Construisons ensemble une sortie de crise pour la zone euro

Construisons ensemble une sortie de crise pour la zone euro

1.Constat amer :Jürgen Habermas avait identifié les causes de non agrégation au projet européen dans son essai : « Après l’État Nation »

 

En septembre 2013 paraissait en français cet essai du plus célèbre philosophe allemand vivant.

En fait, il reprenait un certain nombre de réflexions et discours des années 2000.

Pour ce social-démocrate, l'intégration approfondie de l'Union Européenne est une nécessité.

La taille critique pour jouer un rôle dans la mondialisation des échanges ne permettant plus aux États Nations de peser suffisamment.

Il classait les eurosceptiques au rang des conservateurs jouant les révolutionnaires à fronts renversés.

Dans un discours de juin 98 à Starnberg, il déclare :

« La seule solution alternative satisfaisante que j'entrevois, du point de vue normatif, réside dans l'évolution de l'Union Européenne vers le fédéralisme, seul capable de mettre en œuvre une politique sociale et économique et de travailler à l'institution d'un ordre cosmo-politique sensible aux différences et cherchant à corriger les inégalités sociales » 

Il a lancé à Glienicke avec des économistes allemands, des industriels et d'autres intellectuels en Octobre 2013, un appel pour une résolution de la crise en zone euro par plus grande intégration de celle-ci à la condition qu'elle s'accompagne d'une harmonisation fiscale (on a jamais vu une intercommunalité fonctionner avec une concurrence effrénée des taxes sur les entreprises) et sociale par le haut :

http://www.glienickergruppe.eu/english.html

Nous avons suivi avec enthousiasme la réponse française à Glienicke par l'appel d'Alternatives Économiques dont Thomas Piketty :

http://pouruneunionpolitiquedeleuro.eu/

Le groupe Eiffel , autour de Sylvie Goulard, Daniel Cohn Bendit et Jean-Louis Bianco, a aussi proposé sa vision :

http://www.groupe-eiffel.eu/pour-une-communaute-politique-de-leuro/

Notre gouvernement a superbement ignoré ces appels même si Claude Bartolone a organisé un débat sur le sujet sous les ors de l’hôtel de Lassay, resté sans suites (mars 2014).

Page 93 de l'essai publié aux Éditions Pluriel , Habermas indique déjà les limites qui rendraient cette construction impossible :

« 1. Les communautés politiques constituent-elles une identité collective au-delà des frontières d'une nation ?

2. Sont-elles de ce fait capables de satisfaire aux conditions de légitimité d'une démocratie postnationale ? Si l'on répond négativement à ces deux questions, l’État fédéral européen n'est guère réalisable… »

Dés janvier 2015, le commissaire P Moscovici , Mario Draghi etc... menacent les électeurs grecs dans le cas d'un « mauvais vote » !

L'opinion publique allemande est clairement manipulée pour rejeter par avance toute démarche de solidarité envers les grecs dans le cas d'une victoire de Syriza .

Rien n'a pourtant empêché Tsipras de balayer les fossoyeurs de la protection sociale en Grèce, les liquidateurs des infrastructures les plus essentielles à l’état… Le tout bradé à des fonds de pension américains ou à des consortiums chinois.

Cette violence a atteint son cynisme absolu quand la Troïka a conseillé à Syriza de s’asseoir sur ses promesses de campagne.

...  « Marre de cette Europe là ! » Pour reprendre le titre du livre de Guillaume Duval :

http://www.alternatives-economiques.fr/marre-de-cette-europe-la--moi-aussi_fr_art_1345_71368.html

Des deux conditions posées ci-dessus par Habermas, il faut aujourd'hui reconnaître amèrement que les réponses sont négatives :

1. Il n'y a pas d'identité collective au-delà des frontières des nations...Même si les plus utopistes des fédéralistes ont pu y croire avec la Culture européenne, l'histoire d'après la chute du mur de Berlin et le décollage des pays du sud.

Hélas, depuis l'élargissement à l'Est de 2004 et surtout depuis la crise de 2008, les identités nationales se sont crispées et l'exemple de l’accueil des dirigeants de Syriza par ses partenaires de la zone euro a fini de sonner le glas de cet espoir d'une « citoyenneté européenne ».

