La transition basée sur les commun(e)s. Jonathan Durand Folco

« la crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » Gramsci

Je publie ce texte, avec l'accord de l'auteur de l'article original, dont j'ai tiré des phrases, copiées collées, pour sortir du style "universitaire" qui correspondait à sa destination première, d'une part, le raccoucir ensuite, et en enlever le contexte typiquement québecquois, non que celui-ci soit dénué d'intérêt, loin s'en faut, mais parce que ce texte me semble universel, et fondateur pour ce qui est du changement de paradigme politique souhaitable, et du rôle des Communs dans celui-ci.
Merci à Jonathan, donc, et pardon d'avoir saccagé ton texte;)

Les crises financière, démocratique et écologique participent d’une même crise de civilisation.
Dans un contexte de dérive sécuritaire des démocraties libérales, de crise de l’État-providence, de persistance de l’idéologie néolibérale et de montée de la xénophobie, ce cocktail explosif est propice à la résurgence des populismes autoritaires et de l’extrême droite.

Un nouveau paradigme
De prime abord, il faut reconnaître que l’idéal socialiste et les symboles de la gauche ne mobilisent plus les masses comme autrefois. Ses trois principales prémisses – le primat de la sphère de production, la planification économique comme alternative à la propriété privée, et la conquête du pouvoir d’État comme clé de voûte de la stratégie révolutionnaire – ne mordent plus sur le présent.
Un nouveau paradigme révolutionnaire doit représenter une alternative désirable, viable et réalisable, articulé dans un projet politique crédible et inspirant. Il doit reposer sur une théorie de portée générale qui soit à la fois intuitive et systématique, et s’exprimer de manière claire par un discours fédérateur et mobilisateur.
De manière condensée, il s’agit de remplacer la triade travail-planification-État par les trois principes milieux-communs-communes.

 

Au-delà du travail
La perspective socialiste est essentiellement basée sur l’antagonisme entre le Capital et le Travail, ou ce que Marx appelle plus précisément la contradiction entre les rapports de production (propriété privée, salariat) et les forces de production : travail vivant, moyens de production, etc.
Or, les nouveaux mouvements sociaux des années 1970 ont contribué à soulever et repolitiser différents enjeux qui débordent de la sphère étroite du travail salarié pour inclure la sphère intime (travail domestique non-payé, rapports sociaux de sexe et de genre), la communauté, la consommation, la ville et l’environnement.
D’une part, les transformations du système économique à l’heure de la mondialisation, de la révolution numérique et du post-fordisme(1) amènent un déclin de la classe ouvrière, une flexibilisation du travail et une série de reconfigurations qui font disparaître la centralité de l’usine ou du « lieu de travail » comme espace premier de l’oppression et de la lutte de classes.

L’idée [seule] d’un ensemble de travailleurs ayant l’intérêt objectif et la capacité subjective de s’organiser en tant que classe pour faire la révolution prolétarienne représente une idée désuète pour définir les tâches historiques d’une transformation sociale au XXIe siècle.

Le théoricien James O’Connor a mis en évidence une seconde contradiction du capitalisme qui oppose les rapports de production capitalistes aux « conditions de production »
[elles]sont essentielles pour le processus d’accumulation du capital, mais les externalités négatives (pollution, surexploitation), marchandisations et privatisations engendrées par les impératifs de croissance et de rentabilité menacent directement ces conditions d’existence. Les changements climatiques et la crise écologique représentent sans doute l’expression la plus criante de cette seconde contradiction.

Le terrain premier de la lutte des classes n’est pas d’abord la sphère productive, mais les lieux où les gens vivent, habitent, étudient et se rencontrent. Le terme « milieux » désigne l’ensemble de ces espaces, à la fois matériels et sociaux, physiques et culturels, où les gens tissent des liens avec les autres et leur environnement pour reproduire leurs conditions d’existence et la vie commune d’une société. Nous dirons que l’objet de l’émancipation n’est pas seulement le travail (bien que celui-ci demeure un enjeu fondamental), mais la réappropriation démocratique des « milieux » de vie, c’est-à-dire la possibilité de prendre part aux décisions collectives sur l’ensemble des enjeux qui affectent nos conditions d’existence. L’autogestion des milieux de travail ne représente alors qu’une modalité particulière de ce principe plus général.

