DÉLIRE LINGUISTIQUE

En France aborder le problème de la la langue c'est déclencher immanquablement des comportements hystériques de la part de notre classe dirigeante, illustrations parfaites de la schizophrénie nationale...

Robert Lafont dans son essai "Sur la France" (Gallimard NRF 1968),qu'il serait urgent de redécouvrir, explique que la France , comme les USA, est une "nation secondaire" née d'un évènement historique: la révolution française dans un cas, la guerre d'indépendance dans l'autre. Et cette nation secondaire englobe plusieurs nations primaires ou ethniques telle que la Bretagne, l'Occitanie, la Corse , etc... La nation française n'est  pas basée sur le fait ethnique, elle est essentiellement  politique; elle n'est pas cimentée par l'identité linguistique ou culturelle mais par une même vision de la citoyenneté.  Cette conception de la nation n'impliquait donc pas l'uniformisation linguistique et culturelle menée depuis sans relâche par  la bourgeoisie triomphante. Les différents peuples de France auraient très bien pu contribuer par leur vitalité  à enrichir la culture française en partageant une langue commune mais non pas unique. Dès l'origine, les "terribles simplificateurs" qui ont guillotiné le roi  tout en gardant le trône , se sont opposés à la diversité existante pour tenter de faire entrer la réalité dans le moule de l' Idée  abstraite et unitariste. En empruntant la voie de l'ethnisation par l'imposition d'une langue, d'une culture et d'un roman national uniques ils sont responsables d'une dérive regressive.. Unie dans sa diversité, la nation française pouvait tendre vers cet universalisme concret qu'elle prétend incarner mais qui demeure illusoire; fraternelle à elle même elle pouvait s'ouvrir à la fraternité universelle; corsetée dans une idendité, une culture,une histoire truquée uniques, refusant ses  propres différences, comment pourrait-elle accepter l'altérité des autres? C'est ainsi que le jacobinisme peut expliquer l'attirance mortifère d'une partie non négligeable de nos concitoyens pour les thèses de l'extrème droite...

Pourtant ce dévoiement n'est pas fatal. Le vote de la loi Molac par une écrasante majorité de sénateurs et de députés , et contre l'avis des responsables gouvernementaux pouvait laisser espérer un changement de cap. Aussitôt  on a pu assister à un déchainement de la bétise à front de mammouth qui règne encore dans la sphère médiatico-politique. Exemple dans Marianne ces lignes d'un  Guy Konopnicki :"Posant leurs séants sur l’édit de Villers-Cotterêts en même temps que sur l’article 2 du titre I de la Constitution, stipulant que la langue de la République est le français, les députés ont adopté une loi autorisant l’enseignement primaire en langue régionale". Voila donc un bon républicain, pour ne pas dire républicaniste, qui ne trouve rien de mieux que d'en appeler à un texte de 1539 , donc de l'ancien régime,  pour exprimer sa haine de la diversité linguistique!. Si cette ordonnance est toujours d'actualité pourquoi ne pas exiger aussi l'application d'un autre édit signé  également par François 1er  sept ans avant et  garantissant l'autonomie de la Bretagne au sein de l'état français?  Le texte de 1539 serait toujours recevable sous notre bonne monarchie républicaine, mais celui de 1532 serait caduc? Étonnant non? comme dirait Monsieur Cyclopède...De plus, à l'insu de son plein gré, notre vaillant journaliste fait étalage de son  immense inculture en colportant une "fake-news" qui même si elle est répétée par beaucoup de monde, y compris par M. Macron, n'en est pas moins fausse: les deux articles (sur192) de cette ordonnance concernant la politique linguistique n'imposent pas le français comme langue officielle;leur but est que les textes officiels auparavant rédigés en latin puissent être désormais compris par tout le monde; or à cette époque pour la grande majorité de la population le français n'était pas plus compréhensible que le latin et n'était la langue maternelle que d'une infime minorité: quand François 1er exige que les textes officiels soient rédigés en "language maternel françois" il  veut donc dire dans une des langues maternelles de France et non en langue française comme veulent nous le faire croire nos jacobins militants.CQFD.

Une autre militante jacobine Mme Aurore Bergé députée macroniste  et membre du "Fan Club JMB ( pour Jean-Michel Blanquer)"  sur les réseaux sociaux(ça ne s'invente pas)  a pris l'initiative d'inciter 59 de ses collègues à signer un recours auprès du conseil constitutionnel contre la loi Molac, faisant fi du vote favorable de 100 députés de son groupe.D'après le Point,cette personne s'était laissé aller à pleurnicher en public lors du pot d'arrivée de Jean Castex, dépitée de ne pas avoir été nommée ministre; "après tout ce que j'ai fait pour la Macronie" se serait-elle exclamée, ce qui en dit long sur son positionnement, au service d'elle-même et de son  clan et non de l'intérêt général. Espérons que ses électeurs sauront s'en souvenir... A noter que parmi les signataires du recours figurent dix zigotos qui ont voté  pour la loi et qui ont aussi signé le recours contre elle. Le journal Libération nous dit que certains signataires s'estimant abusés regrettent et demandent le retrait de leur signature. Il semble aussi que certains élus se retrouvent sur la liste sans avoir donné leur accord comme Mmes Zivka Park et Sophie Beaudoin-Hubière. Cela signifie qu'en réalité le minimum des soixantes signatures n'a sans doute pas été atteint ce qui dans un état de droit devrait aboutir au rejet de la saisine.

Ces mensonges et ces magouilles générés par l'affolement qui a saisi nos prétendues "élites" à la suite d'un vote démocratique qu'elles  n'avaient  pas anticipé reflètent  bien l'état  de notre "démocratie" monarchique...

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