Les journaux malades de la sieste

En guise d'hommage au travail de Médiapart, toujours appuyé sur La FONTAINE, voici une version décalée des "Animaux malades de la peste".

En guise d'hommage au travail de Médiapart, toujours appuyé sur La FONTAINE, voici une version décalée des "Animaux malades de la peste".

Des journalistes assoupis font un examen de conscience incertain, pathétique à propos de leur comportement dans l'affaire CAHUZAC et plus largement

de l'éthique journalistique. Quelques traits humoristiques laissent deviner divers protagonistes bien réels des rapports sociaux médiatiques. A vous de les trouver.

LES JOURNAUX MALADES DE LA SIESTE

 

Un mal qui répand la torpeur

Mal que le ciel bien fin combinateur

Inventa pour tarir les encres de la presse,

La sieste (puisqu’il faut lui donner comme un nom)

Capable d’assoupir plus de cent rédactions

Contait aux journalistes une ode à la paresse.

 

Ils ne dormaient pas tous, mais tous s’ensommeillaient :

Et l’on ne voyait guère qu’un seul groupe occupé

A démêler les liens d’une troublante affaire ;

Depuis de longs printemps, un Ministre en renom

En Helvétie planquait un magot voyageur ;

Il ne convenait pas qu’on le prit pour voleur ;

Les journalistes muets tournèrent les talons.

Nulle info n’excitait leur grand flair ;

Fureter de la sorte cela ne se fait pas

Réservant ces efforts aux tout petits malfrats ;

Du Monde au Nouvel Obs à Paris Normandie

Morphée les unissait tous ainsi dans l’apathie.

 

Un des leurs tint conseil et dit : “Mes chers amis

Je crois que le ciel a permis

Que nous taisions cette fortune ;

Pas de coupables parmi nous

Subtils chroniqueurs à prudence de sioux ;

Qui oserait savoir si l’on cachait d’la thune !

Un canard insolent, numérique il est vrai

A rompu ce silence ; en paierons nous les frais ;

Chacun médit à part sur l’importun nommé ;

La conscience de tous pourtant fût tourmentée.

Sans s’avouer pleutre un premier évoqua

Les puissances d’argent tapies dans les gazettes ;

Fallait il s’enhardir à chatouiller la bête

Si sensible aux avis émis à son endroit.

Nombreux ils acquiescèrent hochant vivement la tête

Heureux visiblement de cet’ sagesse là.

Un second s’avança tout prompt à constater

Les avantages doubles de la servilité ;

On ne dérange pas et l’on en est loué

Par bien des influents en des couloirs privés.

Un troisième parla plein de sincérité ;

Fit même contrition de dissimulations,

Secrets en off lâchés et caméras cachées

Ombres masquées et tues de mille informations.

 

Tous avaient sous les yeux les indices patents

Membres à assembler de ce corps du délit ;

Souvent le vrai se niche dans tous ces croisements

Qu’un juge même trace sans preuve établie.

Savoir la vérité n’est pas une mince affaire

Et trop par devers eux faussement la gardèrent ;

 Quelques  groupes d’assaut des chroniqueurs si lisses

Outrés de n’être vus qu’engourdis ou complices,

Tirèrent à feu nourri, touchant même en pleine aile

L’intransigeant canard presque unique modèle.

 

Trouvera-t-on ici morale en la matière

Sinon que le quidam dépossédé de tout

Jubile d’observer qu’un journal solitaire,

Impartial, obstiné, ait eu raison de tous.

 

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