre les anciens partenaires, un émiettement des pouvoirs nationaux dans la géopolitique mondiale et le retour aux vieilles rivalités entre les Etats.

 La crise actuelle montre les limites de l’Europe. Il est grand temps d’agir. La nécessaire refondation de la construction européenne a peu de chance d’être initiée par les Chefs d’Etat et de gouvernement encapsulés dans leurs préoccupations nationales. Comme dit le proverbe : on a rarement vu les dindes envoyer les invitations pour le repas de Noël. Mais l’histoire nous donne rendez-vous. Nous allons élire un nouveau Parlement européen. Celui-ci incarne l’instance démocratique par excellence. Il représente cinq cent millions de citoyens. C’est donc à lui qu’incombe la mission de faire, enfin, aboutir l’intégration européenne. Au cours de sa nouvelle mandature il aura cinq années pour préparer une proposition précise. Ce texte fondateur devrait être soumis, le même jour, par référendum aux Etats membres. Cette procédure permettrait de dessiner démocratiquement les contours d’une Europe à deux vitesses (ou deux cercles).

 Le Parlement européen est en capacité de préparer une Europe à deux vitesses. Pour cela, il doit avoir le courage, au nom de la démocratie européenne, de s’émanciper des traités actuels. En votant pour les partis qui ne souhaitent pas déconstruire l’Europe, nous pouvons pousser le Parlement européen à prendre l’Europe politique au sérieux. Mais il faut le lui demander haut et fort.

 

P.S. Ce texte reprend des thèmes développés dans mon ouvrage « Comprendre le débat européen - Petit guide à l’usage des citoyens qui ne croient plus à l’Europe », Editions-Points, 2014. Le dernier chapitre propose d’interpeler concrètement le Parlement européen à travers une pétition dont voici le lien : 

http://www.avaaz.org/fr/petition/Parlement_europeen_Pour_une_Europe_Politique/?neNUqhb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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