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Billet de blog 2 septembre 2015

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280 - Lanceur d'alertes

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280 - Lanceur d'alertes

 De nouvelles figures sont apparues dans le paysage démocratique, celles des « lanceurs d'alertes ». Bien qu'elles soient incarnées par trois personnages Edward Snowden, Chelsea ou Bradley Manning et Julian Assange, des centaines d'individus peuvent se prévaloir du label. Des hommes et des femmes parés du souci de l’intérêt général et nantis d’une certaine idée du bien commun. Ils ont choisi d'alerter sur certains faits, anticipant un risque ou dénonçant des pratiques jugées illicites souvent au prix de leur personne.

 Pour mémoire, l'américain Edward Snowden donne des révélations sur un vaste système de surveillance mis en place par la NSA, l’agence de sécurité américaine ; Chelsea/Bradley Manning transmet une vidéo à Wikileaks de la bavure américaine en Irak qui a provoqué la mort de 18 personnes dont deux journalistes et deux enfants ; Julian Assange, fondateur de Wikileaks, a diffusé des milliers de documents sur les pratiques de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan. Il a également dénoncé la corruption des dictateurs africains ou de certaines compagnies russes.

Bien que la protection juridique des lanceurs d'alerte se soit étendue, elle reste limitée et le plus souvent ils sont incriminés, soupçonnés, menacés et pour les trois cas cités font l'objet d'une violente répression paradoxalement de la part de pays démocratiques. 35 ans de prison pour Manning, exil pour Snowden et Assange. Récemment, c'est Antoine Deltour mis en examen par la justice luxembourgeoise pour « violation du secret des affaires ». Antoine Deltour, l’auteur présumé d’une partie des fuites concernant des accords secrets passés entre un cabinet de conseil pour le compte de 340 multinationales et l’administration luxembourgeoise (scandale dit du Luxleaks).

 Pour s'en défendre voire les interdire, certains classent les lanceurs d'alerte du côté de l'espionnage, de la délation et de la dénonciation. D'autres, enthousiastes, en font plutôt des justiciers. Quoi qu'il en soit ils sont le signe de quelque chose de nouveau dans nos démocraties que nous n'arrivons pas à nommer avec les catégories anciennes. Alors, quel vide remplissent-ils ? C'est ce à quoi tente de répondre le philosophe Geoffroy de Lagasnerie dans son livre L’Art de la révolte. Certes, nos trois lanceurs d'alerte en divulguant des documents diplomatiques et militaires s'en prennent au secret et à la raison d'Etat. Mais ils font plus que cela.

 Leur action, selon l'auteur, repose, je cite, sur une « volonté de réactiver l’exigence démocratique, à l’heure où les Etats utilisent les prétextes de la lutte contre le terrorisme et de la préservation de la sécurité nationale pour multiplier les dispositifs d’exception. Assange, Snowden et Manning réagissent à la tendance des Etats à se donner le droit de suspendre le droit et de démanteler nos protections constitutionnelles. Snowden a révélé les systèmes de surveillance de masse qui archivent nos mails, écoutent nos appels, et donc les programmes qui ne respectent plus l’une des grandes conquêtes du libéralisme : l’indépendance des individus à l’égard de l’Etat. Assange s’en prend à l’idée selon laquelle il devrait y avoir dans l’Etat une case noire, quelque chose qui devrait échapper au regard des gouvernés. Beaucoup de gens adhèrent à cette croyance. L’idée de Wikileaks est de radicaliser l’exigence démocratique : dès que l’Etat met en place des systèmes qui se déroulent à l’abri du contrôle des citoyens, nous ne sommes plus dans une démocratie. » Ainsi va le monde.

Didier Martz

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