 

La richesse des communs
Selon Pierre Dardot et Christian Laval,
« La revendication du commun a d’abord été portée à l’existence par les luttes sociales et culturelles contre l’ordre capitaliste et l’État entrepreneurial. Terme central de l’alternative au néolibéralisme(2), le « commun » est devenu le principe effectif des combats et des mouvements qui, depuis deux décennies, ont résisté à la dynamique du capital et ont donné lieu à des formes d’action et de discours originales.
Loin d’être une pure invention conceptuelle, il est la formule des mouvements et courants de pensée qui entendent s’opposer à la tendance majeure de notre époque : l’extension de l’appropriation privée à toutes les sphères de la société, de la culture et du vivant »

Le concept de commun est devenu l’un des principaux mots d’ordre des mouvements altermondialistes, écologistes et anticapitalistes, qui se battent notamment contre une « seconde vague denclosures’"(3) des terres, des semences, des idées et du web. Le commun a donc une profonde actualité historique, car il est au cœur des contradictions et des luttes en cours.

La prix Nobel d’économie Elinor Ostrom, ("Governing the Commons") a analysé des biens communs ou « common-pool resources(4) », c’est-à-dire des biens non exclusifs, mais rivaux, comme des zones de pêches et systèmes d’irrigation, qui pouvaient être administrées de manière équitable, efficace et durable par une communauté de participants, sans passer par la propriété privée ou l’État. Les communs ont une très longue histoire et peuvent prendre de multiples formes en fonction des contextes locaux, règles, normes, coutumes et usages permettant de gérer collectivement des ressources partagées.
Le commun ne désigne pas tant une idée abstraite comme le Bien commun (lequel est plutôt synonyme de justice ou d’intérêt général), ni des choses comme l’air, les océans ou l’éducation qui seraient déjà « en soi » des biens communs. Le commun n’est pas déjà là ; il doit être institué.
C’est une institution qui prend vie par une mise en commun (commoning) et qui est préservée à travers le temps par des pratiques continues de coopération.




Le commun réunit ainsi trois éléments :

1) un bien ou une ressource partagée ;

2) une communauté de participants liés par des droits d’usage et des obligations ;

3) un ensemble de règles et de normes sociales définies collectivement pour gérer le commun.

Comme alternative globale à la propriété privée (économie de marché capitaliste) et à la propriété étatique (promue par la social-démocratie ou le communisme d’État), il est donc très proche de la « troisième voie » autogestionnaire : "il n’y a d’obligation qu’entre ceux qui participent à une même activité et à une même tâche" (Dardot et Laval)

Or, le principe du commun est une notion beaucoup plus large et inclusive que l’autogestion qui se limite souvent aux lieux de travail et aux usines récupérées par les travailleurs
Par contraste, le commun « conduit plutôt à introduire partout, de la façon la plus profonde et la plus systématique, la forme institutionnelle de l’autogouvernement, que l’on prendra soin de distinguer de ce qui s’est appelé dans l’histoire du XXe siècle autogestion, laquelle, si l’on se veut fidèle à ce que signifie le terme de gestion, se limite à la dimension de l’organisation et ne concerne que l’administration des choses. ».
Il est en effet un principe général qui peut se décliner sous une variété de formes avec une plasticité étonnante : communs de subsistance (terres communales, forêts, rivières), communs immatériels (logiciels libres, Creative Commons, Wikipédia), communs indigènes (savoir-faire traditionnels), communs civiques et sociaux (monnaies complémentaires, systèmes d’échanges locaux), communs globaux (Antarctique), etc.

