Dimanche, Jérôme et Richard examinent la faisabilité de la MetaWorldBank

Comme prévu Richard PI et Jérôme KA passèrent le dimanche à examiner en détails la fondation d'une autre banque : la MetaWorldBank, qui permettrait à ses clients d’obtenir un vrai pouvoir de décision sur l’usage de leur argent, d’être maître de leur avoir, et d’exercer un réel pouvoir financier sur le monde.

Comme prévu Richard PI et Jérôme KA passèrent le dimanche du week-end suivant la consultation de Richard, à examiner plus en détails comment fonder une nouvelle banque, une autre banque : la MetaWorldBank, qui permettrait à ses clients d’obtenir un vrai pouvoir de décision sur l’usage de leur argent, et partant d’être maître de leur avoir, et ainsi donc d’exercer un réel pouvoir financier sur le monde.

Après un petit déjeuner composé d’espresso et de croissants — viennoiseries baptisées ainsi par ironie de la défaite des Turcs à la bataille du Kahlenberg qui mit fin au second siège de Vienne en 1683 — les deux compères s’attelèrent à l’examen approfondit de cet ambitieux projet financier. D’entré de jeu, Richard émis certaines réserves quant à la possibilité de fonder directement un tel établissement bancaire, quelque soit sa taille. Ce n’est pas qu’il jugeait la chose impossible, mais que ce serait extrêmement difficile à mettre sur pied et qu’il fallait prendre la mesure de la tâche, « mesurer la démesure en quelque sorte !?» ironisa Jérôme déjà prêt à contre-argumenter.

 Richard, très connaisseur du secteur bancaire, lui expliqua que les autorisations et agréments seraient très compliqués à obtenir sans un capital minimum nécessaire qui était manifestement insuffisant dans l’état actuel. Il suggéra de passer par une stratégie de progression par étapes, dont la première serait de trader avec le capital disponible en adoptant une méthode très agressive qui exploiterait les tendances haussières et baissières du marché. En particulier, en vendant à découvert les actions des banques en difficultés pour profiter de la baisse des cours pour les racheter (au)* plus bas. (* impraticable de négocier le cours le plus bas), belle revanche à prendre en attaquant ainsi le secteur financier pendant qu’il est encore très volatil. Il y a aussi bien d’autres secteurs affaiblis par la crise qui sont des opportunités de gains considérables au moyen des produits dérivés financiers mis sur le marché par les banques elles-mêmes. Richard conclu que « le meilleur moment pour investir, c’est quand la bourse est rouge sang » !

 Jérôme exprime sa perplexité quant à la réussite d’une telle stratégie qui, si combative soit-elle, peut mener à la défaite et à la ruine. Il sait que Richard, brillant mathématicien, a travaillé dans le High Frequency Trading, le HFT qui traite de grandes quantités de données pour effectuer de grandes quantités d’opérations à très court terme. Mais Richard le rassure, il ne s’agit pas de ça, lui-même en étant revenu, ayant compris et constaté que ces systèmes algorithmiques ne sont pas si performants que le prétendent leurs promoteurs. Ces systèmes qui analysent en permanence les mouvements du carnet d'ordres suite aux opérations exécutées, ont montré leurs limites puisqu'ils manipulent eux-mêmes le marché analysé, et surtout quand plusieurs programmes se font concurrence. C'est le serpent qui se mord la queue. Cependant, il faut désormais tenir compte de la masse de ces flux d'interventions microtemporelles car ils perturbent ou accentuent les tendances. Elles en deviennent souvent plus linéaires, ce qui engendre encore plus d'incertitudes sur les retournements de fins de tendances qui sont justement les zones d'entrée § sortie les plus efficientes.

High Frequency Trading High Frequency Trading

Richard, en travaillant dans ce secteur, a acquis une expertise dans l’élaboration de modèles de formation des prix au cours des échanges entre les opérateurs qui sont d'avis autant réciproques qu'opposés, et qui sont tous certains d'agir à bon escient, selon le principe irrationnel de vouloir acheter ce qu’un autre veut vendre. Selon lui, c'est encore la simplicité qui offre les meilleurs résultats, car la plupart des systèmes complexes du HFT ne sont finalement que des complications peu performantes. Ça marche à très court terme avec d'énormes quantités d'opérations sur de faibles amplitudes, mais ce n'est pas aussi rentable qu'on le dit.

 Richard explique qu’il a fini par préférer laisser aux cours tout le temps de varier pour en tirer le profit maximal, selon le temps propre de la variation du marché pour chaque actif en particulier et pour chaque indice en général. Il a mis au point un système assez simple en perfectionnant un système que Jacquot Vergalat (in memoriam), un autre brillant mathématicien financier, lui a offert en héritage avant de décéder.

 En conclusion, Richard propose à Jérôme d’utiliser son système de trading dans les opérations d’une société d’investissement de type hedge fund qu’ils financeraient tout deux et auquel ils inviteraient à se joindre de riches clients de leur connaissance. Ça permettrait de lever des fonds progressivement auprès d'investisseurs assez friqués qui fourniraient ainsi une base financière plus large, et de se tailler une excellente réputation par les performances réalisées, dont ils feraient ensuite eux-mêmes la publicité... En un quinquennat il devrait être possible de réunir un capital conséquent pour pouvoir fonder la banque ou, mieux encore, d’en racheter une avec ses licences.

 Jérôme déplora que son amie Béatrice ne voulait pas s’engager auprès de lui dans cette entreprise financière et qu’elle avait pris ses distances sous prétexte qu’il prenait trop de risques avec ce projet jugé délirant. Richard a contrario lui assura de son soutien et même de l’accompagner dans cette aventure car « ça commençait à lui plaire ». Ils évoquèrent la liste des gens susceptibles d’être sollicités à investir dans le, dans leur hedge fund et Jérôme promis de se mettre à la recherche de ces capitaux eux-mêmes à la recherche de returns. Et à ce propos il confia à Richard que Béatrice lui avait tout de même donné la business card d’une amie fortunée : une certaine Teresa Avila Longhi qu’il comptait contacter très bientôt. « OK c’est parti ! » conclu Richard en prenant congé.

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