L'HONNEUR PERDU DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL

Hier vendredi 21 mai 2021,alors que la communauté internationale célébrait la Journée Mondiale de la Diversité Culturelle pour le Dialogue et le Développement, la France lui faisait un pied de nez par la voix de son Conseil constitutionnel (que j'appellerai désormais ConCon: c'est plus court et plus conforme à la réalité)

 Mais qu'est ce donc que ce ConCon? D'après Wikipédia "Le Conseil constitutionnel est une institution française créée par la Constitution de la Cinquième République du 4 octobre 1958. Il se prononce sur la conformité à la Constitution des lois et de certains règlements dont il est saisi. Il veille à la régularité des élections nationales et référendums. Il intervient également dans certaines circonstances de la vie parlementaire et publique. Ses membres sont souvent surnommés par les médias « les Sages »... Il est composé de GSÉ (Grands Serviteurs de l'État) nommés pour 9 ans par les autorités politiques, placés donc sous le signe du copinage plus que de la légitimité démocratique.

Les neuf membres qui ont hier maintenu bien haut l'étendard de "l'exception française"  en retoquant les deux principales dispositions de la loi Molac sur les langues minorisées de l'Hexagone méritent de passer à la postérité. En voici la liste: Laurent Fabius, Claire Bazy Malaurie, Nicole Maestracci, Michel Pinault, Corinne Luquiens, Dominique Lottin, Jacques Mézard, François Pillet, Alain Juppé. La plupart sont d'illustres inconnus,  deux d'entre eux méritent une mention spéciale. Commençons par le président du ConCon : Laurent Fabius, 1er ministre de François Mitterrand au moment de l'attentat commis par les services secrets français contre le  navire de Greenpeace, le Rainbow Warrior, en Nouvelle Zélande le 10 juillet 1985; cet acte de terrorisme d'état fit un mort: Fernando Pereira photographe et membre de l'équipage. M. le Président Fabius a donc une connaissance intime des "coups tordus"; passons sur son implication dans l'affaire du sang contaminé pour laquelle il a été officiellement acquitté mais qui lui colle aux basques comme le sparadrap du capitaine Haddock... Ensuite nous trouvons l'inénarrable Alain-droit-dans-ses-bottes-Juppé, repris de justice notoire, condamné pour prise illégale d'intérêt, ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur sous le règne de Mitterrand II au moment où l'état français collaborait avec les génocidaires Hutus du Rwanda... Ces deux énergumènes biens sous tous rapports  que certains osent qualifier de "Sages" (!!??) ont donc tous deux du sang sur les mains, et ce sont eux qui sont chargés de veiller à l'intégrité républicaine. Dis tonton, pourquoi tu tousses?? Anecdote ironique en passant : ces grands défenseurs du républicanisme sont logés au... Palais Royal. Si!

Le rédacteur en chef de l'Express, Michel Feltin-Pallas nous avait prévenus: le jugement du ConCon sur la loi Molac ne serait pas basé sur le Droit mais sur des préjugés idéologiques. La lecture du communiqué  publié par cette institution n'en laisse pas moins rêveur.

Il commence par confirmer que quatre des soixante et un députés ayant signé la saisine  estimant avoir été abusés ont demandé le retrait de leur signature . Donc en réalité le recours n'a été présenté que par cinquante sept députés ce qui est inférieur au minimum requis pour sa validation. Mais dans sa grande malignité  la bande des neuf a décidé  que toute signature même extorquée est valable. Le Conseil Constitutionnel vient donc d'entériner les magouilles politiciennes comme conformes à la constitution! Le 21 mai 2021, la France  est officiellement devenue une république bananière!!!

Ensuite, il rejette la demande des signataires en avalisant l'unique article qui au dire des opposants à la loi posait problème. Ainsi "la prise en charge financière par les communes de la scolarisation d’enfants suivant des enseignements de langue régionale" est validée, ce qui devrait assurer un meilleur financement des écoles associatives type Bressolas ou Diwan? Mais les compères ont plus d'un tour dans leur sac. Ils se sont autosaisis des deux articles principaux et ont déclaré contraires à  la constitution les écoles immersives en langues régionales et l'utilisation des signes diacritiques n'appartenant pas à la langue française. Sur ce dernier point ils ne font qu'exhiber leur inculture  car le tilde principalement visé, n'est pas étranger au français comme l'a démontré  le journaliste breton Bernez Rouz qui  l'a même trouvé dans l'ordonnance de Villers Cotterêts dont l'interprétation frauduleuse est toujours  utilisée à notre encontre: " Bernez Rouz brandit une copie d’un édit du roi Charles IX. On y lit Frãce (France), cõsidérations (considérations), etc. L’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) imposant la langue française dans les actes de justice, l’utilise aussi. « Rien ne justifie qu’il soit banni des actes publics de la République française. Il n’y a pas plus français. » insiste Bernez Rouz." (Ouest France)  Soyons vigilants:cette inconstitutionnalité du "n tildé" dépasse le cadre de l'état civil et du choix des prénoms: elle pourrait bien servir de prétexte au démantèlement de la signalisation bilingue en Bretagne qui irrite tant Marine Le Pen et les jacobins de toutes obédiences. Concernant l'avenir des écoles immersives, même François Bayrou s' en inquiète:"Langues régionales, alerte gravissime ! Je n'emploie pas souvent des mots alarmistes, mais si le sens de la décision du Conseil constitutionnel est de mettre en cause le principe des écoles Diwan, ikastolas, calendrettas, bressaola, etc., alors la situation sera explosive". On peut s'attendre en effet à ce que l'arrêt du ConCon entraîne une dénonciation des contrats liant ces écoles à l'état, celui ci ne pouvant financer des établissements rejetés par la constitution.

Ce conseil n'est lui même pas conforme à ses règles puisqu'en censurant les deux dispositions essentielles de la loi Molac il contrevient à un autre alinéa de l'article 2 de La constitution: le principe de la république est: "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple". Or cette loi votée à une large majorité est l'expression de la volonté populaire. En la censurant le ConCon a donc proclamé l'anticonstitutionnalité du peuple.

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