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Billet de blog 3 janvier 2015

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Ainsi va le monde n° 269 – Voeux

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le sens premier du verbe latin vovere était « consacrer aux dieux par une promesse ». Promesse par laquelle on s'engageait à la réalisation de quelque œuvre non obligée. Mais, caractère propre à l'homme qui ne fait guère de promesse aux dieux sans espérer quelque chose en échange, le verbe prit également le sens de « souhaiter ». Ainsi, les uns et les autres de souhaiter faveur ou grâce, au risque, comme le dit la Fontaine, de fatiguer les dieux par des vœux importuns et souvent pour des sujets même indignes des hommes. Et on ne change rien à cette signification si une fois la grâce obtenue on remettait aux Dieux une offrande, un « ex-voto » qui littéralement signifie « après le voeu ».

Votum dérivé de vovere pouvait ainsi signifier à la fois « la promesse, l'engagement solennel », une résolution sans contrepartie, et le« souhait » d'obtenir quelque faveur. Le mot français voeu qui en est issu, conserve les deux sens.

L'anglais a tiré lui du latin votum le mot « vote » pour désigner un souhait exprimé dans une instance politique. Le français « vote » en est l'emprunt. En votant, on forme le vœu que les promesses faites par le candidat élu soient tenues. Certains diront que comme c'est rarement le cas, il s'agit de voeux pieux

Le verbe votare signifiant « consacrer par un voeu », a donné « vouer ». On voue ainsi sa vie au service d'une cause ou de Dieu. En ce sens, devotus donnera dévot et devotio, dévotion, l'action de se consacrer aux dieux. Le verbe se dévouer d'où est dérivé dévouement a été fait à partir de vouer.

Les voeux qu'on s'adresse mutuellement en ce début d'année sont plus ambigus. Comme rituel figé et convenu, on n'y trouve ni la promesse et encore moins l'engagement. On les formule à tous les étages de la société sans trop croire qu'ils seront exaucés. Leur nature les fait pencher du côté d'une vague espérance. Le taux de croissance sera meilleur, le chômage va diminuer, le bonheur c'est enfin pour cette année, la crise est derrière nous. Bonne année, bonne santé...entre crainte et espoir, les vœux résonnent comme une sorte d'incantation pour que le ciel ne nous tombe pas sur la tête. Parfois, ils sont plus profondément, des souhaits vibrants. En fait la différence vient de la sincérité, de l'engagement de soi dans la parole, qui ne se signalent pas autrement que par les formes qu'on y a mises.

Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'un grand rendez-vous annuel et on peut se réjouir, non sans mélancolie, de ce pêle-mêle de souhaits, vœux, et autres espérances qu'une immense toile, même virtuelle, recouvre une fois par an. Comme dirait l'autre : « ça ne fait pas de mal », même si ces vœux sont bien vite remisés au placard des souvenirs.

Un peu comme ces vœux, proches de la résolution ou de la velléité, que l'on forme lorsque nous avons, individu ou société, fait l'objet d'une alerte sérieuse : c'est fini, j'arrête de fumer ou c'est fini nous ne ferons plus la guerre. Sage résolution. Conjuration du danger. Mais comme Corneille dans Rodogune, Acte 1, Scène 1 «... ces vœux dans l'orage formés, Qu'efface un prompt oubli quand les flots sont calmés » .

Beaux vers pour lancer une année esthétique. Faute de la faire bonne, faisons qu'elle soit belle ! Si nous y mettons du nôtre !

Ainsi va le monde, 1er janvier 2015

Didier Martz

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