Les communs sont à la fois écologiques et démocratiques, ils peuvent être étudiés scientifiquement tout en présentant une forte valeur affective et pré figurative, ils sont polyvalents et modulables, tout en présentant une alternative structurelle au capitalisme en esquissant les contours d’un nouveau système économique.
Les communs peuvent bouleverser autant la forme de l’infrastructure (rapports de propriété, forces productives), que la superstructure (institutions politiques et juridiques, culture, idées et valeurs).

Michel Bauwens a d’ailleurs commencé à théoriser une transition basée sur les communs et la logique pair-à-pair (P2P) afin de socialiser l’économie collaborative et jeter les bases d’une société post capitaliste. Enfin, il semble absolument nécessaire de développer plus amplement les implications politiques du commun afin de reconstruire un projet révolutionnaire solide, cohérent, pratique et stimulant.
« La politique du commun concerne toutes les sphères sociales, pas seulement les activités politiques, au sens parlementaire et partiaire du terme, et pas non plus les seules activités économiques. […] Elle doit traverser tous les niveaux de l’espace social, depuis le local jusqu’au mondial en passant par le national. » (Dardot et Laval)

 

 

La résurgence de la Commune
Une politique concrète du commun doit toujours partir de quelque part.
À l’heure où les mouvements sociaux et luttes populaires sont « embêtés » par la fameuse question de l’État (faut-il le contester de l’extérieur, l’investir, le réformer, le renverser ou l’abolir ?), est-il possible de repenser la forme même des institutions politiques et d’identifier le terrain privilégié du commun ?
Une transition sociale, économique et écologique basée sur les communs serait incomplète sans la construction d’un nouveau système politique entièrement neuf, démocratique et décentralisé
.
La conquête du pouvoir d’État, voie privilégiée tant par la gauche parlementaire que par les marxistes révolutionnaires, doit ainsi laisser place au municipalisme, qui fait de la municipalité ou de la commune le cœur d’une transformation de la vie sociale, économique et politique.
Évidemment, le peuple ne peut pas se contenter de prendre tel quel la machine municipale pour la faire fonctionner à son propre compte, d’autant plus que celle-ci demeure une simple créature de l’État. Il s’agit plutôt d’instituer de nouvelles communautés politiques, à l’instar de la Cité athénienne, des communes médiévales, de la Commune de Paris, les Town-meetings(5) de la Nouvelle-Angleterre, ou encore des communes démocratiques du Rojava mises en place récemment par le mouvement kurde.

L’idée est de construire un véritable pouvoir citoyen par la participation directe, inclusive et active des citoyens et citoyennes aux affaires publiques, afin de favoriser l’appropriation collective des institutions, l’autogouvernement et la souveraineté populaire.
Alexis de Tocqueville : « c’est dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée du peuple ; elles lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n’a pas l’esprit de la liberté. »

Si ce retour à la Commune peut sembler une idée sortie de nulle part à première vue, elle prend aujourd’hui un sens tout à fait inédit.
Il faut porter une attention particulière à la ville comme lieu central de l’accumulation capitaliste, de contradictions et de luttes sociales prenant des formes variées : droit au logement, protection des espaces verts, occupations, luttes contre les grands événements sportifs ou les expulsions, etc. Dans un contexte d’inégalités sociales extrêmes, le simple fait de vouloir détruire le parc Gezi dans le quartier Taksim à Istanbul ou d’augmenter le tarif des billets de bus de 5¢ à Porto Alegre au Brésil en 2013 a déclenché de véritables insurrections, telle une allumette dans une poudrière. La question urbaine devient donc un foyer central de la contestation sociale.

Parallèlement à ces divers mouvements sociaux et urbains, le municipalisme représente une importante tradition politique qui revient aujourd’hui en avant-plan, que ce soit dans sa variante libertaire (Murray Bookchin), socialiste (Paul Brousse, Benoit Malon), territorialiste (Alberto Magnaghi) ou indépendantiste (Candidatures d’unité populaire en Catalogne).
L’exemple le plus étonnant est sans doute le communalisme kurde, le leader du Parti des travailleurs kurdes (PKK) Abdullah Öcalan ayant repris les idées de Bookchin pour repenser la lutte de libération nationale à travers le confédéralisme démocratique.

