Au XIXème siècle, l'ouvrier est à la foi considéré comme responsable de sa situation, donc condamnable et considéré comme un mineur, un incapable qui, par conséquent doit être l'objet d'une incessante tutelle. Mais dans les deux cas, il est soupçonné de mauvaises moeurs qui sont à l'origine de sa misère. D'ailleurs, si il est dans une situation déplorable, c'est qu'il l'a bien voulu. Et si l'ouvrier se contente d'un logement insalubre et d'une nourriture de mauvaise qualité, c'est pour pouvoir s'adonner à son vice préféré : la boisson. On s'accorde à l'époque pour souligner l'imprévoyance de la classe ouvrière, ses désordres, son insouciance devant l'avenir, sa prodigalité lorsqu'elle connaît des jours meilleurs. Cette habitude de vivre au jour le jour entraîne de nombreux vices qui ajoutent à la misère et hypothèquent les conditions de vie des ouvriers. D'ailleurs l'amélioration de leurs seules conditions matérielles n'aurait aucun effet mais provoquerait au contraire un accroissement de leur immoralité, augmenterait leur imprévoyance foncière, en un mot les mènerait à la fainéantise dont on sait qu'elle est la pépinière du vice. C'est bien l'avis de la Chambre de Commerce de Tournai qui estime en 1843 que, je cite : « ce n'est pas l'augmentation des salaires qui pourrait améliorer la condition des ouvriers, car l'expérience prouve que ceux qui gagnent en deux ou trois jours assez de quoi assurer la subsistance de leur famille, restent oisifs les autres jours et se livrent le plus souvent à la débauche. Tout ceci on le trouve dans le livre de Jean Puissant, « le bon ouvrier, mythe ou réalité du XIXème siècle. »
En 2014, au XXIème siècle, les avis ont bien changé. Aujourd'hui, on dira plutôt : C'est bien connu, un chômeur travaille quelques mois et ensuite se repose. Ou bien il fait la manche parce que ça rapporte plus que de travailler. Pourtant, ce n'est pas le travail qui manque : 200 à 400.000 emplois cherchent acquéreurs. Ils n'ont pas de souci à se faire pour les revenus, ils ont le RSA qui permet de mieux vivre qu'avec un salaire et quant à l'hébergement, il suffit de faire le 115 et les voilà loger aux frais de la princesse, nous, vous en l'occurrence. Et même, les pauvres, lorsqu'ils ont un peu d'argent, ils ne savent pas se nourrir, mangent n'importe quoi et ne font pas ce qu'il faut pour être en bonne santé, même avec la CMU, la couverture médicale universelle. Quant aux migrants, n'en parlons pas, non seulement ils ont les avantages des pauvres mais peuvent en plus bénéficier de tous les droits. Bref, il vaut mieux être pauvres et oisifs que riches au travail !
ATD Quart Monde avec une quarantaine d'associations publie un livre pour En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, chiffres à l'appui. Mais l'appui n'est pas suffisant car il fait dire à cet intellectuel bien formé aux affaires de ce monde que les « les chiffres on leur fait dire de ce qu'on veut ». Pauvre vérité bien malmenée. Flaubert ouvrait son Dictionnaire des idées reçues par une citation de Chamfort : « Il y a à parier que toute idée publique, toute convention reçues, est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre. » Ainsi va le monde !
Didier Martz, le 26 Octobre 2014
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