Pourquoi voter le 25 mai ?

Michel Dévoluy, Professeur émérite à l’Université de Strasbourg

Chaire Jean Monnet d’économie européenne

 

A quoi sert l’Europe ?  Que faire le 25 mai ? Les grands partis sont frileux et n’ouvrent pas le débat sur une Europe de type fédéral. Le choix semble restreint entre le démantèlement de l’Union et la poursuite du modèle actuel. Faut-il alors renoncer à voter ? Non, car rester passif fait le jeu des partisans du repli sur l’Etat nation. Agissons.

Les souverainistes proposent une déconstruction de l’Europe. Cette voie est simpliste, rétrograde et périlleuse. Retourner aux devises nationales aboutirait automatiquement à une guerre des monnaies : croit-on que la France ferait ses dévaluations compétitives sous le regard bienveillant des autres ? Les divorces sont rarement calmes. Les Etats européens connaîtraient vite une concurrence fiscale et sociale plus féroce qu’actuellement. Et les perdants seraient de nouveau les citoyens les plus fragiles. Nos difficultés économiques, sociales et politiques seraient aisément imputées aux anciens partenaires. Les portes vers les rancoeurs et les tensions seraient ouvertes. L’histoire nous a appris ce qu’il advient des antagonismes entre les Etats.

Pourquoi, à l’inverse, ne pas capitaliser sur ce qui marche et corriger avec audace les faiblesses de l’Europe ? Ce n’est pas de rafistolages dont nous avons besoin mais d’un saut résolu vers une construction de nature fédérale.

Les élections du 25 mai sont l’occasion de pousser nos parlementaires à prendre des initiatives dans ce sens. Comment ? En votant massivement. Pourquoi ? Car en faisant mentir les prévisions sur notre désengagement européen, nous démontrerions que l’Europe nous concerne directement. Et les élus devraient en tenir compte en s’adossant sur notre volonté d’Europe.

L’Europe a apporté la paix et la concorde entre ses peuples. Elle nous a déjà fédérés autour de nombreuses politiques communes et on se nourrit de nos diversités. Par ailleurs, l’Europe est la première économie mondiale et sa monnaie est respectée. Enfin, l’Europe offre la bonne dimension pour répondre aux grands enjeux tels que la croissance durable, l’agriculture responsable et la régulation des marchés. Sachons le, aucun Etat européen ne pourra lutter, seul, contre les forces de la mondialisation. Dans le siècle à venir, aucun Etat européen ne sera à la table des très grands. Ne restons pas des nains politiques et assumons notre place dans la géopolitique mondiale. Unis, nous pourrons mieux choisir nos valeurs, nos modes de vie et nos lignes politiques.

L’Europe est donc notre affaire. Mais il faut corriger ses deux principaux défauts : sa démocratie est insuffisante et sa zone euro est mal pilotée. C’est en nous fédérant que nous sortirons de ces ornières. Sinon, l’Europe restera éloignée des citoyens. Sinon, la zone euro continuera de privilégier la concurrence exacerbée sous la tutelle de règles budgétaires et monétaires aveugles. On connaît les résultats avec les cures d’austérités et le recul de notre modèle social.

Mais rien n’est fixé dans le marbre. L’Europe c’est nous et il nous appartient de l’améliorer en exigeant plus de fédéralisme. Le 25 mai nous propose une respiration démocratique. Soyons actifs et vigilants. Changer l’Europe ce n’est pas la déconstruire. L’indifférence ou le défaitisme sont de mauvais conseils. Votons massivement afin d’investir nos parlementaires du devoir historique de proposer une Europe résolument politique.

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