 

Réactiver le deuxième front
Quelle alternative institutionnelle pouvons-nous opposer aux forces des firmes multinationales, des traités de libre-échange et du marché ?
La souveraineté de l’État-nation est-elle toujours une réponse appropriée aux défis du XXIe siècle ?
La stagnation de l’option souverainiste et de la gauche politique s’explique sans doute par le faible attrait que représente l’État comme lieu de l’émancipation collective, et de la difficulté à mener de grandes réformes « par le haut ».

Pourquoi alors ne pas investir massivement l’échelle municipale, laquelle est particulièrement propice à l’expérimentation démocratique, que ce soit par le biais de budgets participatifs, d’assemblées de quartier, de jurys citoyens, de référendums d’initiative populaire ou le tirage au sort ?

Dans cette perspective, il est nécessaire de réactiver l’esprit du « deuxième front » initié par Marcel Pépin en 1968, lequel visait à élargir les revendications syndicales pour permettre aux travailleurs et travailleuses de se réapproprier le pouvoir dans leurs milieux de vie. Ce deuxième front prit la forme de comités d’action politique à la jonction des syndicats, du mouvement étudiant et des groupes populaires (comités citoyens, groupes de consommateurs) qui mirent sur pied une foule d’initiatives : comptoirs alimentaires, associations coopératives d’économie familiale, cliniques communautaires, Carrefour des jeunes travailleurs, Maisons de chômeurs, cliniques de services juridiques, garderies collectives, coopératives d’habitation, etc.
« Au lieu de faire appel à l’État pour obtenir des services, les comités citoyens cherchent à résoudre eux-mêmes des problèmes qui concernent l’ensemble du quartier » (Paul Bélanger et Benoît Lévesque dans une brève histoire du mouvement populaire et communautaire)

Pourquoi ne pas recréer un « front municipal », un réseau de « villes rebelles », une confédération de municipalités libres contre le processus de centralisation du pouvoir du gouvernement qui a récemment démantelé un ensemble d’institutions de développement local et régional ?

Une stratégie consisterait à mettre en place un « réseau d’action municipale », lequel ne serait pas un parti, mais plutôt un mouvement politique, une plateforme citoyenne, créative et collaborative. Loin de se limiter à une seule ville, une plateforme web participative permettrait de mettre en réseau une foule d’assemblées citoyennes, d’échanger des initiatives, enjeux, revendications et expériences entre de multiples municipalités, permettant ainsi de dépasser le clivage stérile entre Capitales et « régions ».
De plus, il serait possible d’envisager une stratégie novatrice pour les élections municipales. L’objectif n’est pas de créer un parti avec un programme politique détaillé, unique et centralisé, mais plutôt d’appuyer des candidatures citoyennes et populaires partageant les principes de participation citoyenne directe, de démocratisation des institutions, de décentralisation des pouvoirs, de solidarité intermunicipale, d’égalité sociale et de transition écologique basée sur les communs.
Des candidatures indépendantes dans les petites municipalités, ou encore de nouveaux partis progressistes avec des plateformes locales élaborées par et pour les citoyens et citoyennes pourraient ainsi créer une brèche dans le système politique municipal.

 

Vers une République communale
Une transition basée sur les commun(e)s doit-elle se limiter à l’échelle locale et municipale, ou peut-elle monter en généralité pour éventuellement remplacer l’État ?
Une hypothèse consiste à utiliser la stratégie de l’assemblée constituante afin de fonder de nouvelles communautés politiques inédites.
Il ne s’agit pas ici de revendiquer la création d’un nouvel État-nation souverain. Au contraire, il s’agit plutôt d’instituer les Communes par l’élaboration collective, démocratique et participative de constitutions communales, permettant de définir les valeurs, droits, pouvoirs, responsabilités et institutions de chaque collectivité territoriale. Si la municipalité dans sa forme actuelle est souvent perçue comme un simple organe administratif, responsable de la réfection des routes et de la collecte des ordures, elle doit être transformée en un véritable autogouvernement local.