Même ceux qui ne sont pas, et de loin, sortis de l'ornière disent : « cela a été dur pour nous, alors, chacun pour soi ! »

2.légitimité d'une démocratie postnationale :

S'il était encore possible de répondre positivement à cette question, quand on nous a « vendu » le Traité de Lisbonne et l'Initiative Citoyenne Européenne (ICE), tous les espoirs sont maintenant déçus.

L'ICE n'a pas été acceptée quand elle a été proposée par les collectifs Stop Tafta qui cumulent aujourd'hui près de deux millions de signatures, mais en vain .

Pire ! Depuis l'arrivée au pouvoir avec une légitimité indiscutable de Syriza, les membres de la Troïka ne se cachent pas pour dire à Tsipras qu'il doit renoncer à son programme intégralement et sans discussions .

2.Avons nous la moindre chance d'échapper aux deux totalitarismes qui se profilent ?

 

Dans le cas du statu-quo, nous ne réglons aucun des points de faiblesse de la zone euro et la main « bien visible » du marché et des équilibres comptables à tout prix, sans vision stratégique de l'emploi finalisé et optimisé des ressources publiques(effet de leviers sur les ressources privées à des fins sociales, environnementales,d'autonomie énergétique), conduira nos gouvernements vers les mêmes casses sociales qu'en Grèce par les menaces répétées à réduire le train de vie de l'état sans harmonisations fiscales .

Les manœuvres engagées sur les accords transatlantiques démontrent qu'il n'est plus exagéré de parler de totalitarisme technocratique.

 

La tentation nationaliste, commencée avec la rengaine de sortie de l'euro gagne logiquement du terrain et sans qu'il soit besoin de décliner les conséquences néfastes qu'il en résulterait, cette simplification populiste représente un autre risque totalitaire et à coup sûr, la fin de l'expérience civilisatrice qu'est la construction européenne.

Les deux risques se nourrissent mutuellement dans un dispositif cohérent et profond de désagrégation de toute solidarité européenne.

Le dispositif fonctionne très bien, sans contre-feu efficace, ni médiatique, ni syndical, ni associatif, ni politique...ou presque .

 

Il est encore temps, en France, de redonner du souffle aux idées de partage , de solidarité, de clarté et de transparence, dégradées par les grands appareils historiques et qui font le lit d'une extrême droite nationaliste dynamique, surfant sur les détresses réelles qu'elle sait capter.

Il faut savoir entendre et comprendre au-delà de la stigmatisation.

Proposer une vision de sortie par le haut , vite !

Il faut aller vers une nouvelle construction à 8 ou 9 états qui s 'engagent à avancer ensemble :

  1. vers une imposition commune des bénéfices réalisés sur leurs territoires par les sociétés, même les Google, Amazon et autre Apple…Coopération renforcée ou nouveaux traités...A débattre !

  2. Une Taxe sur les Transaction Financières (TTF) commune qui bloque efficacement le Trading Haute Fréquence.

    Ces deux éléments seraient l'embryon d'un budget fédéral.

  3. Évidemment, un mandat précis à la nouvelle entité bancaire centrale (NEBC), incluant à égalité, les objectifs de rigueur et ceux de bien être social et humain qui sont dans les traités : limitation des dépenses publiques ne devant pas être des prétextes à la destruction ou à la spoliation des patrimoines mutualisés( administration et moyens publics, santé,retraites) mais bel et bien d'une gestion efficace au service d'un projet de société européenne.

  4. Une forme réellement démocratique de représentation parlementaire.

    En fait, l'application des principes généraux du Droit de l'Union.

  5. Investir dans la transition écologique à hauteur de 1000 milliards pour provoquer un réel choc de civilisation plus mobilisateur que les 1000 milliards proposées par la BCE aux banques par Mario Draghi.

C'est cette voie, et elle seule, qui pourrait lever les deux hypothèques identifiées par Habermas.

 

Daniel Cohn Bendit, Sylvie Goulard, Pierre Larrouturou, Yannick Jadot et bien d'autres sont à même de porter cet espoir.

C'est vers eux que nous nous tournons, si chacun est capable de dépasser sa stratégie personnelle !

 

 

 

 

 

 

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