Der Jürjen jrillt!

                                                                         Téléphone arabe: Épaisse fumée. Faites rentrer les gosses!

                                                                          Adaptation personnelle et très libre d'un texte de Bernd Büttgens

On est au mois de Mars, enfin presqu'en Avril, il ne fait pas froid, mais c'est un peu frais, la soleil a franchi le mur des 14 minutes d'apparition continue, et voilà que, vers le soir, enfin, oui en fin d'après-midi, une colonne de fumée s'élève sur le village:

Georges fait un barbecue“, s'écrie la voisine, „Nous avons survécu à l'hiver“.

Les vieux du village s'interrogent: Nous avons survécu au froid, mais survivrons nous à la grillade de Jürjen ?

C'est la question vitale posée tous les ans par les vieux ayant survécu à l'hiver: à partir de mars, Jürjen ( nous ne l'appellerons désormais plus Geoges) se met à griller sans interruption. Il grille tout: les saucisses de Nüremberg,, les saucisses de Frankfort , Bauchspeck (du lard), des cuisses de poulet (Hähnchenschenkel), Boulettes ou bien des „Frikadellen“. À partir du mois de mars, Jürjen se lève tôt! Il est vrai que les jours s'allongent à cette époque de l'année. On entend le moteur de sa vieille Ford, plus matinale que la cloche de l'église, et on se dit:“ V'là JJJJürjen qui s'en va ach'tequek'chose' à griller!“.“.

Je me permets d'écrire tout ça, parce que je sais que Jürjen ne le lira pas.

À la Pentecôte, il est allé en Hollande, pour camper. Ils sont tous là, autour de sa voiture, et discutent comment, il pourrait bien caser le barbecue dans le coffre: le système à induction tempérée inoxydable et le module d'accélération thermique interne, ainsi que la cheminée modulaire seront chargées en priorité. Il reste encore de la place pour la caisse à griller, la caisse de bière, qui va avec, une valise et HOP!. La caisse, je veux dire la voiture, est pleine, à craquer. Le petit a voulu prendre son ballon de foot, mais, ça, c'est exagéré, pour trois jours, on peut se passer du ballon, non?

Jürjen, sur son grill, il est capable de tout! De toutes façon, dans l'assiette, on ne voit pas de différence entre ça et ça.. On est pas difficile, il nous dit que c'est du poulet, de la saucisse, de l'agneau, du cochon, du boeuf, du saumon et même du lard et, attention, il y a aussi des crevettes, des „Scampis“ qu'il dit dans son Allemand parfait  en prononçant les H, bien aspirés et mouillés de bière locale et sur la fin, il vous sert aussi une saucisse végétarienne arrosée du liquide cité précédemment.

Le tout est accompagné, c'est la règle, de pain grillé avec du beurre à l'ail, et des herbes, aussi. C'est Évi, la femme de Jürjen, qui est à la tâche, avec une assistante concentrées sur la préparation, mais pas pour le grill, parce que griller, ça, c'est Jürjen qui le fait, Jürjen est le „maître grilleur“.

Franz-Joseph, le voisin à sa gauche, s'est porté volontaire cette année pour donner l'alarme quand Jürjen commence à griller et il crie dans un haut-parleur de Manif': „Fermer les fenêtres!“.Les enfants, eux, savent de toutes façons ce qui leur reste à faire: rentrer, à cause des projections intenses et aléatoires de particules de matières inconnues mais incandescentes, qui, malgré leur caractère spectaculaire et intéressant, semblent bien porter quelque punition infernale à nos chères têtes d'anges, qui n'ont, pourtant pas encore péché.

Et oui, tous les ans ça recommence! Mais bon, cette année, il est à la mer, en Hollande! Vivement le retour du Deutsche Mark, l'an prochain  il sera en Grèce, en Espagne ou dans une île.

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