Face à la fausse alternative entre la gestion naïve de l’appareil étatique du courant social-démocrate et le refus complet du pouvoir institutionnel de la mouvance anarchiste, la perspective municipaliste propose de créer de nouvelles institutions politiques contre l’État.
Comme le note le communard Arthur Arnould :
« [Après janvier 1871] Paris n’avait plus de gouvernement. Les hommes de l’Hôtel de Ville étaient pris à Bordeaux ; l’armée était peu estimée et sans armes ; les généraux universellement méprisés. Aucune police dans les rues. […] Nous n’avions qu’un pouvoir anonyme, représenté par M. Tout le monde. […] Paris avait donc appris le mépris absolu des deux seules formes de gouvernementales qui eussent été jusqu’alors en présence dans notre pays : – La monarchie et la République oligarchique ou bourgeoise. […] C’est que la Commune de Paris fut plus et autre chose qu’un soulèvement. Elle fut l’avènement d’un principe, l’affirmation d’une politique.
En un mot, elle ne fut pas seulement une révolution de plus, elle fut une révolution nouvelle, portant dans les plis de son drapeau tout un programme général et caractéristique.
Et son drapeau était celui de la République universelle. »

L’expression énigmatique de « République universelle » peut faire sourciller à première vue, car elle indique un changement de paradigme. Il ne s’agit pas d’une négation abstraite de l’État réellement existant, mais du dépassement positif de la monarchie constitutionnelle et de la République oligarchique par l’incarnation concrète de l’idéal républicain qui vise l’instauration d’une souveraineté populaire et du pouvoir citoyen dans toutes les sphères de la société.
La Commune n’est donc pas le contraire de la République, mais la vraie République contre l’État.
Marx épouse cette perspective dans son analyse de la Commune de Paris : « L’antithèse directe de l’Empire fut la Commune. Si le prolétariat de Paris avait fait la révolution de Février au cri de « Vive la République sociale », ce cri n’exprimait guère qu’une vague aspiration à une République qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-même. La Commune fut la forme positive de cette République. »

Il ne faut pas conclure pour autant qu’une République sociale et internationaliste implique le rejet expéditif de la nation, la Commune permettant de faire la synthèse du local et du global sans médiation.
Comme le souligne encore Marx, cette expérimentation collective n’était pas destinée à rester localisée sur un territoire restreint, le « municipalisme dans une seule ville » étant une idée absurde. Bien au contraire, la Commune est « une forme politique tout à fait susceptible d’expansion ». Il s’agit évidemment de spéculation, mais il est intéressant d’imaginer ce qu’aurait pu devenir la Commune de Paris si elle n’avait pas été écrasée de façon aussi précoce avant d’avoir exprimé son plein potentiel.
« Dans une brève esquisse d’organisation nationale que la Commune n’eut pas le temps de développer, il est dit expressément que la Commune devait être la forme politique même des plus petits hameaux de campagne […]. L’unité de la nation ne devait pas être brisée, mais au contraire organisée par la Constitution communale ; elle devait devenir une réalité par la destruction du pouvoir d’État qui prétendait être l’incarnation de cette unité, mais voulait être indépendant de la nation même, et supérieur à elle, alors qu’il n’en était qu’une excroissance parasitaire. »

La perspective municipaliste n’a de sens qu’à travers l’horizon du « peuple constitué en communes », à travers la création d’une République sociale sans précédent, une Commune des communes.
C’est pourquoi la transition basée sur les commun(e)s – qui ne vise pas à conquérir le pouvoir d’État, mais à amorcer une transformation radicale « par le bas » – représente non pas la négation, mais la résolution optimale de la question nationale.
L’objectif de se doter d’un « État complet » a été le leurre dans lequel s’est fourvoyé le mouvement souverainiste et la gauche depuis ses débuts, cet appareil séparé et supérieur à la nation n’étant qu’une fausse unité empêchant celle-ci de se gouverner.
Alors que l’État-nation se contente d’une souveraineté nationale formelle qui laisse le peuple à la marge des lieux de décision, la Commune rend possible une véritable souveraineté populaire qui permet à l’ensemble des gens d’exercer leur liberté.

