Protection de l'enfance : le gouvernement a-t-il la mémoire courte au sujet des jeunes majeurs ?

France inter a annoncé que Madame Rossignol va présenter en conseil des ministres le nouveau projet de loi sur la Protection de l'Enfance. Une des mesures présentée par le journaliste concerne les jeunes majeurs.  Ces jeunes pourront percevoir à leur majorité l'allocation de rentrée scolaire qui aura été mise jusqu'à leur majorité sur un compte bloqué en vue de les aider dans leur prise d'autonomie. Une grande avancée direz vous...

Pas vraiment si l'on a un peu de mémoire m'a précisé mon collègue Jean Luc Boero qui connait bien le sujet.Si l'on peut saluer cette mesure sociale, comme le fait Jean Pierre Rosenveicg, me dit-il, il faut cependant rappeler quelques vérités...

Dans les années 2000-2005, le gouvernement de l'époque avait décidé de supprimer les lignes de crédit sur les APJM ( les accueils Jeunes Majeurs) .  Ces mesures étaient financées par la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Les jeunes majeurs pouvaient écrire à  leur juge des enfants qui les recevait en face à face et décidait sur ordonnance de poursuive ou non leur accueil d'un an et ce jusqu'à 21 ans au plus.

Les crédits ont été progressivement fermés (1) , les Directions Régionales de la Protection Judiciaire ont donné des indications sur les profils des bénéficiaires pour réduire au rythme des diminutions des enveloppes budgétaires le nombre d'entrants dans dispositif sans pour autant supprimer le décret de 75 instituant ces crédits (pour éviter que cela apparaisse comme une volonté politique avec tous les risques de médiatisation que cela comportait..)

Les budgets permettant la prise en charge de jeunes majeurs ont totalement disparus en 2008, si bien que les établissements ont dû batailler ferme avec les Conseils Généraux de l'époque pour que cette dépense soit prise en charge sur les fonds départementaux. Certains  Départements ont pu le faire mais d'autres sans le sou ou en difficulté financière, on dit aux associations.. "On ne peut pas.." L'inégalité de traitement par territoire étant là consacrée.

Aujourd'hui, globalement les départements ont nettement diminué les durées de prise en charge des jeunes majeurs... Faute de crédits non compensés et en raison du désengagement de l'Etat.

Et en bon prince, en aout 2015, nous entendons le gouvernement dire qu'il va faire un geste pour les jeunes de la Protection de l'Enfance sur les fonds déficitaires de la protection sociale !

Je vous laisse supposer la réaction de mon collègue qui trouve ce tour de passe passe un peu fort.  J'espère comme lui que les associations, les journalistes et les syndicats rappelleront au gouvernement le désengagement qu'il a cautionné au fil des ans afin qu'il ne tire pas trop gloire de sa décision, qui rappelons le, reste quand même une bonne nouvelle pour les jeunes qui ne peuvent pas bénéficier du soutien de leurs parents... 

http://dubasque.org/

(1) En 2009 déjà, les crédits de paiement alloués à la prise en charge des mineurs délinquants avaient augmenté de 18 %, tandis que ceuxalloués à la prise en charge des mineurs en danger et des jeunes majeurs avaient diminué de 40 %Sur la période 2008-2010, les crédits consacrés à la mise en oeuvre des mesures judiciaires relatives aux mineurs délinquants augmentent de 32 %, tandis que ceux consacrés à la mise en oeuvre des mesures de protection concernant les mineurs en danger et les jeunes majeurs diminuent de 70 %. (source : projet de loi des finances 2010 sur le site du Sénat)

 

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