La planification économique, l’État souverain et les récupérations d’usines doivent laisser place à la multiplication des communs et l’institution de communes dans une perspective de réappropriation démocratique des milieux de vie.

 

 

(1)  Le post-fordisme est le système dominant de production économique, de consommation et de phénomènes socio-économiques associés dans la plupart des pays industrialisés depuis la fin du XXe siècle. Il est en contraste avec le fordisme, le système formulé dans les usines automobiles de Henry Ford, dans lequel les ouvriers travaillent sur une ligne de production, exécutent des tâches spécialisées de manière répétitive et dans lesquelles ses travailleurs peuvent se permettre d’acquérir les produits qu'ils construisent

(2) Le terme de néolibéralisme désigne aujourd'hui un ensemble multidimensionnel d'analyses d'inspiration libérale – ou supposées telles – qui partagent un socle :

  • d'orientations critiques : la dénonciation du poids de l'État-providence dans les pays développés après 1945 et de l'accroissement des interventions publiques dans l'économie
  • d'orientations positives : la promotion de l'économie de marché au nom de la liberté de l'individu et du développement économique ;
  • d'orientations politiques : la dérégulation des marchés (qui doivent se « réguler eux-mêmes » par le jeu de la concurrence et des « lois du marché ») et la disparition progressive du secteur public au profit du privé.
  • À partir des années 1970, avec la montée en puissance des pensées de Milton Friedman et de Friedrich Hayek le mot néo-libéralisme prend un autre sens. Selon Michel Foucault, le néolibéralisme est présenté comme une technique de gouvernement, une politique économique et sociale étendant l'emprise des mécanismes du marché à l'ensemble de la vie, ce qui est contesté par les disciples de Friedrich Hayek qui voient le libéralisme comme une priorité donnée à l'action libre des individus contre toute « emprise », et jugent absurde toute « technique de gouvernement » voulant intervenir dans le marché, fût-ce pour en étendre l'influence. Friedman et Hayek sont désignés en France comme en étant les principaux inspirateurs, bien qu'ils ne se soient jamais revendiqués du néolibéralisme, mais seulement du libéralisme. Au contraire de la signification précédente, leur libéralisme est anti-keynésien, et limite voire supprime l'intervention étatique. Le contexte économique marqué par la fin du système de Bretton Woods relance les discussions entre écoles économiques et leur intensité a contribué à populariser ce terme.
  • Les critiques ou adversaires des idées néolibérales lui reprochent selon des formes et à des degrés divers d'entretenir ou d’accroître les inégalités, la fracture sociale ou le pillage des ressources naturelles

(3) Enclosure ou inclosure est un terme anglais qui désigne l'action d'enclore un champ. Cet anglicisme est passé en français où il désigne la parcelle de terrain enclose de haies, de murs ou de barrières. Ce terme fait souvent référence au mouvement des enclosures, qui s'est développé en Angleterre à partir du XVIe siècle et qui s'est intensifié aux débuts de la révolution industrielle.

(4) Un CPR est un stock mis en commun d’une ressource renouvelable, dans lequel peuvent puiser des « appropriateurs », qu’il est éventuellement possible d’exclure.

(5) Une town meeting(Assemblée communale) est une forme d’institution de démocratie directe, utilisée principalement dans certaines parties des États-Unis - principalement en Nouvelle-Angleterre - depuis le 17ème siècle, dans laquelle la plupart ou tous les membres d'une communauté se rassemblent pour légiférer sur les politiques et les budgets des gouvernements locaux. . Il s'agit d'une réunion municipale au niveau de la ville où les décisions sont prises, contrairement aux assemblées publiques organisées par les responsables politiques nationaux et nationaux pour répondre aux questions de leurs électeurs, qui n'ont aucun pouvoir décisionnel.


L'article original "Repenser l’autogestion : la transition basée sur les commun(e)s" se trouve ici :

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.